Paris je t’aime

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Paris... Première ville touristique au monde. Sa Tour Eiffel, son Arc de Triomphe, sa cathédrale, son Sacré-Coeur, et... son romantisme, que Diable ! Paris, première ville de l'amour ? C'est l'idée dans laquelle on est conforté en sortant de la projection de ce film collectif, série de 18 courts-métrages de 5 minutes réunissant pléthore de talents et tournés selon des règles très strictes.

Le résultat ? Ces petites romances de quartier se suivent sans se ressembler et nous promènent dans la ville aux 1000 lumières sans nous laisser le temps de soupirer.

Retour sur un enchantement, pour ceux qui seraient passés à côté…

parisjetaime-2Les gens se croisent. On découvre une ville faite de petits riens. Mais aussi de grandes choses. Depuis la rencontre de l’âme soeur jusqu’aux discours très actuels sur le port du voile, la maternité ou le deuil. Beaucoup d’humour, témoins d’une gouaille française (le célibataire aigri de Bruno Podalydès ), mais aussi un regard tendre et amusé que portent les réalisateurs à la capitale française.

Mais comme il se doit, Paris est aussi mère d’agacements du quotidien, de stress, de course contre la montre. La pauvre maman espagnole de Walter Salles et Daniela Thomas doit laisser son enfant dans une crèche pour s’occuper de celui d’une autre, sans visage, sans gêne, sans humanité.

On assiste à des rendez-vous manqués ( Oliver Schmitz ), à des vraies-fausses ruptures comme celle de ce mari qui ne supporte plus la monotonie de son couple mais qui retombe amoureux fou devant le malheur qui touche sa femme ( Bastille, Isabel Coixet ). Comme celle de ce jeune aveugle et de sa petite amie américaine, apprentie actrice – Natalie Portman, heureusement plus fabuleuse que son personnage. Le cinéma est ainsi évoqué à demi-mot, entre mauvaises comédiennes, stars accros au hasch et clins d’oeil à la coiffure d’Amélie Poulain…

Les clichés parisiens sont réutilisés avec brio: le sacro-saint petit noir, les restaurants typiques, Pigalle et ses neonlights rouges, le mythe d’un métro hostile ( Steve Buscemi en touriste persécuté – anthologique)… Témoin le plus réussi de ce Paris de carte postale, Tour Eiffel, de Sylvain Chomet, est un véritable petit chef d’oeuvre visuel, où se mélangent mimes, boules à neige, gavroches et touristes en tous genres. L’impression de familiarité n’est ni grossière, ni moqueuse, Elle nous fait retrouver le Paris qui hante notre mémoire collective.

Les souvenirs font d’ailleurs partie intégrante de la série de courts-métrages : si les vieux couples se remémorent le passé, les plus jeunes revivent leur histoire dans des flashbacks incroyables comme dans Faubourg St Denis de Tom Tykwer ), avec ses accélérés et son montage nerveux qui semble imiter les battements d’un coeur qui s’emballe.

Parfois, Paris se fait fantastique. On explore les méandres de l’esprit d’une mère ( Juliette Binoche, bouleversante), qui fait son deuil grâce à un cow-boy, héros de son fils, en pleine Place des Victoires. On pénètre (difficilement) dans le délire franco-asiatique de Christopher Doyle, onirique, farfelu et survolté. On assiste au sauvetage in-extremis d’un mariage par… Oscar Wilde, échappé de sa tombe du Père Lachaise. Et surtout, on est surpris par une histoire d’amour vampirique menée par Elijah Wood dans une nuit verte et poisseuse, qui évoque un romantisme noir à la Baudelaire.

A film collectif, ambiance multi culturelle. Paris prend des couleurs qui lui vont bien, et ça n’est pas seulement pour une raison de quota. Français & Anglais se mélangent joyeusement ( » This is my life, putain ! » s’écrie Ludivine Sagnier ), les accents s’emmêlent.

Beaucoup de traits caractéristiques dans ces mini-films, donc, qui finissent parfois par faire oublier les quartiers de Paris qui étaient censés en être les stars. Pour ceux ne connaissant pas bien Paris, il ne faut pas compter savoir ce qui est typique de chaque arrondissement évoqué. Certains réalisateurs, tout en préservant leur style et en le rendant aisément reconnaissable, négligent le secteur qui leur a été offert. Néanmoins, les interludes qui ponctuent ce récit, jolis panoramas sur la ville, de jour, de nuit, sur les immeubles, le métro, satisfont notre envie de VOIR Paris.

En conclusion, deux courts-métrages semblent pouvoir résumer l’esprit originel de cette oeuvre collective : Le Marais, de Gus Van Sant, où le réalisateur, fidèle à son habitude, offre des acteurs sublimes et distille l’homosexualité à petites doses, comme un simple élément du décor. Car son propos est bien la rencontre de l’âme soeur, en témoigne le long monologue du jeune français à l’Américain qui ne comprend rien à ce qu’il raconte. Et pourtant, c’est crucial :  » On aurait pu se connaître dans un autre temps « ,  » Dès que je t’ai vu, j’ai eu envie de te parler « … Vous avez dit coup de foudre ?

C’est exactement ce qu’a ressenti l’héroïne du dernier court, mais pour la ville en elle-même.  » Le moment où j’ai senti que j’aimais Paris « , dit-elle, justifiant dans le même temps, le titre du film.

Il semblerait d’ailleurs que deux autres films collectifs semblables soient en prévision, l’un à New York, l’autre à Tokyo…

Et on ne peut avoir qu’hâte de voir le résultat.

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A propos de l'auteur

Image de : Miss Cinéma de Discordance et chroniqueuse hétéroclite since 2005. [Blog] [Twitter]

2 commentaires

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  1. 1
    le Mardi 1 août 2006
    Durand Jeremy a écrit :

    Certains courts étaient réellement mystiques, le vampire et le salon chinois, mais tous avaient ce petit air amoureux qui va si bien à la ville lumière.

    A voir sans modération.

  2. 2
    VIOLHAINE
    le Mardi 1 août 2006
    VIOLHAINE a écrit :

    J’ai trouvé le salon chinois un peu… hermétique et ai préféré de loin la vampire…

    Mais l’ensemble est tellement touchant, oui…

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