Osheaga – 30 & 31 juillet

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Retour sur le festival montréalais qui avait misé gros : Arcade Fire, Pavement, Weezer, Sonic Youth, The National et beaucoup d'autres se sont succédés lors de ce weekend au Parc Jean-Drapeau.

L’été vient avec son lot de festivals où les groupes du monde entier (principalement originaires des États-Unis et d’Europe) viennent tous donner vie à leurs albums respectifs, ceux-ci se métamorphosant sous les yeux de milliers de festivaliers. Montréal n’échappe pas à la règle. Après les Francofolies, le Festival International de Jazz, il est venu l’heure d’Osheaga, mettant à l’honneur la musique alternative, rock et pop (avec supplément électro pour cette 5e édition). L’année dernière, les têtes d’affiche étaient Coldplay et Beastie Boys (les New-Yorkais avaient annulé par la suite sans remplacement), cette année ce sont Arcade Fire et Weezer, et une soixantaine d’autres groupes qui viendront métamorphoser leur travail studio en performances live. Inventaire d’un festival en 3 actes.

Acte 1 : Voyage au bout de la nuit [Métropolis - Vendredi 30 juillet 2010]

Tout Montréal vibre au rythme d’Osheaga, puisque ça commence avec une série de concerts « en ville », et pour nous dans la salle du Métropolis.

Rich Aucoin

Pour une première partie, on peut dire que Rich Aucoin offre de beaux moyens dans la forme de sa performance. Des écrans diffusant les paroles des chansons, entrecoupées d’extraits du Grinch, de G.I Joe ou encore de La Vie est Belle de Capra. On ne tarde pas à réaliser combien cette forme tend à couvrir un fond insipide. Les interactions forcées avec le public deviennent ennuyantes, voire carrément pénibles. Non, forcer le public à chanter les paroles sans intérêt avant le début de chaque morceau n’est pas une bonne idée. Malgré sa volonté ostentatoire de donner le meilleur, Rich Aucoin exaspère. Inutile de s’attarder. Le voyage continue.

Évaluation : 15 %

Of Montreal

Suite à leur dernier passage montréalais en octobre 2008, le groupe avait laissé un souvenir impérissable avec un concert noyé dans un univers kitsch aussi hallucinant qu’excentrique. Les ambitions ont été revues à la baisse en ce vendredi soir et de beaucoup : la mise en scène est plus minimaliste, et serait aux limites du traditionnel si un binôme exubérant d’individus étranges (ninjas futuristes, cochons, fous en camisole, etc.) ne venait pas entourer Kevin Barnes lors de certains morceaux. Mais voilà, le kitsch à petite dose n’opère pas. La demi-mesure va jusqu’à rendre la prestation risible et surtout sans âme, du moins pas celle qu’on connaît au groupe. Cependant, la mise en scène (ou du moins son absence) permet à Kevin Barnes d’offrir une performance vocale meilleure qu’à l’accoutumée, proposant du nouveau matériel comme l’excellent Sex Karma.

Un concert plus épuré donc, mais surtout sans sensations fortes. Heureusement, Of Montreal réserve le meilleur pour la fin : Kevin Barnes n’offrira qu’une chanson en rappel, mais quelle chanson ! The Past is a Grotesque Animal est probablement le chef-d’œuvre du groupe. 12 minutes intenses durant lesquelles les spectateurs seront scotchés, et ce, jusqu’au fracas de la guitare sans ménagement. Époustouflant à défaut d’être extravagant. Ainsi, rien que pour ce dernier quart d’heure, ça valait la peine de venir franchir les portes du Métropolis, même s’il a fallu attendre le bout de la soirée pour arriver à la bonne destination.

Évaluation : 70 % (Sans le rappel : 55 %)

Acte 2 : Les lois de l’attraction [Parc Jean Drapeau - Samedi 31 juillet 2010]

The Walkmen

Le quatuor new-yorkais inaugure la grande scène pendant que les gens prennent leurs marques, s’habituent au site qui vient d’ouvrir ses portes. L’organisation se rôde, en somme, et ce sont loin d’être les meilleures conditions pour jouer. Le groupe s’excuse de n’avoir qu’une pauvre demi-heure à offrir, 30 minutes qui auront surtout servi de musique de fond. Mais tel est le planning. La performance, honnête ne bouleverse pas pour autant, sitôt passé, sitôt oublié. Le set se clôt sur In The New Year. Pas de surprise donc.

Évaluation : 60 %

Owen Pallett

Les cordes de violons retentissent, leurs sons tranchant l’air chaud de l’été pour ouvrir avec E Is For Estranged. Hors de sa zone de prédilection, il l’admettra d’ailleurs lui-même durant le set : « Je ne suis pas le genre groupe de festival ». Mais le Torontois sera surtout victime d’une technique des plus capricieuses : se produisant seul avec un violon, un synthétiseur et une pédale reproduisant ce qui vient d’être joué en boucle, le moindre écart technique rend laborieux la performance scénique. L’esprit est cependant là. L’archet est vif. Et Owen Pallett a beau être en totale maîtrise de son instrument auquel la voix donne une ampleur symphonique, les problèmes de moniteur nuisent à la performance.

L’artiste offre une chanson inédite devant paraître au sein d’un EP prévu dans les mois à venir. Un morceau fidèle à l’univers de l’artiste, enchanteur et énergique qui viendra étoffer le reste de la setlist comptant entre autres Keep the Dog Quiet, The Great Elsewhere, Lewis Takes Actions, The CN Tower Belongs to the Dead, Many Lives -> 49 MP.
Le morceau de clôture Lewis Takes Off His Shirt sera cependant carrément interrompu. Owen Pallett s’excuse « Je suis désolé sans moniteur c’est impossible. Bonne fin de journée » avant de quitter la scène sans ménagement, probablement aussi frustré que nous. Quelques heures plus tard, l’artiste s’excusera sur son Twitter : « Apologies for cutting the last song. Playing without monitors is like building a house of cards in an earthquake » («Désolé d’avoir coupé la dernière chanson. Jouer sans moniteurs c’est comme construire un château de cartes lors d’un tremblement de terre»)

Évaluation : 55 %

Edward Sharpe and The Magnetic Zeros



« C’est notre deuxième fois à Montréal. La première fois fut un concert horrible alors on s’est dit qu’il fallait revenir et faire de notre mieux » commence Alex Ebert. Éclaircissons une chose, leur performance à l’automne 2009 était excellente. Mais paradoxalement, là où certains groupes peinent à imposer leur musique en festival, celle d’Edward Sharpe sied à merveille au contexte estival. 40 Days Dream ouvre le set. Ebert n’hésite pas à jouer avec la foule, s’y baignant presque. « Je n’ai pas d’instrument alors je me suis dit que je pouvais aller vous saluer » dit-il avant d’enchaîner avec Janglin.

Le chanteur s’amuse, fait du skate avec les planches à roulettes servant à déplacer le matériel. La performance du groupe, en totale osmose avec le festival, se montre véritablement jubilatoire, et ce, malgré le trop grand espace entre les morceaux comme si les membres improvisaient la setlist.
Ainsi, croisement entre Dylan et Morrison, Alex Ebert charme le public avec maestria en en faisant pratiquement une partie intégrante du groupe. On aimerait que le concert ne se termine pas, mais l’horaire est serré et alors que I Come In Please se prolonge, le public craint de ne pas avoir droit à l’incontournable Home. C’est sans connaître l’audace insouciante d’Edward Sharpe qui ne veut décidément pas laisser sonner le glas du concert. « On nous donne 5 minutes, le temps est de notre côté » ajoutant ensuite « Je déteste être un enfoiré mais on va la faire. » Et même si le temps est de notre côté, même si leur chanson culte est bâclée, car le temps n’est pas tant que ça de notre côté finalement, on est tous ensemble, on est bien. Pourquoi ce moment fut-il si fulgurant ?

Évaluation : 90 %

Japandroids

L’énergie est présente. Indéniablement. Mais le résultat n’est pas moins convaincant, voire même extrêmement brouillon. On cherche un semblant de mélodie dans ce rythme chaotique parasité de hurlements. Non répéter « hey » à tout va ne fait pas rock.

Évaluation : 30 %

Stars

Des roses ornent les instruments. Nous pourrions nous arrêter là et tout aura été dit. Pur symbole d’une musique mièvre frôlant l’ennui. Les nouvelles pièces de Stars se montrent plus électro, s’éloignant quelque peu de la pop orchestrale qui a fait la notoriété du groupe. Torquil Campbell fait son capricieux avec l’équipe technique au point de se demander qui agace le plus l’autre. Le set se poursuit. Les fans du groupe auront eu ce qu’ils voulaient. Enfin, on imagine. Peut-on en dire du reste de la foule ? Probablement pas. Les deux chanteurs lancent leurs roses dans le public pendant un set sans aucune substance, set clôturé par le joli Your ex-Lover is Dead. Amour mort-né pour le groupe en tout cas.

Évaluation : 35 %

Keane

Côté britpop, on a le droit à Keane. Sous ses airs de jeune premier, Tom Chaplin fait preuve d’une véritable volonté de divertir et d’offrir la performance la plus dynamique qui soit selon ses capacités. Ce qu’il parvient à faire.
La petite surprise du set est un duo avec K’naan (également présent à l’affiche du festival) pour Stop for a Minute. Cette collaboration ajoute un peu de piment à la prestation dans son ensemble, contribuant à maintenir l’attention du public. Ainsi, entre hymne africain rap et pop atmosphérique en passant pas un côté pop tout droit sorti des années 90, Keane aura su montrer diverses facettes de sa musique, sans pour autant se faire une place dans la mémoire collective.

Les Anglais ont majoritairement composé leur setlist avec les morceaux qui ont fait leur notoriété comme Is It Any Wonder ?, Everybody’s Changing, This Is The Last Time, Somewhere Only We Know, Bedshaped et Crystal Ball. Leur premier album Hope and Fears est donc toujours à l’honneur malgré leur tournant musical électropop pris lors du dernier opus.

Évaluation : 60 %

Pavement

« C’est comme si c’était 1996 à nouveau », lance Stephen Malkmus d’entrée de jeu. Les nostalgiques sont déjà aux anges, car force est de constater que le groupe n’a rien perdu de sa puissance rock, justifiant ainsi son statut de figure emblématique des années 90.

Au-delà du fait que les membres manifestent une forte complicité malgré la longue séparation du groupe, c’est surtout la complémentarité de Stephen Malkmus et de Bob Nastanovich qui aura marqué la performance. Le charisme tranquille de l’un répondant à l’énergie brute du second, en résultent une force et un équilibre à une prestation sans faille. Cette complémentarité de caractère est particulièrement révélée après qu’un spectateur du public ait jeté sa bière dans le cou de Malkmus. La raison d’un tel acte purement gratuit (enfin si, 6 $ tout de même) de sera jamais révélé. Le chanteur, professionnel jusqu’au bout des doigts grattera sa guitare sans se laisser perturber par cet incident, mais visiblement choqué. À ce moment précis, on est ravi que Stephen Malkmus ne soit pas Morrissey. Il reste donc sur scène. Et pendant qu’un technicien essuie les pédales et la guitare, Nastanovich montre une hostilité (juste et justifié) à l’égard du spectateur alors que Malkmus allège la tension allant jusqu’à goûter la bière sur son polo, ajoutant « Il faut reconnaître que c’était bien visé ». La classe jusqu’au bout.

Le concert continue, la setlist se montre particulièrement variée et efficace. Et Malkus tout comme nous n’attend qu’une chose : « J’ai vraiment hâte de voir Arcade Fire ». Décidément, les grands esprits se rencontrent.

Évaluation : 80 %

The National

Pour beaucoup, ils ont fait le meilleur album de l’année. Il est incontestable que High Violet confirme le talent du groupe, l’élevant même à un niveau supérieur. Après une prestation quasi parfaite en 2009 à Montréal, la question était de savoir si le plein air conviendrait à la musique ténébreuse du groupe. Force est de constater que oui. Et non. Du moins, la courte longueur du set empêche toute véritable structure, faisant de la performance une succession d’excellentes chansons à commencer par Mistaken for Strangers. « C’est un grand privilège pour nous de jouer entre deux de nos groupes préférés : Pavement et Arcade Fire » dit le frontman Matt Berninger avant de plaisanter sur leur performance avant Prince au festival Super Bock Super Rock (Portugal) deux semaines plus tôt.

Richard Parry (Arcade Fire, The Unicorns, Islands) rejoindra le groupe sur scène pour une partie du set. Les morceaux du groupe se montrent beaucoup plus rock et plus libres que sur album, Berninger n’hésitant pas à hurler sur Squalor Victoria et à se déchainer sur Mr. November. Les renforts de violons et cuivres viennent enrichir l’énergie de chaque chanson. Au lieu de clôturer son set par l’indescriptible et magnifique About Today comme le groupe le fait souvent, ça sera Terrible Love qui gravera la dernière impression dans le cœur des festivaliers. Une performance irréprochable, qui aurait gagné à être plus longue et qui, surtout, n’aura pas égalé le niveau de la magnificence d’un concert en salle.

Évaluation : 85 %

Arcade Fire


Les lois de l’attraction, en ce premier jour d’Osheaga, Arcade Fire les régit. Plus de 25 000 personnes se sont placées face à la principale scène du site, n’attendant qu’une chose : que les Montréalais leur offrent le concert de l’année, ni plus ni moins. Alors que les festivaliers s’amassent pour avoir la meilleure place possible (certains ont sacrifié le concert de The National pour être au plus près de la scène), il est pertinent de se demander : Arcade Fire a-t-il quelque chose à prouver ?

Cette pensée s’envole après que les enceintes aient fini d’étendre dans l’espace poussiéreux This Land Is Your Land de Woody Guthrie et Le Plat Pays de Jacques Brel. Et ce n’est pas un hasard… Et puis le moment tant attendu, Win Butler entonne Ready to Start, les étoiles sont dans le ciel, mais aussi dans les yeux de chaque festivalier. La première surprise est de voir Owen Pallett au sein du groupe. On sent déjà que ça va être spécial.
Bien que la voix de Win se perde dans l’instru de Ready to Start, elle s’élève sur Neighborhood #2 (Laïka). Il est si aisé de multiplier les superlatifs avec ce groupe. Intervention est dédiée aux derniers catholiques. Seulement deux extraits de Neon Bible seront joués ce soir. Et alors que Roccoco galvanise la foule, les feux d’artifice de La Ronde (parc d’attractions situé également sur l’île, d’où sont tirés des feux d’artifice chaque samedi) illuminent le ciel. La combinaison est parfaite. Arcade Fireworks !

L’enchaînement Neighborhood #3 (Power Out)/Rebellion (Lies) achève une foule littéralement conquise par la puissance live des Montréalais. Arcade Fire transcende son répertoire, y ajoutant une énergie rock dépassant les attentes (Month of May en est l’exemple parfait).
Puis le rappel. Neighborhood #1 (Tunnels) est accompagné d’une explosion de confettis qui retombent dans une pluie lente et festive. Quel étrange instant ! Ces morceaux de papier blanc, virevoltant dans l’air, donnent une impression de ralenti, comme si le temps s’était figé en ce samedi soir, scellé au son d’une musique qui touche tous les cœurs.

S’en suit Sprawl II joué pour la première fois en live à l’instar de Deep Blue plus tôt. Essuyant quelques petits soucis techniques, Régine enchantera la foule avec ce morceau aux tonalités d’Abba. Mais un concert d’Arcade Fire sera toujours incomplet sans Wake Up. Clôture magnifique d’une performance qui a tenu toutes ses promesses, pleine de talent, de corps et d’âme. En un mot : Épique. Un autre mot ? Mémorable.

Setlist : Ready to start / Neighborhood #2 (Laïka) / No Cars Go/ Haïti/ Empty Room / Intervention/ Rococo/ Crown of Love/ Deep Blue / We Used to Wait / Neighborhood #3 (Power Out)/ Rebellion (Lies)/ Month of May / Half Light 2 (No Celebration)///Neighborhood #1 (Tunnels)/ Sprawl II (Mountains Beyond Mountains) / Wake Up

Évaluation : 95 % (Si seulement ce concert, le plus long du festival, avait été plus long)

A suivre : le  live report du deuxième jour du festival Osheaga avec Weezer, The Black Keys, Sonic Youth

Crédits photo : Tim Snow, Greg Leblanc (photo d’Owen Pallett), Susan Moss (photo d’Of Montreal)

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Site du festival : http://www.osheaga.com/

A propos de l'auteur

Image de : "Si un homme traversait le Paradis en songe, qu’il reçut une fleur comme preuve de son passage, et qu’à son réveil, il trouvât cette fleur dans ses mains… que dire alors?"

2 commentaires

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  1. 1
    le Jeudi 5 août 2010
    Chris a écrit :

    Même pas de « My body is a cage » dans la setlist. J’espère qu’ils la feront à ReS ! Great report ;)

  2. 2
    le Lundi 9 août 2010
    Sam a écrit :

    Étant une de mes préférées également je te comprends Chris, mais le morceau était toujours absent dans les dernières setlists du groupe. Mais sait-on jamais… Je te souhaite que ReS casse ce cycle! Merci pour ton commentaire. :)

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