Pantha Du Prince – Black Noise

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Dire que ce troisième album de Pantha Du Prince était attendu (tout du moins par moi !) est un euphémisme.

Car si le premier album de l’Allemand Hendrik Weber, Diamond Daze, paru en 2004, n’était pas foncièrement extraordinaire, malgré quelques fulgurances (le fantastique Eisregen, par exemple), car trop conventionnel et empêtré dans le carcan de la techno minimale, son deuxième disque, This Bliss (2007) se révélait être un véritable chef d’œuvre. Pantha y démontrait sa capacité à créer un style personnel, un véritable bloc de mélancolie centrée sur des basses d’une profondeur incroyable, évoluant par petites touches, par micro variations. Après cette œuvre qui pourrait être qualifiée de majeure, il était donc permis de se demander si Pantha allait parvenir à réussir un autre disque d’une telle qualité.

Après deux mois d’écoute, il devrait être possible d’affirmer que Black Noise renouvelle de fait l’exploit. Ce n’était pourtant pas gagné d’avance, car ce nouveau Pantha est trompeur, paraissant aux premiers abords plus accessible, car plus mélodique (on trouve même un titre avec Panda Bear d’Animal Collective, dont Pantha est proche – il avait remixé leur Peacebone pour le single du morceau, et a assuré leur première partie sur leur tournée européenne de l’an passé), et avec des morceaux globalement plus courts (on ne trouve plus d’épopées de 12 minutes comme Urlichten sur le précédent album…), et évoluant plus clairement et plus rapidement. Du coup la première impression qui s’en dégageait était celle d’un album plat, aux morceaux globalement similaires, seule Stick To My Side, avec le chant de Panda Bear, semblant s’en détacher. Pantha Du Prince a un talent pour créer des albums très homogènes : le même problème se posait d’ailleurs aux premières écoutes de This Bliss. Là aussi, il faudra donc laisser décanter l’album et les différents titres pour apprécier à leur juste valeur ces morceaux finement ciselés.

Un constat s’impose: le son de Pantha a fortement évolué durant ces trois dernières années, bien plus qu’entre ses deux premiers albums. Cette évolution est d’ailleurs sensible dès la pochette de l’album: là où les deux précédentes frappaient par leur noirceur, on a cette fois-ci droit à une image détaillée et plus claire, mais estompée. On retrouve la même évolution dans le son : Pantha semble avoir donné moins de place à des basses omniprésentes, voire écrasantes, pour laisser la voie libre à ces tintillements aigus qui constituent désormais le cœur des mélodies et des morceaux, et qui lui confèrent ce son si particulier, à la fois brumeux et aérien. La mélancolie qui se dégage ne s’en fait que plus vive, comme par exemple lorsque les mélodies de Satellite Snyper ou Bohemian Forest (les meilleurs morceaux du disque) s’extirpent du brouillard pour apparaître dans toute leur splendeur. Et l’on touche ici à un autre point de l’évolution de l’Allemand : Black Noise fait place à des compositions plus directes, moins linéaires. Car là où une grande partie de This Bliss résidait dans des microvariations qu’il fallait déceler, faisant avancer les morceaux très progressivement, Black Noise voit des changements plus marqués, plus nets, plus tranchants.

Image de Pantha Du Prince - Dark Noise Et laisse donc place à des variations d’atmosphères intéressantes : Satellite Snyper par exemple commence avec un thème presque disco (ou plutôt, sonnant comme Pantha faisant du disco…), avant de s’engouffrer dans une voie plus mélancolique. Behind The Stars commence en techno dark renforcée par le chant grave d’Hendrik (qui nous fait là entendre sa voix pour la première fois depuis Glycerin, sur son premier disque), pour finir de façon nettement plus mélodique.

Pantha Du Prince ne s’est pas contenté de composer un successeur situé dans la lignée directe de This Bliss, mais s’est remis en question – probablement aidé par le séjour dans les Alpes duquel Pantha aurait tiré son inspiration et ses samples, Contrairement à ce que semble indiquer son titre, Black Noise est un disque plus aérien, moins sombre, mais nettement plus brumeux et mélancolique, que son prédécesseur, qu’il complète donc à merveille. Cet album semble ne souffrir d’aucune faiblesse manifeste. Rien n’est à jeter, même si une poignée de titres se détache très nettement: Lay In A Shimmer, The Splendour, Stick To My Side, Satellite Snyper ou Bohemian Forest sont autant de perles quasi-parfaites.

Malgré une concurrence très rude en musique électronique cette année (entre Autechre, Scuba, Four Tet, Babe Rainbow, …), ce Black Noise se révèle être un disque trouvant largement sa place parmi les tous meilleurs disques électroniques de ces derniers mois – voire de l’année, même si Oversteps d’Autechre mérite également ce titre). A écouter donc, pour tous les amateurs de musiques électroniques ou mélancoliques en tout genre – et pas seulement de techno minimale, car Pantha s’extrait ici assez largement des clichés du style.

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A propos de l'auteur

Image de : C'est après avoir découvert Sonic Youth à 14 ans que je suis devenu passionné inconditionnel de musique. Après avoir découvert pendant 2 ans la scène rock indé, je découvre Autechre et Boards Of Canada et me rend compte que l'electro, c'est chouette également. Aujourd'hui, vous trouverez de tout dans mes écoutes et coups de coeur, de l'electro expérimentale à la noise, en passant par le hip hop, l'ambient, le glitch hop, etc, et en gros toutes les micro-étiquettes (skweee, hauntology, etc) que l'on peut rattacher de près ou de loin au genre "musique". J'écume les salles de concert de la région lilloise, et suis moi-même joueur de piano et de synthé.

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