P572, 5 ans de musique à Québec

par |
L'ouvrage P572, cinq ans de musique et de révolution sorti en 2009 revient sur l'épopée créative du label de Québec.

« Entretenez vos amitiés / Invest time in frienships » peut-on lire sur le site du label (ou « étiquette » selon les termes québécois) P572. C’est en effet la philosophie qui semble guider les choix des deux agitateurs artistiques Sam Murdock et Sébastien Leduc, créateurs et gérants de la maison de disques depuis 5 ans en toute indépendance, et qui s’illustre aujourd’hui dans un livre sorti avec Chat Blanc Records, la moitié des pages étant consacrée à chacune des aventures. Groupes de tous styles, graphistes locaux ou internationaux, salles de concert, les réseaux se créent entre les talents de Québec et d’ailleurs, et les touche-à-tout sont rois. Afin d’en savoir plus sur le fonctionnement et la vision de P572, nous avons rendez-vous avec Sam Murdock chez lui, puisque son appartement sert également de quartier général et de point de ralliement à toutes ses activités. Il faut en effet noter qu’en dehors de la gestion du label, Sam joue dans 8 des 15 groupes du label (Lesbo Vrouven, Oromocto Diamond, (swedish) Death Polka…). Avec son enthousiasme communicatif, il donnerait envie à n’importe qui de créer une maison de disques dans sa chambre…

En cette matinée ensoleillée de février, Sam fait l’inventaire des albums du label, envoie quelques vinyles (le site de P572 est également un magasin en ligne), nous parle des titres acoustiques de Lady Gaga, de Converge, des tours de magie de So Called, des soirées dédiées à Claude François qu’il organise, nous montre un disque qu’il a reçu récemment :  » là il y a un groupe de London, Ontario qui nous a envoyé ça, ça s’appelle Ill Eagle, ils font du gros grunge à la Nirvana« . Et sinon, comment a démarré le label ?

« Après le secondaire, j’ai voyagé à travers le Québec avec ma guitare et mon sac à dos. Puis je suis revenu à Québec et j’y ai rencontré Sébastien Leduc par hasard, on a commencé à faire des spectacles ensemble, il travaillait déjà avec un groupe de musique de Québec qui s’appelle Purge. On habitait dans le quartier St Roch (le quartier culturel de Québec, situé dans la basse ville, ndlr), au numéro 572. C’est donc devenu Productions 572 puis P572, on a sorti des disques. Ce qui est beau c’est qu’il n’y avait rien de planifié, on s’est rendu compte qu’on a fait des centaines et des centaines de spectacles depuis et 50 disques. »

Le choix artistique se fait au gré des collaborations et des coups de coeur de Sébastien et Sam : « ce sont soit des groupes dans lesquels moi je joue ou des coups de cœur, des amis, des gens impliqués. C’est là que ça fait sens, quand les gens qui t’inspirent le plus sont tes meilleurs amis. »

Au delà de la conception éthique de l’organisation du label, c’est le soin apporté à la confection de disques et de vinyles distribués en un petit nombre d’exemplaires qui fait le charme de P572. Sam s’occupe du design d’un album sur quatre, les autres étant confiés à des amis graphistes : Yo Rodéo pour Le Choc du futur d’Oromocto Diamond, Julien Pacaud pour Judith Judith de (swedish) Death Polka ou encore Simon Sévigny et son agence Cinquante-cinq pour la réalisation de la jaquette de la troisième compilation du label. La pochette est découpée et tous les angles de la pochette sont à 55 degrés, la sortie a eu lieu le 27 juin (572 + 55 = 627 soit 6/27). « La première personne qui remarque ça gagne une compilation ! » plaisante Sam Murdock.

Le goût du risque et du travail dans l’urgence caractérise l’atmosphère qui règne chez P572. Sam a beau se dire paresseux, force est de constater qu’il n’arrête jamais vraiment : entre les tournées, la composition, la gestion artistique et administrative du label, il trouve même le moyen de monter des projets fous comme la sortie de 5 albums d’Oromocto Diamond en 18 mois.

« A deux, on fait le boulot de vingt personnes, on gère toute les tournées, tous les visuels, les sites web, les communiqués (…).

J’aime le côté production, faire les disques, les échéanciers, ça a un côté cartésien. Ca c’est de 9 à 5 puis la création c’est de 5 à 9. Tu manges pas trop, tu dors pas trop…Mon classique c’est de booker les spectacles avant d’avoir fait l’album. Par exemple, on a tous les lancements pour le prochain disque d’Oromocto alors qu’il n’est pas encore enregistré. Je me suis encore jamais planté, mais je leur dis pas que c’est pas enregistré !

Le jour où ça a été le plus serré c’est pour un album de Swedish Death Polka : l’encre de la pochette de l’album a mis 48h de plus que prévu à sécher, les gens commençaient à entrer dans la salle alors que nous on collait des disques derrière et on les numérotais ! Pendant ce temps là fallait gérer l’éclairage, etc… »

Bien sûr, la scène de Québec souffre mal la comparaison avec sa grande soeur de Montréal, question de proportions. Mais après le succès de groupes comme Les Goules la relève semble belle et bien présente, et P572 se paie même le luxe d’être optimiste sur l’avenir de la musique :

« Un jour tout va exploser, on va se retrouver sur une montagne et il n’y aura plus d’électricité. Ce qui restera, c’est une guitare et une chanson. On dit que l’industrie du disque va super mal, mais l’industrie de la musique ne s’est jamais aussi bien portée. Tout le monde a un IPod, tout le monde écoute de la musique, plus que n’importe quelle autre génération avant. Les fans de musique s’en foutent, ils vont acheter un mp3, un cd. Moi j’aime les livres, les couvertures, le papier, donc le CD est accompagné d’une pochette, mais ce qu’il y a au départ c’est de la musique. Il faut être de son temps et nos albums sont disponibles sur ITunes. Je conseille aux gens d’acheter les vinyles et on envoie les mp3 en plus. Si quelqu’un m’envoie un email il va mêmes les avoir tous gratuits. Au départ, on fait ça pour que les gens écoutent de la musique ! »

Et si le message n’est pas encore passé, voici notre sélection d’artistes P572, il y en a pour tous les goûts :

Oromocto Diamond – Le Choc du futur (2009)

Ce ne sont pas moins de cinq albums (trois cd et deux vinyles) qu’a prévu de sortir Oromocto Diamond en l’espace de 18 mois, afin de décrire le destin de la ville d’Oromocto, sur laquelle tombe une météorite. Le schéma de la sortie des albums représente visuellement le concept (voir galerie). Côté son, Le Choc du futur met en scène un fracas de claviers, de guitares et un chant punk plein d’urgence, dont les moments les plus épiques sont l’intro accrocheuse Black Feelings, le déjanté The Last Diamond in a Cave ou le très 80′s Tides of Time.

Myspace

(swedish) Death Polka - Judith Judith (2006)

Changement de registre, (swedish) Death Polka évolue dans un style plus classique : violoncelle, piano, xylophone et guitare créent des ritournelles pop de haute volée à l’image de Red Red Operation et sa mélodie de piano délicate, entre Soap&Skin et Toy Fight. L’album est assez surprenant, tantôt minimaliste (Schoolyard symphony) tantôt grandiloquent (DJ) ou carrément rock (Inside).

Myspace

Mathématique – Coeur (2009)

Elle a 16 ans, joue de la batterie depuis 8 ans, a déjà deux albums d’électro-pop (« une sorte de Justice féminin minimaliste » nous décrit Sam Murdock) et un recueil de photos de concerts à son actif. Sur cd, Mathématique c’est du chiptune disco, du 8-bit fait pour te faire bouger, même contre on gré. L’équation gagnante, en somme.

Millimetrik – Northwest Passage’s New Era (2008)

Le projet électronique de Pascal Asselin, également fondateur du label Chat Blanc, s’inspire des ballades de Boards Of Canada et de ce qu’on appelle l’Intelligent Dance Music. Northwest Passage’s New Era propose des ambiances profondes, mélancoliques et variées, un vrai petit bijou électro. Après sa collaboration avec Port-Royal, Millimetrik prépare un nouvel album, Mystique Drums, à paraître en septembre 2010 et donc à surveiller.

Myspace

Galerie photo :

Partager !

En savoir +

Le site de P572 : http://www.p572.com/

Graphistes :

Yo Rodéo : http://www.yorodeo.com/

Cinquant-cinq : http://www.cinquante-cinq.ca

Julien Pacaud :http://www.institutdrahomira.com/

Betsy Walton : http://www.morningcraft.com

Pishier : http://www.pishier.com/

Lancement du livre à la galerie Morgan Bridge

A propos de l'auteur

Image de : Depuis 2004, Julia parcourt les festivals et les salles de concerts en quête de sensations musicales fortes et affiche un net penchant pour la scène indépendante montréalaise, le folk, l'électro et le rock. Malgré une enfance biberonnée à la culture populaire des années 90, sa bibliothèque ITunes n'affiche presque rien entre 1985 et 2000. Repêchée trois fois par le vote du public, Julia anime désormais la rubrique Musique avec Pascal et Laura. "Discordance m'a sauvée". Mon blog / Twitter

1 commentaire

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires
  1. 1
    le Vendredi 16 avril 2010
    Mélissandre L a écrit :

    Effectivement ça donne envie de monter son propre label dans sa chambre ^^

Réagissez à cet article