Pantiero 2012 | Cannes | 09.08.2012

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Pour sa 11ème édition, Discordance a fait le déplacement pour une soirée du festival cannois Pantiero avec au programme Crystal Castles, Light Asylum, Future Islands et Mina May. Retour sur ce festival enthousiasmant dans un lieu idyllique.

Créé en 2002, le Festival Pantiero a depuis toujours rassemblé un bon lot de groupes et artistes des différentes scènes actuelles et surtout passant peu, voire très peu, dans la région. Du bon gout et de l’audace, ça fait toujours plaisir.

Pantiero et la plage cannoise

La petite cerise sur le gâteau, c’est que les festivités prennent place sur la terrasse du Palais des Festivals de Cannes, surplombant la mer, le vieux port, et bien sûr le début de la fameuse croisette. D’ailleurs après la fouille, on ne peut qu’être agréablement surpris par des escaliers montant vers la terrasse avec tapis rouge et des motifs de palme d’or dans les barrières.
Une fois en haut, on découvre la vaste terrasse habillée par un surprenant gazon synthétique, des palmiers, des tables, des murs blancs, bien sûr le bar et enfin la scène tout au fond.

On est accueilli par un set des filles de Girlz Inthegarage, activistes de la scène indé marseillaise qui, quand elles ne font pas DJ, programment de nombreux concerts à Marseille et organisent notamment le festival B-Side. Bref, on entendra de tout, mais pas n’importe quoi, en leur compagnie avec entre autres du Duchess Says, Joy Division

Les ambitieux Mina May

Pour ouvrir la soirée alors que le soleil nous quitte lentement, ce sera les Toulonnais de Mina May qui entreront sur scène. Musicalement pas mauvais, en dehors de la voix un peu nasillarde, le groupe est particulièrement solide avec leur pop-rock accompagné d’une pincée de sons synthétiques. On pensera à du Radiohead, Ghinzu voire même un peu à Suuns en beaucoup moins expérimental. Mais il manque cependant un petit truc à ce groupe pour arriver à nous captiver, nous faire bouger. Les chansons se succèdent et on n’en retient aucune au final. Et quand ça s’énerve, on bouge la tête, un pied mais ça ne va pas plus loin parce que finalement ce morceau ressemble au précédent. C’est dommage, il y a de l’idée, mais leur univers n’a pas l’air facile d’accès.

Light Asylum, la grosse curiosité de la soirée

Ce duo de Brooklyn avait déjà attiré notre attention sur CD avec un album sorti au mois de mai et une musique plus qu’étonnante entre synth-wave et post-punk d’une rare intensité, on en attendait donc beaucoup du live.

Et dès les premières notes de Hour Fortress, on est conquis. Les beats martiaux et industriels nous martèlent les oreilles, la chanteuse au look et à la voix si particulier ne manque pas d’attirer la curiosité autant que sa musique. Autant Bruno Coviello, aux synthés, peut paraitre banal, autant la très androgyne Shannon Funchess, la chanteuse black, ne paye pas de mine avec son crâne rasée accompagné d’un chapeau rond, ses tatouages, et ses vêtements jonchés de divers symboles ésotériques et prônant un « Am Magical, Motherfucker » sur son maillot.

Immédiatement au top, le son est puissant, la chanteuse bouillonne d’énergie, fait de grands gestes avec ses bras et ses baguettes et est surtout des plus expressives. En l’écoutant, on pense forcément à Grace Jones reprenant Joy Division, et, franchement, réussir à réunir un certain groove synthétique, la froideur des beats industriels et cette voix à la fois gospel et post punk dans un cocktail dancefloor bien plus efficace que sur CD, c’est assurément LA grosse surprise de la soirée ! Les premiers rangs étaient proches de l’ébullition.

Même si on peut noter une petite baisse d’intensité vers la fin, peut-être l’effet de surprise passé et/ou une certaine redondance. Reste que ce live a été au-delà de nos espérances.

Future Islands, ou la petite faute de goût ?

Non pas que le groupe était mauvais, loin de là. La formation américaine de 3 hommes, synthé, basse et chanteur, nous a laissé une sensation de ne pas être vraiment à la bonne place.

Avec leur New Wave qui aurait digéré les sonorités pop-rock actuelles et un chanteur super actif, très magistral, qui vit son concert comme s’il y jouait sa vie, tout en sueur, ou plutôt en train de faire prendre vie à ses chansons. C’est intense émotionnellement, bien que le claviériste et le bassiste soient effacés. Le chanteur joue avec les photographes, simule qu’il ramasse des choses, et son ton est très martial, presque au point de se demander s’il ne chante pas en allemand.

Non, Future Islands c’est quelque chose à voir, et le public plutôt médusé devant ce show le confirme. Mais entre Light Asylum et Crystal Castles que tout le monde attend, on se dit que ça ne colle pas vraiment. Le set se fait de plus assez long, et malheureusement il suffit de regarder autour de soi pour voir une partie du public assis, entrain de fumer en regardant ailleurs ou même en faisant la sieste … Véridique. Le groupe est pas mauvais, mais pour nous ce n’était pas en accord avec l’état d’esprit de la soirée, Light Asylum aurait été bien mieux placé avant la tête d’affiche.

Sueur, épilepsie et furie

Et puis voilà le groupe que tout le monde attendait : le duo Torontois de Crystal Castles ! Très attendu, il faut savoir que c’était la seule date française annoncée pour 2012, on ne pouvait pas rater leur passage.

L’obscurité se fait pesante tandis que le public hurle à l’arrivée sur scène d’Ethan Kath et Alice Glass ainsi qu’un batteur. L’intro de la très witch-housy Plague – le nouveau titre tout fraichement dévoilé qui figurera dans le futur album prévu pour septembre – se fait entendre, un rouge sombre commence à percer l’obscurité, les silhouettes du groupe se dessinent. Et c’est parti pour un déluge de cris recouvert par les mélodies synthétiques. Classé dans l’electro punk – ce qui correspond bien à l’esprit et la démarche du groupe – le concert oscillera entre les titres à signature 8-bits du premier album et le savant mélange d’électro, noise pop et de musique expérimentale du second.

La foule deviendra totalement déchaînée lorsque qu’Alice, avec sa nouvelle chevelure violette, viendra se plonger dans les premiers rangs. Toujours aussi hystérique, elle ne tient pas en place, boit directement au goulot sa bouteille de Jack Daniel’s, le crache dans le public, cri, marmonne, se cache sous sa veste kaki, telle une véritable bête de scène. Et pendant qu’Alice n’est pas dans le public, pendant qu’Ethan – qui malgré la chaleur cannoise reste habillé avec sa veste bien fermée et son bonnet sur la tête nous écrase sous des déluges de sons électroniques, la petite nouveauté c’est le duo qui joue ensemble, et à plusieurs reprises des morceaux, qui, dur de le dire, sont soit des nouveaux, soit des impros. On aura la réponse en septembre !

Les magnifiques mélodies pop noisy de Celestica, l’hymme techno Baptism, le formidable remix de HEALTH Crimewave, les beats 8 bits ravagés d’Air War, ma petite favorite et onirique Knights, les rêveries vocales d’Alice sur Suffocation, la sentimentale Not in Love… On retrouve tout le meilleur de CC condensé dans ce concert qui n’est paradoxalement pas uniquement dans la puissance sonore, c’est un tout.

Le talent autre que musical du duo, c’est d’apporter une énergie digne des meilleurs concerts rock/punk/metal dans un live electro, tout en chantant pourtant des chansons toutes plus noires, mélancoliques et introspectives les unes que les autres. On laisse nos soucis de côté, on s’en purge sur l’autel de Pantiero avec les missionnaires de Crystal Castles. Alice au sermon, Ethan sous sa capuche sur son orgue, on danse, pogote, saute… peu importe, on s’en fout!

Une vraie réussite, c’était presque la guerre ouverte dans le public, chose que je n’ai pas retrouvé depuis Kap Bambino, autre groupe phare de l’electro punk, et c’est ça qui rend ce genre de concert mémorable.

Photos : Cédric Oberlin

Pantiero et la plage cannoiseou la montée des marchesAmbianceAmbianceLes Djs des changements de plateauMina MayIMG_1155Mina MayAmbianceLight AsylumLight AsylumLight AsylumLight AsylumLight AsylumFuture IslandsFuture IslandsFuture IslandsFuture IslandsFuture IslandsFuture IslandsCrystal CastlesCrystal CastlesCrystal CastlesCrystal CastlesCrystal CastlesCrystal CastlesCrystal CastlesCrystal CastlesCrystal CastlesCrystal CastlesCrystal CastlesCrystal CastlesCrystal CastlesCrystal CastlesCrystal CastlesLa Croisette

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A propos de l'auteur

Image de : Passionné de musiques électroniques et synthétiques, il est toujours en quête perpétuelle de sons et de vagues de boucles synthétiques qui l'accompagnera de longues heures. Grand rêveur originaire des Bouches du Rhône (13) voguant à présent dans les îles de France, il cherche à partager ses coups de coeur par tous les moyens possibles.

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