Paul – Greg Mottola : Edgar et Judd ont un fils…

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Attendu autant par les fans de comédies US à la Apatow que par les aficionados de l’humour british du trio Wright-Pegg-Frost, Paul est un petit film hilarant bien qu’un peu bancal. Ce qui est bien… mais pas top.

Le rêve de tout adepte d’humour contemporain. Prenez ce qui se fait de mieux à ce niveau de nos jours, des deux côtés de l’Atlantique, et faites-en un film. Paul n’est pas simplement l’histoire de deux geeks anglais fans de comics et de SF qui partent en road-trip aux Etats-Unis – voyage qui va être quelque peu mis à mal par la rencontre d’un véritable extraterrestre. Paul, c’est aussi bien ça : la rencontre entre différents styles d’humour, de films, d’ambiances, de « familles » comiques.

Road-trip.

Paul est avant tout une comédie, mais pas une méchante parodie : le film de Greg Mottola pastiche avec amour tout l’univers des films de SF de la deuxième moitié du XXème siècle, de Star Wars à X-Files, d’E.T. à Rencontre du troisième type en passant par Star Trek ou Predator. En suivant ses deux passionnés de protagonistes dans leur pèlerinage entre le Comic-Con et la Zone 51, il pouvait difficilement en être autrement. Et la rencontre, très rapidement dans le film, entre ces deux humains et Paul, l’extraterrestre, n’arrangera rien. Surtout que Paul est à l’origine de tous ce en quoi Graeme (Simon Pegg) et Clive (Nick Frost) croient : la culture ufologue, les scénarios des films, les superstitions… comme le démontre le flash-back où le gentil extraterrestre explique à M. Spielberg himself qu’un doigt d’alien qui brille, c’est un peu too much

Parce qu’en fait, cela fait presque soixante ans que Paul vit sur Terre, caché par le gouvernement et exploité par Hollywood. Le problème, pour lui, maintenant qu’il leur est inutile, c’est que l’armée en a après lui et veut l’éliminer. Et c’est là que nos deux geeks lui seront favorables. Leurs gentilles vacances entre amis vont grandement être perturbées par ce nouveau compagnon, et ils devront l’aider à fuir policer acharné (Jason Bateman) et agents du FBI demeurés (Bill Hader et Joe Lo Truglio), sans oublier un grand manitou en tenue de soirée (Sigourney « Ripley » Weaver). Une course folle entre fous rires et références cinématographiques, pour se finir… on ne vous dit rien, vous allez reconnaître.

Mix-trip

Ce qu’il y a de passionnant dans Paul, c’est son aspect ultra-référencé. Partout, dans quasiment chaque plan ou scène, on fait allusion à ce passé cinématographique du film de genre à la Spielberg, Lucas & Co. Le jeu est bien sûr d’y reconnaitre les modèles. Mais c’est aussi au jeune mais déjà lourd passé de la comédie auquel il faudra penser.

Tout commence avec les interprètes principaux, Simon Pegg et Nick Frost. Les deux Britanniques sont les Laurel & Hardy du (grand) cinéaste qu’est Edgar Wright, l’auteur de Shaun of the Dead et Hot Fuzz – dont Pegg signait déjà les scénarios. Paul fonctionne ainsi comme le troisième volet d’une série débutée avec ces deux précédents films, même si celui-ci n’est pas signé Wright. Là où Shaun parlait de films de zombies, Hot Fuzz de films d’actions, Paul parle de la même façon de film de science-fiction. S’il est un cran en dessous sur l’échelle des zygomatiques, ce troisième métrage reste digne de ses aînés, malgré le fait qu’on soit à des kilomètres des charmes de la réalisation de Wright… Il est aussi à noter l’importance que gagne le personnage qu’interprète Nick Frost, qui passe du statut de faire valoir chez Wright à une position de personnage principal égale à celle de Pegg chez Mottola. Connaissant la puissance comique de l’acteur, cette promotion est un bon point pour le film.

Car oui, la plus grande différence entre Paul et  le diptyque Shaun et Hot Fuzz, c’est Greg Mottola. Le cinéaste signe ici son quatrième film, après l’inconnu En route vers Manhattan, le cultissime SuperGrave et le touchant Adventureland. C’est donc un cinéaste qui connait son métier. Pourtant, Paul souffre de ce manque de charisme qui transforme un bon moment en bon film, voire celui-ci en chef d’œuvre du genre (il faut revoir Shaun of the Dead ou SuperGrave).
Ce qui sauve son film, c’est le casting de comiques US qu’il frotte à son duo britannique. En premier lieu, bien sûr, c’est Seth Rogen, qui prête sa voix si particulière à l’alien Paul (les spectateurs qui ne supportent pas les sous-titres auront la chance d’y entendre Philippe Manœuvre à la place. Version Originale, 1. Version Française, 0). Mais c’est aussi le cas pour la plupart des seconds rôles. On retrouve donc Jason Bateman, le Michael Bluth de la série Arrested Development (ainsi que Jeffrey Tambor, qui y campait son père – et dont Mottola a tourné quelques épisodes), Kristen Wigg, mémorable dans Walk Hard ou En cloque, mode d’emploi, David Koechner, des fantastiques Anchorman ou Ricky Bobby, Jane Lynch, ici aussi lubrique que dans 40 ans toujours puceau… Des mentions spéciales sont à attribuer aux deux interprètes des agents du FBI, qui volerait presque la vedette à Pegg et Frost, s’ils avaient pu être plus présents à l’écran : Jo Lo Truglio, second couteau de nombres de meilleures comédies de ces dix dernières années, de l’inédit Fanboys en passant par (encore) SuperGrave, sans oublier le sous-estimé I love you, man ou Les grands frères ; et enfin Bill Hader, grande figure du Saturday Night Live, que les plus chanceux ont pu apprécié dans Hot Rod, Délire Express, Tonnerre sous les tropiques ou Sans Sarah rien ne va, sans oublier sa prestation dans le toujours SuperGrave (l’officier Slater, c’est lui !).

Bad-trip

Mais le charme n’opère qu’à moitié. Que l’on soit fan d’humour british ou d’humour US – voire des deux – aucun des penchants ne l’emporte, nous laissant dans un dérangeant entre-deux. Les amoureux du genre ressortiront quelque peu déçus, soit par le film lui-même, soit par la trop grande attente d’un tel évènement. Loin d’être ennuyant – il reste cependant la plupart du temps très bien rythmé, efficace dans ses chutes comiques, bien dirigé et plastiquement non désagréable – ce Paul ne semble avoir ni le charme ni la pertinence de ce qui a déjà pu être fait auparavant.

Il serait par exemple bien plus à conseiller à qui veut voir se mélanger culture britannique et culture nord-américaine le magnifique et mésestimé Scott Pilgrim d’Edgar Wright ou de retourner aux sources, c’est-à-dire trouver une excuse pour (re)voir les débuts de Pegg et Frost dans leur série Spaced, toujours réalisée par Wright et dont Graeme et Clive, les personnages principaux de Paul, semblent tout droit sortis.

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PAUL, de Greg Mottola
Sortie le 2 mars 2011

Avec Simon Pegg, Nick Frost, Seth Rogen, Jason Bateman, Bill Hader, Jo Lo Truglio, Kristen Wiig, Sigourney Weaver

Ecrit par Simon Pegg & Nick Frost

A propos de l'auteur

Image de : Né au beau milieu de l'année 1986, 60 ans jour pour jour après Marilyn, Arnaud n'a rien de la blonde pulpeuse. Très tôt bercé par les courts métrages de Charlie Chaplin, les épisodes de Ça Cartoon et le film Les 7 Mercenaires, qu'il regardait tous les dimanches - joyeux programme - il plongea bien trop vite, passionné par cet art dévorant qu'est le cinéma. Quelques années plus tard, refaisant enfin surface dans le monde réel un bref instant après des années d'inexistence, il se cogna sur une pile de livres... C'était trop tard, il avait déjà recoulé : nouvelle passion qui accompagnerait la première, la lecture et l'écriture seront ses nouvelles compagnes. Depuis, on n'a jamais revu Arnaud.

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