Pep’s

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Qui a dit que les chanteurs rêveurs étaient dépassés ? Avec la sortie de son nouvel album Utopies dans le décor, Pep's nous prouve qu'il n'est pas obligatoirement nécessaire être dépressif pour faire de la bonne musique.

En concert au Café de la Danse le 6 juin dernier, j’ai pu rencontrer l’artiste quelques heures avant de le voir sur scène. Retranscription d’une soirée pep’sisante .

Pep’s, à la base, c’est toi Floriant Peppuy, pourtant sur ton site ou ton Myspace on assimile de plus en plus le nom « Pep’s » à ton groupe.

ngo1Ça a toujours été un peu ambigüe effectivement car Pep’s c’est mon surnom mais vu que c’est des potes, le nom sert pour tout le groupe. Pep’s c’est moi et mes musiciens.

La formation a eu des alléas d’ailleurs, aujourd’hui qui constitue le groupe ?

Un batteur, Alexandre Combeau, et un bassiste Phillippe Berruyer qui me suivent depuis le début et un percussionniste, qui fait aussi clavier et scratch: Dan Bicrame . Il y avait un saxo, un ami d’enfance, mais il est prof de musique à Grenoble maintenant et il a ses projets donc il ne peut plus trop bouger avec nous mais, il a quand même participé à l’enregistrement de l’album.

Côté influences tu citerais qui en premier?

Pfffiouuu… Ca va de la musique black américaine, la soul à la musique anglaise genre Led Zeppelin, mais aussi Brel, Keziah Jones ou les Fugees . Mais j’écoute surtout de la black musique, Ben Harper, Aretha Franklin

Le titre de ton nouvel album c’est donc Utopies dans le décor, tu te sens utopique?

Un rêveur on va dire, donc du rêve on en tire des utopies. Mais après c’est la tête dans les étoiles et les pieds sur terre…

Le titre Liberta utilise d’ailleurs trois langues pour exprimer ce besoin de liberté, comment t’es venue l’idée?

Comme ça, ce n’était pas calculé, ça fait un petit moment que je l’ai écrite la chanson. Déjà j’aime beaucoup l’italien, mon père est italien, et puis… le hasard. Il n’y a pas vraiment eu de raisons plus précises, c’est venu au fil de l’écriture. Les couplets sont quand même assez longs, assez denses et du coup ce refrain aère un peu, c’est plus chanté je peux plus m’amuser. Tu me diras les gaulois qui chantent en anglais c’est un peu ridicule parfois, mais là c’est deux phrases donc j’espère que ça passe. Et puis j’ai bien envie d’écrire en espagnol aussi. Je ne veux pas me mettre de restriction.

Tu écris comment ?

J’écris par écriture spontanée. Je ne me pose pas de thèmes, je me laisse aller. J’écris tout le temps, j’ai souvent un calepin sur moi, mais sinon j’écris sur des enveloppes, des petits bouts de papiers. Je suis assez désorganisé.

Au niveau de la musique, tu travailles longtemps tes mélodies, ou ça te vient comme les paroles ?

Pour cet album où j’ai habillé les textes de musique ou la mélodie a été simultanée. Le fond prime sur la forme. Mais ce n’est pas toujours le cas, peut-être qu’au prochain album les musiques me viendront en premières, mais en général je trouve ça plus intéressant d’habiller les textes de musiques.

La scène c’est important pour toi ?

peps2Bien sûr, depuis le début c’est l’essentiel. Depuis 2000 je ne fais presque que ça. J’ai fais deux albums et deux autres plus petits, mais de toute façon après il faut les moyens de faire des albums et de les faire correctement. On a pris notre temps pour celui-ci, presque quatre ans quand même. J’ai composé plus de trente chansons et on en a sélectionné douze. Mais je pense que c’était important qu’on prenne tant de temps car un deuxième album c’est quand même hyper important, on t’attend au rendez vous et faut pas se louper. Je suis vraiment content de ce qu’on a fait, on a passé huit semaines en studio; six semaines de prise de son et deux semaines de mix. On a eu tous les moyens grâce au label de Mike des Sinsemilia ( Ecoprod ), donc c’est vraiment un joli album qu’on a pondu là.

Le label indé fait t-il parti des caractéristiques du chanteur utopiste ?

Ouais un peu. Mais bon, on a quand même du passage radio maintenant, après on aura nos limites au niveau de la production. Je n’ai pas la hantise de la major, ça te donne quand même des moyens. Faut arrêter l’hypocrisie, ça fait dix ans qu’on se débrouille sans. Mais huit semaines en studio c’est exceptionnel pour un groupe indé car ça vaut très cher et la promotion aussi. Donc heureusement qu’on a une équipe qui marche à fond avec nous: Mike, les attachés de presse… Après je ne sais pas trop ce qu’il en sera par la suite, mais c’est vrai que dès que ça commence à être un peu matraqué en radio les majors arrivent à ce moment là. On en a jamais eu besoin et on en a pas encore besoin pour l’instant, mais c’est vrai que pour passer un certain cap il faut des moyens.

Justement maintenant que tu commences à affirmer une certaine notoriété, tu as des envies artistiques particulières, des collaborations avec des artistes ?

On verra si on me le propose mais c’est sur que c’est vraiment quelque chose qui m’intéresserait. Pas forcément en duo mais écrire pour les autres j’aimerais beaucoup. Si je pouvais faire un Taratata ou un truc comme ça j’inviterais bien Keziah Jones par exemple qui est vraiment le musicien qui m’a donné envie de jouer de le guitare. Son premier album est sortie en 92, j’ai appris à jouer tous ses morceaux par coeur et ça ma complètement lancé.

Les premières parties de ton concert c’est toi qui les a choisi ?

peps4Ouais c’est deux amis. J’aime pas trop qu’on m’impose des premières parties. Il y a Rémy qui est le chanteur d’un groupe qui a commencé presque en même temps que nous. C’est vraiment un super artiste, il joue guitare, piano, il compose et écrit toutes ses chansons. Et puis il y a Girafe . On s’est rencontré il y a quatre ou cinq ans. On a fait plusieurs dates ensemble et c’est vraiment quelqu’un d’hyper généreux, il m’a déjá invité, là c’est moi qui l’invite. On a un très bon feeling.

Toi qui viens de Grenoble, l’idée qu’on se fait un peu en province de « Si tu veux percer dans la musique va à Paris » tu en penses quoi ?

C’est sûr que ça va plus vite, en tout cas si tu as du talent. Mais c’est vrai que à Paris tu as tous les médias, les personnalités de maison de disque qui se déplacent, énormément de lieux de concerts, énormément d’artistes aussi, donc tu peux vite faire des connexions. Après je prends autant de plaisir à jouer à Paris qu’à jouer en Ardèche ou à Lille. Mais l’intérêt de Paris c’est qu’il y a pleins de salles de différentes tailles. Ca permet d’évoluer pour les concerts, mais c’est vrai que c’est plus facile de faire ses armes en province où tu peux jouer dans des troquets et des petites salles alors qu’à Paris tu t’exposes tout de suite et tu peux vite te casser la gueule.

Un dernier petit mot pour nos lecteurs histoire de les convaincre de venir te voir en concert, une vraie bonne raison de se déplacer ?

Nous on fait de la musique à frisson, on a beaucoup travaillé l’enchainement des morceaux, mais tout reste très naturel. J’avais peur de m’ennuyer à mes débuts à toujours jouer les morceaux dans le même ordre. Mais en fait tu te rends compte que plus tu connais ta set liste, plus tu peux jouer avec et t’éclater dans ton jeu de scène. Chaque chanson suit un fil, mais l’émotion que tu lui apportes doit être toujours différente. Il y a des milliards de façon de dire Je t’aime donc il y a des milliards de façon d’interpréter une chanson si tu la maitrises. Brel reste vraiment l’une de mes références au niveau de sa manière d’interpréter ses chansons, Piaf aussi j’aime beaucoup. J’essaie tous les soirs de chanter les émotions et pas de ne chanter que les mots. C’est un travail qui reste toujours perfectible. Je le sais et par conséquent chaque public doit voir le meilleur de moi même.

Ok, c’est convaincant, je verrais bien ce soir…

Quelques heures plus tard nous voici donc sur les gradins du Café de la Danse prêt à savourer une prestation qui devrait être des plus sympathiques si elle équivaut au naturel et à la gentillesse dont a fait preuve le chanteur durant l’interview.

peps3C’est un drôle de luron qui vient nous assurer la première partie, voici Girafe (et oui on a le nom de scène que l’on peut) qui s’installe au micro, une guitare sèche à la main et un harmonica fixé devant sa bouche. Vêtu d’une salopette aux motifs de girafe, il donne l’impression de retrouver les clowns de son enfance à la différence que celui-ci a en plus eu l’idée saugrenue de chanter. Ou plutôt de parler plus ou moins en rythme sur ses musiques ambiance jazz manouche. Le numéro de cirque comprendra donc une magnifique démonstration de glissade sur chaussures à roulettes, une transformation magique en « Radiator, le chef de l’armée des radis » ( transformation qui se résume à l’ajout d’une cape aux motifs africains), mais aussi une parfaite maitrise de la pédale enregistreuse et du didgeridoo. Le niveau des paroles et de ses blagues beaucoup trop premier degré pour être drôles sont donc miraculeusement rattrapées par une vraie performance de musiciens. Après tout même les clowns on le droit de chanter!

Pour la suite ce sera à Remy de monter sur scène. Changement radical d’ambiance avec cette fois-ci un chanteur pianiste et guitariste qui n’est pas sans rappeler d’autres rois de la ballade romantique, du genre Pascal Obispo . Une voix haut perchée et androgyne, une façon de jouer du piano comme s’il avait quatre mains et un petit regard en coin à faire craquer toutes les célibataires de la salle, l’artiste semble presque trop sage après la démonstration loufoque de Girafe . Mais malgré une allergie prononcée pour la variété, il est facile de se laisser charmer par cette voix claire, sautant avec une guitare pop-rock ou coulant sur un piano amoureux.

Accompagné de ses musiciens Pep’s investi enfin les lieux, pour le plus grand plaisir du public qui semble prêt à un peu plus remuer. Tout le côté gauche de la scène est réservé au musicien pluridisciplinaire Dan Bicrame . Deux claviers, deux congas surmontées de deux petit tambours et deux platines s’étendent donc comme si notre surdoué était obligé d’utiliser ses deux mains en même temps. Le talent atteint ici le génie. Le musicien passe de l’un à l’autre de ses instruments, donnant à chaque fois la touche rythmée, orientale ou urbaine qui relève chaque composition d’une vraie originalité. Dès la première chanson Pep’s nous fait plonger dans son monde de rêves, entre l’utopie et l’anarchie, entre l’évasion solitaire et la vie communautaire. Des paroles engagées que l’artiste s’amuse en plus à nous interpréter version ragga muffin ou à l’inverse, avec une voix qui monte dans les aigües aux moments les plus attendus. La facilité est donc éliminée d’entrée de jeu dans ce set où l’aspect rêveur-révolutionnaire sait aussi faire place à une certaine légèreté pour une chanson sur la gueule de bois ou d’autres morceaux aux rythmiques cubaines qui en feront danser quelques uns. Eu à la vue du peu de monde présent ce soir là, la minuscule fosse de la salle était bien assez grande pour laisser chacun s’emporter dans des danses mixant salsa et impulsions africaines. Abandonnant guitare et micro sur scène Pep’s n’hésite d’ailleurs pas à nous rejoindre, laissant (j’espère) un vieux goût de regret aux paresseux restés assis sur leur gradins.

Un concert à l’ambiance intimiste que l’on ferait bien durer des heures et qui trouve justement son seul bémol par sa fin beaucoup trop rapide. Chargés comme des piles, le public ovationne le groupe pour un deuxième rappel, sifflant et tapant des pieds en n’attendant plus que le retour des musiciens. Ils reviendront, mais juste pour débrancher leurs instruments.

Une soirée très sympathique mais qui se trouve donc franchement modérée par son début digne de Zozo le clown et sa fin carrément frustrante.

Crédits photo: Nathalie Gouet

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A propos de l'auteur

Image de : J'ai atterri à Paris à mes 18 ans pour ma licence en art du spectacle chorégraphique. La danse, ou plutôt les danses sont en effet ma passion, aussi bien dans la pratique que sous leur aspect théorique. J'aime observer, analyser, comparer et essayer de comprendre, mais étant danseuse et comédienne avant tout, je sais aussi qu'il n'y a aucune vérité de jugement au niveau de l'art, il n'y a que des points de vue. Je reviens juste d'une année sabbatique qui m'a conduit entre San Francisco et Los Angeles et je m'apprête donc à continuer mes études avec un master en études théâtrales (le but étant d'intégrer un master pro en journalisme culturel l'année prochaine).

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