Osheaga – Les Métamorphoses

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Deuxième jour du festival montréalais, et on savoure les prestations de Weezer, Snoop Dogg ou Sonic Youth. Nous ne sommes pas en 1995, mais bien en 2010, un 1er août.

La joie simple des festivals, ces concerts en plein air où les effluves de substances illicites se mêlent aux volutes de poussières flottant autour des festivaliers pendant que des filles sexy distribuent des shooters à 4 $. Les hot-dogs se vendent à 5 $ quant à eux. Mais il y a aussi des choses gratuites comme des échantillons de crème solaire ou des strings American Apparel. Le décor est planté, car au-delà de l’étude sociologique offerte par un festival, c’est la musique qui prime et Osheaga offre une soixantaine de concerts sur 2 jours…
Suite de l’inventaire d’un festival avec le troisième et dernier acte (retrouvez les actes 1 et 2 ici).

L’imprévu du jour : Deadmau5 annule sa prestation à Osheaga pour problèmes de santé. Alors qu’il donnait un spectacle à Washington D.C, l’artiste se serait évanoui sur scène, souffrant d’exténuation et de vomissements. Ses 9 prochains spectacles de sa tournée estivale, dont Osheaga, doivent être annulés. L’artiste ne sera pas remplacé et la grille horaire sera modifiée.

Acte 3 : À la recherche du temps perdu [Parc Jean Drapeau - Dimanche 1er août 2010]

The Black Keys

Après la prestation de The Black Keys, on souhaite que les groupes suivants maintiennent un tel niveau d’excellence (SPOILER ALERT : aucun n’égalera l’efficacité du duo). Le groupe offre une performance époustouflante par sa puissance et sa maîtrise, quelque part entre Led Zeppelin et Jimi Hendrix avec une partie de l’héritage d’Otis Redding. Bien que les plus difficiles pourraient discuter de la modernité de leur musique, le duo offre aux festivaliers le meilleur groove qui soit. Dan Auerbach et Patrick Carney se sont entourés du claviériste Leon Michels et du bassiste Nick Movshon. Ces ajouts intensifient un équilibre impeccablement calibré entre soul et rock brut afin de nous rappeler une époque lointaine, mais toujours présente dans le cœur des mélomanes. La prouesse : ne faire ni dépassé ni réactionnaire. Le bon vieux temps bien de notre temps, ça force l’admiration.

Évaluation : 90 %

The Antlers

À l’instar d’Owen Pallett, la musique de The Antlers n’est pas optimisée pour les festivals, surtout lorsque la scène se trouve à proximité de celle du Piknik Électronik. Dès lors, la voix aérienne de Peter Silberman peine à trouver son chemin dans un espace sonore parasité par la scène électro à côté. Malgré tout, le trio new-yorkais revisite son album avec de belles montées en puissance, particulièrement grâce au talent et à l’énergie de Michael Lerner à la batterie. Le groupe de Brooklyn nous offre ainsi un Hospice plus lumineux que la version studio sans parvenir toutefois à atteindre la magie transcendante opérant en salle. Une performance en demi-teinte qui ne parvient pas à alterner notre amour pour cet excellent groupe.

Évaluation : 65 % (si seulement il n’y avait pas eu cette scène électro à côté !)

The Cat Empire

Les Australiens ont une sorte de superpouvoir. Au son de leurs rythmes endiablés teintés de jazz, latino et de rock, on ne peut s’empêcher de danser. C’est simple. C’est incontrôlable, on a envie de danser, de bouger. La trompette galvanise la foule tandis que Felix Riebel chante à tout rompre « music is the language of the soul ». Une chose est certaine, celle du groupe parle aux corps. Leur musique aussi éclectique que jubilatoire ne peut que combler les festivaliers, les sourires se dessinent sur les lèvres, les pieds remuent la poussière. Un drapeau australien fend l’air au milieu du public. Excellente performance.

Évaluation : 75 %

We Are Wolves

Aller voir We Are Wolves, c’est soutenir la scène locale. Mais le groupe a fait du chemin et l’affluence est telle qu’une grande scène n’aurait pas été du luxe. Le groupe est chez lui et fidèle à lui-même, il offre une performance solide, mais sans réelles surprises. Comme à l’accoutumée, une petite mise en scène est au programme. Alexander Ortiz, Vincent Levesque et Antonin Marquis se sont coiffés d’immenses logos triangulaires en aluminium pour l’occasion. Et s’il y a bien une chose au rendez-vous, c’est leur énergie brute. Des morceaux comme Fight and Kiss, Coconut Night ou Magique enflamme la foule à l’instar des pièces du dernier album du groupe : Paloma ou encore Vague. Le tournant plus électro que punk des Loups se fait fortement sentir et surtout, il parvient à calmer le parasitage de la scène du Piknic Électronik qui continue de faire des siennes.

Évaluation : 70 %

Snoop Dogg


Ainsi, le hip-hop peut se frayer un chemin dans un festival de musique alternative. Après tout, ça se fait beaucoup en Europe, pourquoi pas au Québec ? En tout cas, il amasse du monde devant sa scène, un monde qu’il a fait attendre dix minutes de plus (une éternité au sein d’un festival extrêmement rigoureux sur l’horaire). Dur de parler de la performance de Snoop Dogg tant elle vacille entre l’efficacité et le cliché. Il fait sensation. Assurément. Le rappeur demande à la foule si elle aime fumer de l’herbe et se bourrer la gueule (comme si celle-ci allait dire non !). Les « ladies » seront aussi à l’honneur. Ouais, bon en gros : drogue, alcool et sexe. La débauche quoi ! La prestation sera en accord avec ça. Sur les grands écrans, on voit le public se passer les joints. Ambiance ambiance. Le gangsta’ reprend ses grands tubes (Drop It Like It’s Hot etc.) comme ceux des autres (P.I.M.P de 50 Cent).

Snoop aura surtout le mérite de mettre tout le monde debout, mais vraiment tout le monde, incluant surtout les gens posées sur l’herbe (naturelle, la verte hein !) au loin, très au loin des scènes, sur leur petite colline, ces spectateurs installés confortablement qui observent l’action à une distance où les grands écrans paraissent des petites télés de salons. Et bien, Snoop Dogg les aura fait se mettre debout avec un charisme insoupçonné. Rien que pour ça, respect ! Le contrat est donc rempli, malgré les clichés de pimp music rendant l’ensemble incroyablement risible avec du recul. « My music is about peace, love and soul ». Peut-être que la paix induit la drogue et l’amour, le sexe. Il faudrait lui demander.

Évaluation : 75 %

The Jon Spencer Blues Explosion

Extrêmement fort, incroyablement près. S’il y a un groupe à résister au parasitage de la scène du Piknic Electronik, c’est bien The Jon Spencer Blues Explosion. La puissance rythmique aux basses tonitruantes fait vibrer tout ce qui se trouve à portée des enceintes. C’est simple, tous ceux qui ne sont pas munis de boules quiès mettent en grave danger leur santé auditive. L’explosion blues avait donc de quoi ridiculiser les raveurs d’à côté. Spencer et ses deux acolytes font ce qu’ils font de mieux et plus encore : livrer un rock violent et enragé d’une puissance phénoménale, teinté de garage et de punk à vous perforer les tympans. De High Gear à I Wanna Make It All Right en passant par She Said, le public a le droit à une longue déflagration sonore brutale jusqu’à l’exutoire final aussi primal qu’efficace. Ça justifiait de manquer un bout de Sonic Youth, jouant sur la grande scène au même moment.

Évaluation : 75 %

Sonic Youth

Après Pavement hier, c’est au tour de Sonic Youth de venir justifier son statut culte. Mais Sonic Youth c’est Sonic Youth. Le groupe n’est pas du genre à se rabaisser en jouant ses plus grandes chansons. Au contraire. Sonic Youth est encore dans la course, alors il joue principalement son dernier album, The Eternal. Pas de quoi conquérir un nouvel auditoire. Pas de quoi satisfaire complètement les fans, surtout ceux de Goo dont aucun extrait ne sera joué. Mais la verve du groupe est bien présente, en résulte un son principalement offensif, tantôt lancinant, tantôt chiant, pour un ensemble en demi-teinte. C’est le problème avec le rock d’avant-garde, ça n’est jamais là où on l’attend. Kim Gordon, Lee Ranaldo, Steve Shelley et Thurston Moore offrent aux festivaliers un rock dissonant et puissant, qui sent le vécu, jusqu’au final sonique issu de Daydream Nation.

Évaluation : 65 %

Metric

Belle entrée en matière avec Black Sheep (extrait de la bande originale de Scott Pilgrim vs. The World) où la batterie étouffe cependant les autres instruments, mais c’est pas grave, Emily Haines assure le reste. La rockstar la plus sexy du Canada se montre fidèle à elle-même, débordant d’une énergie extrêmement sensuelle. Mais voilà, peut-être trop fidèle à elle-même. Le groupe offre une belle performance sans se renouveler. Au lieu d’imposer une quelconque évolution, Metric fait ce qu’il sait faire sans jamais sortir de sa zone de confort : offrir au public un rock sexy et plein d’énergie, mais sans véritable identité sonore. Une chose est certaine, la foule vibre et retient sont souffle à chaque mouvement de la chanteuse. Après tout, c’est bien aussi ce genre de performance. Pourquoi se plaindre ?

Évaluation : 70 %

Devo

Un vaste écran surplombe la petite scène. Et les couleurs vives percent les ténèbres de la nuit pour nous offrir la performance la plus haute en couleur du festival. Au son (et à la vue) de Devo, on plonge dans un univers coloré, étrange, drôle, absurde. Des clips insensés accompagnent les morceaux du groupe comme, entre autres, les fesses d’une bimbo qui pleure.
Il est surtout incroyable de voir combien le concert est millimétré à la mesure près, les frères Casale et les frères Mothersbaugh ainsi que le batteur Josh Freese sont en pleine maîtrise de leurs moyens et de cet art  punk new wave inimitable. Les morceaux accrocheurs des Américains enchantent le public nombreux et heureux de retrouver ce groupe culte après tant d’années et d’assister à Whip It en live. « Nous voici en 2010 et ready to whip it again ! » lance l’un des frères Mothersbaugh. On aura même le droit aux reprises de (I Can’t Get No) Satisfaction et Secret Agent Man. Au-delà d’un simple concert, Devo offre une véritable expérience dont les gens reparleront longtemps après le festival. En somme, c’était à ne pas manquer.

Évaluation : 80 %

Weezer


Contre toute attente, la performance de Weezer, les has been de la programmation, s’est révélée surprenante. Les Californiens ont distribué leurs succès dans une atmosphère complètement survoltée et disjonctée. Il faut dire qu’il n’y avait aucune attente de la part des festivaliers, l’annonce de Weezer en tête d’affiche en avait fait rire beaucoup. Mais voilà, Rivers Cuomo est déjanté et se livre à tous les délires possibles : en plus de descendre régulièrement dans la foule, il passe d’une scène à un autre et les techniciens qui démontent le matériel de Metric doivent être surpris de voir débarquer cet énergumène aux allures de geek. Y’a ceux qui bossent et ceux qui font n’importe quoi. Il y a presque une dimension indirectement métaphorique ! En tout cas, on peut dire qu’il donne du fil à retordre à la sécurité ou du moins il justifie leur présence et leur salaire. Revenu sur la bonne scène, il joue au baseball, avec à la place d’une batte un ukulélé (décédé quelques minutes plus tard) et à la place de balles, des rouleaux de papier toilette.

Tout en enchaînant ses hits reconnaissables, Cuomo ne cesse d’enrichir son processus d’euphorie, prenant des photos de lui avec le public, signant des autographes, se tapant une excursion dans les gradins VIP, mais le paroxysme du grand n’importe quoi, ce à quoi personne ne s’attend (déjà qu’on ne s’attendait à rien) arrive lors du premier rappel : une double reprise mixée du Kids de MGMT et de Poker Face de Lady Gaga, avec perruque blanche à l’appui. Les festivaliers sont médusés. Lors du second rappel, Weezer clôture sa performance par le culte Buddy Holly, finalisé par un solo de batterie de chaque membre du groupe. Une clôture de festival complètement délirante, par un groupe qui n’avait probablement rien à perdre devant un public qui n’attendait rien. Une chose est certaine, un large sourire s’était dessiné sur bien des visages.

Setlist : Epic Intro / Hash Pipe / Troublemaker / Undone (The Sweater Song) / Surf Wax America / Perfect Situation / Dope Nose / Say It Ain’t So / Brian’s Theme / Can’t Stop Partying / Island in the Sun / El Scorcho / My Name is Jonas / Beverly Hills /// Pork and Beans / Kids (MGMT) + Poker Face (Lady Gaga) /// I Want You To / Buddy Holly

Évaluation : 70 %

Cette dernière journée de festival aura mis à l’accent sur le passé, que ce soit dans le rock d’un autre temps des Black Keys, le blues explosif elvisien de Jon Spencer, le hip-hop bling-bling de Snoop Dogg ou la new wave exubérante de Devo et les fantômes de Weezer. Le temps retrouvé a parfois une belle saveur,  il est comme la poussière que le bruit élève dans les airs avant que le silence ne la laisse retomber pour toujours. Les réminiscences sont aussi là pour mieux dessiner le moment présent et ce que l’avenir tend à nous apporter.

ÉPILOGUE :

53 000 de festivaliers pour une soixantaine de concerts, tel est le bilan de cette 5e édition. Les organisateurs crient au succès. Et ils peuvent. Le festival Osheaga a atteint cette année le stade de la maturité. Il n’y a plus qu’à espérer que l’événement prenne de l’ampleur et surtout qu’il ne sombre pas dans la facilité, en ce sens le mainstream, arme d’attraction massive.

Crédits photo : Tim Snow et Greg Leblanc (photos de We Are Wolves et Devo)

Live report du 30 et 31 juillet à Osheaga

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Site du festival : http://www.osheaga.com/

A propos de l'auteur

Image de : "Si un homme traversait le Paradis en songe, qu’il reçut une fleur comme preuve de son passage, et qu’à son réveil, il trouvât cette fleur dans ses mains… que dire alors?"

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