Pendululm @ Élysée Montmartre

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Membres majeurs de la scène Drum and Bass, les Australiens de Pendulum sont des artistes possédant de multiples facettes, chacune levant le voile sur une part de leur créativité.

Leur premier album Hold Your Colour sort courant 2005 et c’est en partie grâce à leurs collaborations avec de nombreux MC, tels que Freestylers et Jasmine Yee, qu’il reçoit un accueil des plus favorable en Angleterre et en Australie. Loin d’avoir une seule corde à leurs arcs, Ben Mount, Rob Swire, Gareth McGrillen et Paul Harding sont également producteurs et Djs. C’est avec diligence qu’ils ont gagné en popularité grâce à aux remixes de nombreux artistes de renoms tels que The Prodigy, Plan B ou encore Calvin Harris. Mais aussi étonnant que cela puisse paraître, le groupe formé en 2002 ne possède que trois albums à son actif. En dépit de l’excellence de leurs propres compositions, il semblerait qu’ils soient plus demandés lorsqu’il s’agit de remix. Heureusement pour les fans, trois albums valent mieux que zéro et c’est donc avec joie qu’ils ont soutenu le second opus du groupe In Silico (2008), arrivé en deuxième position des charts UK. Indubitablement, c’est avec leur tout dernier album Immersion que le groupe a atteint ses plus hauts sommets. Sorti en mai 2010, il a incontestablement surpassé toutes les attentes du groupe en se hissant à la première place des Charts UK.

Après avoir parcouru une bonne partie de la planète, c’est en haut des marches de l’Élysée Montmartre que le groupe a décidé de promouvoir son dernier opus. Il est neuf heures du soir lorsque nous arrivons sur place. L’heure ne se prêtant pas vraiment au clubbing, l’atmosphère ressemblait vaguement à un afterwork des années 90 et il ne manquait plus que Pate Bateman et sa bande pour se mettre dans l’ambiance. Mais passé les portes de la salle, l’étuve se fait insoutenable. Noyé sous des effluves vaporeux, l’apparence est rencardée au vestiaire. En effet, les Londoniens de South Central se sont chargés en bonne et due forme de chauffer une salle bondée de jeunes avides de musique électro. Tous les genres de clubbers sont ici réunis. Cela va de l’amateur de rave party côtoyant son ami fan de métal qui lui-même est venu accompagné de l’éternel bobo parisien. Peu importe, tout ce beau monde, visiblement dans un esprit festif, s’est déplacé en masse pour rentrer dans la dimension Pendulum. Un univers rappelant souvent la jungle tout en étant savamment adouci par des samples électros alliés au breakbeat.

Le public est généreux et c’est sur une ovation générale que le gang de South Central laisse place à Pendulum. À peine le temps de reprendre son souffle et déjà nous entendons les premières notes de Genesis, titre instrumental  extrait d’Immersion. Suivi par Salt In The Wounds et leur ancien single Granite, l’atmosphère se fait plus lourde, presque irrespirable. Ce n’est que sur leur reprise de The Prodigy, Voodoo People, que la foule va puiser dans ses instincts primaires pour se déverser toute sa rage et son énergie. À la limite de la débauche, les gens se bousculent et les corps s’entrechoquent dans une moiteur presque indécente. Mais loin d’avoir abattu sa dernière carte, le groupe surenchérit avec quelques-uns de ses plus grands succès tels que Witchcraft, Slam ou encore l‘excellent Fasten Your Seat Belt. Le parvis de la salle est désormais piétiné par une horde de fans proche de l’hystérie et il est désormais temps de jouer sur l’humeur badine du public pour placer leur dernier single The Island. Morceau un peu étrange, car composé de deux parties Dawn et Dusk, il passe tout bonnement du coq à l’âne. Avec une première partie plutôt house electro et une deuxième phase résolument axée sur le drum and bass. Légèrement surpris et refroidit par The Island Part I (Dawn), le public se laisse aisément conquérir par The Island Part II (dusk).

L’aparté étant désormais fini, les singles sont de nouveau de retour avec l’enivrant Propane Nightmares, l’intrépide Tarantula — pendant lequel The Verse (Ben Mount) en MC magistral transforme son phrasé rock en rap — et le sulfureux Blood Sugar.

Le groupe se retire ainsi, laissant le public à l’apogée de son contentement. Littéralement en transe, dégoulinant de sueur et à deux doigts du malaise vagal, l’assemblée ne peut se résoudre à cette (trop) petite dose de Pendulum. Les mains se lèvent, les jeunes crient leur envie, presque au bord du désespoir, d’entre encore quelques titres. Le groupe, loin d’être sadique et extrêmement surpris par cet accueil transcendantal, remonte alors sur scène pour exécuter ses deux derniers titres : Crush et Watercolour. Connu pour être « le » plus grand succès du groupe à ce jour, Watercolour ne déroge pas à ses habitudes. Les fans presque hystériques chantent en cœur les paroles épiques et vraisemblablement prémonitoires de ce titre « Feed the fire, break your vision, Throw your fists up, come on with me… ». Pendulum fait dès lors ses adieux — aimablement en français — à son public qui frise la rupture d’anévrisme.

On retiendra de ce concert l’excellente prestation vocale de Rob Swire. Sa voix claire est toujours impeccable. Ben Mount, The Verse, reste incontestablement l’un des meilleurs MC de sa génération. L’énergie était présente, le public en dehors du fait d’être réceptif était sans conteste au meilleur de sa forme et le groupe n’a pas effectué une seule fausse note. Le seul bémol, et de taille est le manque cruel d’expression scénique du groupe. Effectivement, il est fort dommage que toute cette transe délivrée par leurs fans n’ait pas dépassé le stade des crashs barrières. Loin d’être contaminés par cette euphorie, les membres de Pendulum restent relativement statiques. Leur présence scénique est loin d’être à son paroxysme, hormis celle de Ben Mount qui aura vainement essayé de partager sa propre transe expérimentale parisienne avec ses comparses. Un contraste de taille entre la scène et la fosse, mais qui n’enlève en rien au ressentiment final : le groupe maintient peut-être même à lui seul, la scène drum and bass en équilibre. Quoi qu’il en soit, Pendulum restera sans aucun doute l’expérience live la plus proche d’une bouffée délirante.

Crédits photo : Philippe Barbosa

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Site officiel : http://www.pendulum.com/

A propos de l'auteur

Image de : Mes passions ont toujours été dévorantes et poussées à leur paroxysme. Les mots sont un exutoire idéal et mon admiration est totale envers des écrivains tels que Robert Heinlein, Hubert Selby Jr., Bret Easton Ellis, Franz Kafka ou encore Albert Camus. http://www.tasteyourmusic.wordpress.com

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