Pigalle + Bensé

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Il arrive que la chanson française nous semble fade, comme une bière trop chaude qui aurait perdu ses bulles. Pourtant certains cocktails continuent de surprendre, et la soirée du 22 mai au Bataclan en fut un exemple parfait.

Comme un mojito bien frappé nous voici d’abord délectés par la fraîcheur presque naïve d’un tout jeune artiste : Bensé, pour continuer sur la prestation nettement plus corsée des vieux de la vieille de la chanson française : Pigalle .

bense-3Honneur à la jeunesse, Bensé animera donc la première partie, seul et à la guitare. Avec une pop-folk tirant parfois vers le blues, l’artiste défend à fond son premier album sorti le 20 mai dernier. Il faut dire que le jeune homme est auteur-compositeur-interprète, le genre de ligne qui sur un C.V est de plus en plus difficile à trouver de nos jours. Même si on imaginerait bien une scène un peu plus remplie, Bensé se débrouille très bien et laisse son public s’envoler dans son monde coloré, plein de petites touches pastelles. Utopique ? Un peu, mais cela ne fait pas de mal et certaines chansons comme Buvons ou Make this planet move sont de véritables virages à 180 degrés pour retrouver la terre ferme. Artiste guilleret et surprenant donc, particulièrement lors d’une reprise de Noir Désir . Le rock de Tostaky prendra ici une chaleur inattendue, mais qui lui sied très bien.

La scène finira tout de même par se remplir d’instruments divers et variés pour la prestation des Pigalle . Une sorte de « porte-instrument » trône d’ailleurs au milieu, d’où pendouille guitare, violon, cithare, mandoline, banjo, cornemuse, accordéon et un objet hybride, comme un orgue de barbarie portatif auquel on aurait ajouté des cordes. Découvrant totalement Pigalle (je sais je suis passée à côté de quelque chose), les surprises se succèderont tout au long du concert, comme de voir un public de trentenaire (voire de quarantenaire) pogoter comme des métaleux devant un groupe de hard rock. Image paradoxale donc, mais qui n’est rien face à la surprise de voir le sosie de Mr Propre jouer de tous les instruments comme s’ils étaient les prolongations de ses bras. Entouré de véritables fans, je me retrouve donc à sauter de tous les côtés en essayant de suivre les paroles que ces derniers semblent connaître par coeur.

pigalleL’ambiance bande de potes se ressent particulièrement lorsque François Hadji-Lazaro, le chanteur, invite sur scène deux anciens du groupe pour un bon vieux retour aux chansons des débuts. Débridé, engagé, franc mais avec un côté sentimental de grosse brute qu’on adore, le style de Pigalle en est effrayant de richesse et de générosité. De patience aussi lorsqu’un punk défoncé monte sur scène (après une demi-heure à avoir tangué dans le public) pour gigoter juste devant le chanteur. Très zen celui-ci le regarde à peine et laisse la sécurité faire descendre le bonhomme. Apparemment cela ne devait pas être assez clair car notre allumé réitère l’opération cinq minutes plus tard pour se retrouver face au chanteur toujours aussi calme, mais également face à des agents de sécurité qui l’étaient beaucoup moins.

C’est la chanson culte La patate qui clos le rappel, épuisant joyeusement tout le monde en bonds déjantés. Enfin… le premier rappel, car Pigalle nous fait l’honneur de revenir une deuxième fois pour un morceaux d’un tout autre style. Réclamant le silence les voici tous collés à un seul et unique micro, chacun une mandoline ou un banjo en main pour un choeur entre orient et patois provincial.

Morale du concert : les apparences sont souvent trompeuses ! Notre sage Bensé n’hésitant pas à tendre vers un rock où la sagesse vire à l’allégresse, suivis des franchouillards de Pigalle qui s’avèrent au final être des grands sensibles. Car même si la dégaine d’ Hadji-Lazaro m’a laissé sans voix quelques secondes, on ne peut que tomber sous le charme de ce Monsieur à la grosse voix qui nous fredonne des morceaux aussi poétiques que Le Chalan .

Un vrai spectacle donc, en prémices à de nombreuses dates auxquelles je vous conseille grandement de vous déplacer.

Crédits Photos: Stv

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A propos de l'auteur

Image de : J'ai atterri à Paris à mes 18 ans pour ma licence en art du spectacle chorégraphique. La danse, ou plutôt les danses sont en effet ma passion, aussi bien dans la pratique que sous leur aspect théorique. J'aime observer, analyser, comparer et essayer de comprendre, mais étant danseuse et comédienne avant tout, je sais aussi qu'il n'y a aucune vérité de jugement au niveau de l'art, il n'y a que des points de vue. Je reviens juste d'une année sabbatique qui m'a conduit entre San Francisco et Los Angeles et je m'apprête donc à continuer mes études avec un master en études théâtrales (le but étant d'intégrer un master pro en journalisme culturel l'année prochaine).

1 commentaire

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  1. 1
    le Mercredi 11 juin 2008
    Dimitri a écrit :

    Mais Pigalle c’est tout simplement monstrueux… Quel retour aux sources ! Le groupe dit beaucoup en ce moment que les jeunes viennent les voir en disant « c’est grâce à nos parents qu’on vous connez ! ». Et c’est vrai que c’est mon cas. C’est clair que c’est pas la même génération, mais comme tu le dis, la scène française est bien pauvre en ce moment, on ne trouve plus de bons groupes phares.

    En tous cas je les ai vu le weekend dernier aux Rocktambules avec Luke et Babylon Pression, ça déchire :)

    Ils vous ont joué un mythique morceau des Garçons Bouchers « il faut jettez les vieux ?? »
    Nous oui. Ironie vu que désormais le public est..vieux ?^^ Enorme :) à voir tant qu’il est encore temps !

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