Other Lives – Tamer Animals

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Le retour aux sources de la musique américaine semble être le nouvel eldorado pour le folk du XXIe siècle. Other Lives revisite cet héritage avec un album brillant mais sombre, tel un joyau noir du désert de l'Oklahoma.

Tamer AnimalsOther Lives

Convaincus par leur joli concert à la Route du Rock le 14 août dernier, il était temps pour nous d’écouter ce second album d’Other Lives, groupe originaire de Stillwater, Oklahoma. En concert, c’est surtout la voix de leur chanteur Jesse Tabish qui nous avait charmés par sa puissance d’évocation. Sur CD, ce sont les orchestrations qui nous happent dès le premier titre Dark Horse et ses cuivres enjoués. L’utilisation des violons et de la batterie rappelle le talent de la troupe danoise Efterklang. Un compliment, donc.

Mais revenons à l’Oklahoma, un État bien central situé entre le Colorado et le Kansas. « Le travail conquiert tout« . La devise de l’État, qui semble tout droit sortie de l’esprit d’un conquistador protestant, a vraisemblablement inspiré le groupe. La composition de cet album a en effet duré 16 mois pour Jesse, qui continuait de vivre des cours de guitare qu’il donne depuis 8 ans. Jesse a consacré tout son temps libre a élaborer ces mélodies intemporelles, accompagné de temps à autre de quatre musiciens, mais surtout de Jonathon Mooney (guitare, violon, trompette, percussions…what else ?). Pas d’orchestre donc pour la création de Tamer Animals, mais quelques multi-instrumentistes doués et l’intervention du producteur Joey Waronker pour le mix final.

Pas de doute, les grands espaces ont dû fournir la matière à ces envolées aériennes, tout comme le folklore américain qu’on retrouve par touches dans ces onze titres. For 12 sort les guitares de western à la Morricone, pour créer une atmosphère tour à tour aventurière et planante. Dust Bowl III, complainte pour cowboy solitaire, est définitivement dans cet esprit. « Si vous sortez de Stillwater, vous ne verrez que des plaines préservées. Je pense que ça m’a affecté, inconsciemment », reconnaît Jesse [1]. Au-delà de ces références, Other Lives trouve sa sensibilité et son indépendance dans les superpositions d’instruments et les trajectoires imprévisibles des titres.

L’enchaînement des cinq premiers morceaux jusqu’à Dust Bowl III constitue la force de cet album. La mélancolie se fait de plus en plus présente dans les paroles et les ambiances. Sur Tamer Animals, les hommes ne sont finalement que des animaux plus apprivoisés que d’autres. L’introduction du morceau, plutôt pop, mêle voix, notes de piano à l’intensité mesurée et percussions à donner des frissons. Le morceau dégage une classe mélodramatique qui n’est pas sans rappeler les contes de The National.

Plus tard, la mélancolie se transforme en noirceur sur Weather. Le paysage majestueux se change en mornes plaines, les ballots de paille volent au vent et nous rappellent notre solitude. Tout se transforme en Old Statues, ballade aux teintes fanées pas vraiment originale. La suite des titres reprend l’amplitude orchestrale des premiers, mais sans en atteindre l’intensité. Mention spéciale toutefois pour Woodwind, qui évoque la musique répétitive de Steve Reich.

[1] Biographie sur le site de Red Light Management.

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Other Lives, Tamer Animals (Pias), sorti le 29 août 2011.

En concert le 1er septembre à la Flèche d’Or (Paris), le 2 novembre au Casino de Paris dans le cadre du Festival Les Inrocks, le 5 novembre au Transbordeur (Lyon), le 6 novembre au Cabaret Aléatoire (Marseille).

Site web : http://otherlives.com/

A propos de l'auteur

Image de : Depuis 2004, Julia parcourt les festivals et les salles de concerts en quête de sensations musicales fortes et affiche un net penchant pour la scène indépendante montréalaise, le folk, l'électro et le rock. Malgré une enfance biberonnée à la culture populaire des années 90, sa bibliothèque ITunes n'affiche presque rien entre 1985 et 2000. Repêchée trois fois par le vote du public, Julia anime désormais la rubrique Musique avec Pascal et Laura. "Discordance m'a sauvée". Mon blog / Twitter

3 commentaires

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  1. 1
    L.
    le Jeudi 1 septembre 2011
    L. a écrit :

    J’aurais aimé chroniquer ce bel album… Manque de temps… Merci à toi de l’avoir traité !

  2. 2
    le Samedi 3 septembre 2011
    Grenatine a écrit :

    Other Lives ou la grande découverte de mon année musicale. Si j’adhère globalement à cette critique, j’avoue ne pas avoir trouvé la seconde partie de cet album plus médiocre que la première. Old Statue, si décriée en ce lieu, est pour moi la seconde pièce maitresse de cet opus, derrière l’intouchable For 12. Plus loin, Desert -notamment sa seconde partie- constitue également un sommet incontournable de ce chef d’ouvre.

    Sinon, une remarque : j’ai lu ça et là que Other Lives était comparé à The National…Alors là, très sincèrement, je ne vois pas exactement quels sont les points communs entre ces deux formations. J’ai beau chercher, je ne vois pas. M’enfin, pas grave, vous êtes nombreux à avoir fait cette comparaison.

    A mon sens, c’est du côté de Fleet Foxes voire de Shearwater qu’il faut chercher des influences. S’agissant des premiers, je tombe chaque fois dans le panneau Fleet Foxes, et au final je suis très, mais alors très déçu par cette formation, à mon sens très largement surcôtée…Bref, Tamer Animals sera sans aucun doute possible mon album de l’année. Une vraie découverte et un grand bol de beauté pure à ingurgiter jusqu’à satieté.

  3. 3
    le Lundi 5 septembre 2011
    Fred a écrit :

    J’ai chroniquer cet album sur mon blog, mon coup de coeur d’Aout/Septembre.

    Grenatine : Plutôt d’accord pour Fleet Foxes, on nous à vendu ça comme le truc indé de l’année , moi ça me laisse plutôt froid, c’est de la très bonne musique , certes, et certaines chansons sont magnifique mais de là à les encensés comme ça …

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