Pina Bausch – Wiesenland

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On arrive le nez en l'air devant le Théâtre de la Ville, ou plutôt la tête penchée sur le bout de ses chaussures en essayant d'éviter en vain les dizaines de personnes qui tentent d'acheter des places pour Pina Bausch, l'une des valeurs sûres de la création chorégraphique contemporaine. Et l'on entend : « Cela va être l'un des Grands Moments de l'année 2009 en création chorégraphique ». Ergo déception : s'abstenir. Pourtant, la magie n'est pas forcément au rendez-vous.

pina-bauschEn juin 2008, Pina Bausch avait su, avec Bamboo blues, nous emporter vers une Inde à la fois ancestrale et contemporaine. De l’eau, des odeurs, des robes bustiers légères et moirées, des danseurs qui déliaient leur sourire comme leurs bras ou leur démarche. C’était là une magnifique offrande toute en sensibilité que nous présentait la chorégraphe.

En janvier 2009 voilà qu’une création de 2000 est au programme. On n’hésite pas une seconde si l’on a été transporté par la magie de Bamboo Blues, surtout qu’il est toujours fort intéressant d’avoir accès à des oeuvres plus anciennes, afin de comprendre l’évolution de la chorégraphe et de voyager avec elle.

Dès les premiers instants c’est la surprise. Des danseuses qui portent des robes bustiers, qui prennent des bains dans des seaux d’eau, aux chevelures caressantes et tournoyantes. Taquineries amoureuses, reptations solitaires et portés intrépides. Du déjà-vu. On regrette déjà Bamboo blues, plus abouti. La re-découverte de cette création de 2000 se grime de familier, transformant le dépaysement en lassitude.

Dès l’abord, le décor est incroyable; un grand pan de végétation au travers duquel coule continuellement et doucement de l’eau. C’est une belle invitation à la méditation et à la réflexion sur notre environnement. Mais il faudra malheureusement attendre vingt minutes avant que le premier pas de danse ne soit esquissé. En effet, entre les solos, des êtres s’entremêlent, marchent langoureusement, déguisés, perdus, plus ou moins fous. Les gestes sont lents, les marches chaloupées, les robes légères. Les danseurs marchent avec nonchalance et précaution. Ils marchent. Ils ne dansent pas. Ou si peu. C’est peut-être sembler un brin réactionnaire que de demander à voir les prouesses que peuvent exécuter les dix-neuf danseurs de la troupe de Pina Bausch ! Mais c’est pourtant ce qu’un public peut être en droit d’attendre.

Si tout est charnel et sensuel, cela reste également décousu, sans fil directeur, répétitif avec cette eau qui se déverse et que les danseuses essuient régulièrement. L’ennui alors s’installe; certes, les scénettes sont drôles. Un couple tente de se coucher mais la femme se dérobe toujours à la tentative de son mari de la border. Pina Bausch travaille sur un comique de répétition qui est intéressant dans une pièce de Goldoni, mais que nous n’attendions pas ce soir.

In fine, l’on ressort de la salle en pensant que le vent tournera encore, et que la magie continuera à opérer chez Pina Bausch qui a su, au long des années, nous surprendre. On retrouve des images et des thèmes familiers. Ainsi, elle nous entretient du couple, de la sensualité, de l’absurdité. Chassé-croisé entre ces femmes qui marchent et ces hommes qui dansent, entre un public en attente et un défilé de numéros théâtraux ou dansés. Ses danseuses ont toutes un physique particulier : longues chevelures, bras infinis, corps allongés.

Pour elles, nous reviendrons, pour les danseurs aussi, qui prennent cette fois-ci toute leur ampleur puisqu’ils sont les seuls à danser. Les solos leurs sont réservés. Mais ce Wiesenland est l’exemple parfait qu’une création antérieure n’est pas toujours gage de retrouvailles avec l’une des plus grandes chorégraphes du début du vingt et unième siècle.

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En savoir +

Pina Bausch au Théâtre de la ville:
Wieseland (2000) du 7 au 14 janvier
Sweet Mambo (création) du 19 au 30 janvier

Le théâtre de la ville: http://www.theatredelaville-paris.com/danse/pina-bausch-1.html

A propos de l'auteur

Image de : Née en 1985, Marine vit à Paris. Après avoir pensé à devenir avocate, magistrat ou danseuse étoile, elle décide in fine de rester dans l'univers suranné des livres qui ont formé son imaginaire. Elle a longtemps pratiqué la danse contemporaine, avant de trouver sa place sur les sièges élimés des théâtres. Écriture, spectacle vivant, danse : voici les mots clés qui l'ont poussée à devenir chroniqueuse pour Discordance.

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