Panzerballett – Starke Stücke

par admin|
Née dans la tête du musicien studieux et têtu Jan Zehrfeld, Panzerballett est une formation de jazz-métal délirante où le saxophone se confronte à des polyrythmies brise-têtes. Ou comme le décrit si bien son leader, un univers où se croisent « des headbangers à lunettes et des jazzeux tatoués ».

Petite mise en situation. Nous assistons à une réunion au sommet entre hiérarques d’une maison de disques. Costumes trois-pièces, hôtesses et petits-fours. Le sujet du jour : la « bankabilité » de Starke Stücke, le nouveau disque de Panzerballett .

panzer - Bon, à qui s’adresse-t-on avec ce disque ?

– C’est très influencé par Meshuggah .

– Oui, mais c’est beaucoup moins violent. Seule une minuscule frange de fans pourra adopter Panzerballett .

– Encore faut-il qu’ils aiment le jazz.

– Et les intrusions quasi-systématiques de saxophone.

– En plus, y’a deux chansons qui sont humoristiques. Ils sont définitivement tordus ces mecs !

– Ouais. Avec ce comportement, comment est-ce qu’on va pouvoir refourguer ce disque aux intellectuels ?

– Le truc, c’est que c’est réellement technique, alors, ça ne va pas plaire non plus à ceux qui ne supportent pas les intellos.

– Et putain, ces cons ont choisi de faire moitié composition, moitié reprise. Ils n’ont vraiment aucune morale !

– Encore heureux, l’album est presque intégralement instrumental. T’imagines s’ils avaient foutu de l’allemand sur cette tambouille ?

– N’empêche, c’est invendable.

Cette conversation n’a heureusement jamais eu lieu et Starke Stücke est bel et bien sorti. En mars dernier pour être exact. Le label jazz ACT Records a eu la gentillesse de produire cette oeuvre exceptionnelle, à la fois accessible et technique, une « terra incognita » où se confondent jazz et métal.

C’est sûr, ce ne sont pas les premiers à le faire. John Zorn est déjà passé par là avant. Ephel Duath et Candiria aussi. Mais jamais comme ça. Chez le très respecté John Zorn, c’est la folie qui prime, l’expérimentation déstructurée. Pour les autres, c’est l’intensité du métal qui a été conservé pour être mêlée au jazz.

Là, l’album n’est pas vraiment violent. Il y a peu de chant hurlé. Presque pas de chant du tout d’ailleurs, excepté sur le tordu Zickenterror, déjà présent sur leur premier EP. Pis, la formation teutonne a utilisé des guitares électriques d’une lourdeur ridicule pour tout groupe de métal qui se respecte. Plutôt que la puissance, Panzerbalett a opté pour des polyrythmies brise-tête, déformation groovy de la technique popularisée par les suédois de Meshuggah (cf Obzen, leur dernier disque en date, sorti il y a quelques mois). À cela s’ajoute une utilisation massive du saxophone, ce qui les distingue encore un peu plus de ses confrères.

starkePour corser l’affaire, le groupe a repris des titres à mille lieues du genre, tels Thunderstruck d’ AC/DC, le thème de la panthère rose, Paranoid de Black Sabbath ou encore Smoke on the water de Deep purple . Mais ils ne représentent que la moitié du disque, le reste étant des compositions originales. Une autre raison de classer la galette au rayon des Ovnis. À noter également la présence d’invités prestigieux comme le guitariste jazz Nguyên-lê .

On s’en doute, la tâche n’a pas dû être simple. Le frontman du groupe Jan Zehrfeld a redoublé d’efforts avant d’arriver à ce résultat comme le prouvent ces propos parus chez nos confrères de Progressia « J’ai mis quatre ans pour trouver les musiciens avec l’habileté appropriée et disposant d’assez de temps pour se consacrer à un groupe. » Mais le bougre semble avoir une motivation sans limite. Véritable activiste de la scène fusion-jazz, on ne compte plus ses projets et participations musicales notamment avec Schizofrantik ou Lind .

Starke Stücke est une perle rare à ne pas à mettre entre toutes les mains. Mais qu’importe le nombre de fous qui se décideront à franchir le pas, on s’éclatera quand même.

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2 commentaires

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  1. 1
    le Vendredi 5 septembre 2008
    baboon666 a écrit :

    Tout à fait thierry. Ce CD est vraiment sympa, j’ai découvert ca par hasard il y a 2 mois. Vraiment originale les reprises et les compos sont bien barrées.

  2. 2
    Yves Tradoff
    le Samedi 6 septembre 2008
    Yves a écrit :

    Décidément, tu es sur tout les bons coups Baboon 666. Si tu as d’autres groupes de la trempe d’Ephel duath ou de Panzerballett à faire partager, je suis preneur :)

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