Ouverture de la Sirène à La Rochelle

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Le premier avril ce sera Grand Soir avec l'ouverture de La Sirène ou la nouvelle salle de concert de La Rochelle.

À quelques jours de cet évènement nous avons posé quelques questions à David Fourrier son directeur et ancien de la Nef d’Angoulême…

Lorsqu’on ouvre une salle de concert qui s’appelle la Sirène un premier avril, ne craint-on pas un peu de ne pas être pris au sérieux ?

Si c’était indépendant de notre volonté, en effet il y aurait de quoi sourire. Mais c’est ici un choix. Oui au 1er avril pour une salle qui depuis 20 ans est attendue à La Rochelle. Et puis imaginer une soirée un peu conceptuelle nous oblige à dépasser le cadre strict d’une inauguration. Inviter et réunir The Legendary Tigerman et ses sirènes était de plus assez excitant !

Pouvez-vous présenter en quelques mots la structure qui gérera cette salle ?

C’est l’association XLR qui assure cette mission dans le cadre d’une Délégation de Service Public signée avec la Communauté d’Agglomération de La Rochelle. 11 permanents à ce jour pour assurer la bonne tenue des concerts et la mise en place du service de la répétition et de l’accueil des résidences.

Quelques chiffres peut-être ?

Un projet qui se chiffre à 7,1 M d’euros financé par l’Agglomération pour 5,6 M / 700 000 € par l’État / 700 000 par la Région Poitou-Charentes / 70 000 par le Département / 70 000 par le CNV.
Pour le fonctionnement, le budget s’élève à 1,2 million d’euros par an. Nous bénéficions d’une subvention forfaitaire d’exploitation de la CDA de 660 000 € annuels et de l’aide de la DRAC, de la Région, du Département et de la Sacem. Quelques partenaires privés nous accompagnent également : Sooruz, Crédit Mutuel, Cultura, Brasseries Kronenbourg.

À quoi ressemble la scène locale de La Rochelle ? Est-elle encore à construire ?

Il existe une vraie scène, assez éclectique, qui manque à ce jour de lieux pour répéter et de lieux pour découvrir les artistes. Cette ouverture doit en toute logique faire émerger une scène locale un peu structurée et artistiquement excitante.

Les Francofolies, Le festival de jazz, La Coursive, le Centre Chorégraphique National, le Carré Amelot… La Sirène complète ce schéma. Pensez-vous que le projet aurait été suivi par une collectivité locale d’un autre bord politique ?

Il est très évident que La Rochelle (au sens large incluant l’agglomération) est une ville tournée vers la culture. Il n’y a pas ou peu d’agglomérations de cette taille (150 000 habitants) qui peuvent revendiquer des équipements de cette qualité avec des équipes professionnelles à leurs têtes et des festivals de l’importance des Francos ou du Festival International Du Film. Nous sommes bien ici dans une ville qui défend une idée politique ambitieuse en matière de culture. Ce sont des valeurs progressistes.

Dans le Dossier de presse, on peut lire que la Sirène proposera une offre tournée vers la jeunesse. Est-ce une confirmation implicite que les Francofolies sont un festival de vieux ?

Non pas du tout. L’éclectisme du programme des Francos, la diversité de ces lieux de diffusion font de ce festival une manifestation ouverte à toutes les générations. La programmation signée par Kevin depuis quelques années montre une vraie volonté d’ouverture. Un plateau comme celui qui réunissait l’an dernier sur la scène principale, Dominique A, Wax Tailor, Phoenix, Charlotte Gainsbourg en est un bon exemple.
Pour 2011, The Do, Cocoon, Aaron, Popof sont à l’affiche de la scène principale, sans parler des plateaux de Not Ze Francos qui de Brodinski aux Hushpuppies en passant The Shoes visitent l’indé made in france.

L’une des ambitions de la Sirène est l’élitisme pour tous. Sauf que sans faibles, il n’y aurait pas de forts. Sans pauvres, il n’y aurait pas de riches. Sans perdants, il n’y aurait pas de gagnants. Il est par donc par définition impossible aux masses de devenir des élites…

Nous sommes tout à fait conscients de cette difficulté à défendre la posture ambitieuse d’un élitisme pour tous. Mais comme cette inaccessible étoile de la chanson de Brel, nous devons afficher une volonté réelle d’élévation du public. C’est un projet politique, idéologique et obligatoire, un geste de résistance. Il n’y a pas ici de prétention démesurée, d’idéologie illuminée, mais juste ce désir profond de rendre le public curieux, attentif et surtout critique. Enfin, rendons à César ce qui appartient à l’homme de théâtre Antoine Vitez à qui nous devons l’oxymore « L’élitisme pour tous« .

En jetant un œil à votre programmation des 3 prochains mois, l’éclectisme des genres saute aux yeux entre Nofx, Erik Truffaz, Alice Russel, High Tone et The Congos (pour ne citer qu’eux). On est en plein dans ce que vous appelez « L’éclectisme qualitatif ». Par contre très peu d’artistes chantant en français. Hasard de calendrier des tournées ou peut on imaginer que « qualitatif » et « chanson d’expression française » ne sont pas vraiment deux termes compatibles ?

Image de La Sirène // Soirée d'ouverture L’écoute du dernier album de Bertrand Belin ou du dernier Katerine prouve largement l’inverse. Mais il nous semblait important à quelques mois des Francofolies et d’une manière tacite de ne pas « charger » la programmation couvrant la période avril à juin d’artistes francophones. Nous veillerons à l’automne à inviter des artistes s’exprimant dans la langue de Molière.

Votre projet a sacrément de la gueule, votre affiche est ambitieuse, avec une jolie part faite à quelques légendes du punk et du garage qu’il fait bon de revoir programmées en France (Obits, NoFx, Kid Congo, New Bomb Turks, The Sonics). Travailler à la Nef d’Angoulême, vous a-t-il aidé à affûter vos goûts musicaux ?

La Nef était un laboratoire où la musique alternative occupait notre quotidien. L’échange régulier autour de la programmation avec Jean-Louis Menanteau (Directeur de La Nef), mais aussi avec Doudou (Co directeur de La Garden Nef Party) et Francis Vidal (Le Bordelais d’Allez les Filles) permettait une belle effervescence. Cependant mon passé (passif !) d’organisateur du Rock Festival de Fontenay le Comte (1988 à 2001 : Jesus Lizard, Shellac, Girls vs Boys, Gun Club, Beasts Of Bourbon, Chokebore,…) m’avait déjà offert une bonne confrontation avec la musique indépendante.

Quel groupe rêveriez-vous de programmer à la Sirène ?

Mon rêve aurait été d’inviter par le passé Fugazi. Mon rêve d’aujourd’hui ne porte pas de nom précis. Il change avec le temps, les écoutes, les groupes découverts en live. Mais puisqu’il faut parler d’un rêve, nous dirons Grinderman.

À quoi allez-vous mesurer le succès de ce projet ? Quels indicateurs de performance seront déterminants ?

Le succès d’un projet réduit à quelques chiffres ou à quelques indicateurs de performance est le métier des comptables. Bien sûr nous devrons en fin d’exercice annuel présenter des chiffres équilibrés, évidemment nous fournirons les graphiques décortiquant la physionomie du public, son origine géographique, son sexe, sa catégorie socioprofessionnelle. Cependant, le succès à mes yeux s’écoutera en salle, certains soirs de concerts lorsque l’écoute du public sera idéale, en journée dans les studios de répétition lorsqu’un groupe débutant construira sa première chanson, en soirée côté bar lorsqu’un groupe nous confiera être très heureux de sa résidence dans nos murs. Il y a certainement dans ce propos une possible démagogie ou une légère inconscience et nous savons que la réussite économique de ce projet est obligatoire. Il est toutefois heureux et salvateur de se rappeler pourquoi nous faisons ce métier, pour le public et les artistes.

Des résidences sont-elles déjà prévues ? Comment fonctionne une résidence d’artistes? Ces projets sont-ils pris en charge intégralement par la Sirène ou est-ce financé par les maisons de disque, les tourneurs ou les artistes eux-mêmes ?

Il y a tous les cas de figure. De l’artiste pour lequel vous souhaitez vous mouiller à celui que vous recevez aussi pour des raisons économiques. Rien à ce jour n’est encore écrit pour la Sirène si ce n’est une aide à la scène locale. Les résidences (nous en avons réalisé beaucoup à La Nef) demandent une grande disponibilité de l’équipe. Il est aussi nécessaire que les artistes découvrent notre lieu, se l’approprient et s’y projettent. Un argument de taille est toutefois notre ville… La Rochelle fait rêver les artistes autant que les touristes…

Un petit jeu pour finir. Donnez le nom d’une chanson qui collerait le mieux aux propositions suivantes :

Votre état d’esprit à la veille de l’ouverture ? Real Cool TimeThe Stooges

L’état d’esprit dans lequel vous aimeriez être le lendemain du premier weekend d’ouverture ? Under controlThe Strokes

Les artistes que vous comptez programmer à la rentrée 2011 Des visages, des figuresNoir Désir

La ville de La Rochelle et ses environs… L’ile de RéClaude Nougaro

Votre expérience à la Nef et à la Garden Nef Party ? Happy with youThe Bewitched Hands

Le réseau des salles de musiques actuelles en France Qui est in, Qui est Out ?Serge Gainsbourg

La Sirène Femme fataleThe Velvet Underground

Crédits photo : F. LE LAN

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Site officiel : http://www.xlr17.fr/

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Image de : Fondateur de Discordance.

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