Osheaga – 1er jour : Spread the joy !

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Pour bien débuter l'année, retour sur la découverte d'un des festivals nord-américains les plus excitants par les yeux wide open d'une jeune frenchy...

Au pays des gens aux mains très agitées (ce que signifie Osheaga en mohawk), le climat est capricieux, mais l’ambiance toujours chaleureuse. L’organisation est bien différente des festivals français, et les cent cinq groupes invités sont très attendus par des dizaines de milliers de personnes. La programmation, calquée sur celle du Lollapalooza, a d’ailleurs permis au festival montréalais d’afficher complet.

Sur le chemin, dans le métro, règne déjà une bonne ambiance : chaque festivalier porte en lui les attentes de moments de bonheur suscitées par l’événement. On débarque au parc Jean-Drapeau, et là… Fucking shit ! Aucun autre mot ne vient à l’esprit d’une Parisienne qui n’a encore jamais fait de festival nord-américain : personne n’attend pour entrer et on est déjà des milliers sur le site ; une équipe de jeunes ramasse régulièrement les déchets abandonnés maladroitement ; les bières, citronnades et fruits se baladent au-dessus des têtes parce que, ici, boissons et nourriture peuvent venir à toi ; etc. Et ce, pendant trois jours : les 3, 4 et 5 août.

En bref, c’est le Disneyland du mélomane ! Tout est fait pour que le festivalier se sente privilégié ou, autrement dit, dans le secret osheaguien. Bien entendu, il n’y a pas encore de détecteurs d’individus indésirables, mais, quand même, on se parle d’un festival nord-américain !

Hellooooo, Osheaga !

Osheaga

Sur la Scène de la montagne, c’est Charli XCX qui ouvre le festival. Cette brune bien faite mais très mal habillée chante joliment sur une dark électro/pop aux basses lourdes. Certaines compositions présentent des faiblesses évidentes, mais, accompagnée d’un batteur jouant debout et d’un claviériste/DJ efficace, la jeune Britannique communique son énergie à un public déjà investi.

À peine a-t-elle terminé que, sur la Scène de la rivière, LP s’installe avec ses musiciens (batteur, contre-bassiste/bassiste, violoniste, claviériste, guitariste). LP, c’est une artiste tellement impressionnante et fascinante qu’il est impossible de l’oublier. D’abord, si on ne la connaît pas, on peut se demander si c’est un homme fluet aux allures de Bob Dylan et Lou Reed (jeunes). Avec ses tatouages et Lennon sur son t-shirt, elle affiche et revendique un style rock’n’roll. Et, non seulement ça suit musicalement, mais ça suit bien ! Elle possède une voix incroyable ; une de celles qui donnent des frissons alors que crame chaque bout de peau exposé au soleil. Et elle siffle comme personne. Son talent est indéniable ; son single Into the Wild en est la preuve ultime.

Sur la scène voisine, The Walkmen entre sur scène et joue sa première chanson, mais on se dirige vers la Scène verte car, dans dix minutes, le concert de Poliça débute. Sur le chemin, on passe devant la Scène des arbres où Yukon Blonde envoie du bois (no joke).

Chercher un coin d’ombre et s’asseoir dans l’herbe fraîche…

Channy Casselle, chanteuse à la voix claire, et Ryan Olson ont bien fait de recruter deux batteurs et un bassiste pour enregistrer leurs compositions. Ces derniers sont devenus des membres à part entière de Poliça, et sont finalement ce qu’il y a de plus intéressant dans la formation. Malheureusement, les batteurs sont trop peu souvent exploités ; mais quand c’est le cas (comme pour le final), c’est puissant !

En musique de fond, c’est idéal pour se détendre, regarder les gens passer et s’imprégner de l’ambiance festive. Ici, même les moches sont beaux ; même les individus en marcels roses, alors que nombreux sont ceux qui portent des t-shirts Radiohead, Joy Division, Daft Punk, Led Zeppelin ou encore The Beatles. Tout le monde est heureux.

Ici, le bonheur se boit, aussi. Il est rouge et fait 222 ml. Ça s’appelle Coca-Cola et c’est distribué en échange d’un sourire. La cannette, on se la passe sur le corps, comme dans une publicité, pour se rafraîchir davantage, quand certains s’amusent sur un Twister géant ou d’autres improvisés aux bombes de couleurs sur l’herbe.

Mais on est essentiellement là pour la musique, alors on file vers la Scène de la rivière où Fun. distille sa bonne humeur à la mode estivale. Il y a beaucoup de monde pour les New-Yorkais. Et on sourit, sans le vouloir, parce que c’est étrangement meilleur que leur passage catastrophique au Grand Journal de Canal+. (On n’ose imaginer le niveau de bonheur que ce sera quand des groupes mythiques se produiront plus tard dans la soirée…) Nate Ruess ne chante pas faux et, tel un Mika, fait faire ce qu’il veut à la foule bon public sur Barlights. Puis, We Are Young et Some Nights explosent en fin de concert, pour le plaisir des festivaliers. « That was so fun ! » lance un Américain. So funny

Même les nuages sont parfaits : des barbes à papa blanches dessinées sur fond bleu ciel. Comme si les organisateurs avaient rémunéré les cieux.

On a fait l’impasse sur d’autres New-Yorkais : Freelance Whales, mais, en chemin vers la Scène verte pour la fin de Bombay Bicycle Club, on passe devant la petite Scène des arbres (où les Américains étaient programmés) pour les deux dernières chansons. Un entracte d’indie-rock joyeuse agréable.

Du côté de la Scène verte, les Londoniens terminent leur set mélodiquement, vigoureusement ; et poliment, comme chaque artiste ici. Tous se confondent en remerciements et souhaitent un heureux week-end aux festivaliers, en ne manquant pas de profiter eux-mêmes de ces moments.

La suite du programme sur cette même scène, c’est Of Monsters and Men, les premiers Islandais du festival. C’est plein, et les gens continuent d’arriver. Nombreuses sont les personnes situées derrière la barrière délimitant l’espace de la Scène verte. Pendant la performance du groupe, on a l’impression d’être dans un film et, en même temps, on a la sensation qu’il n’y a rien de faux, que la sincérité, l’humilité et la légèreté (à l’image des ballons de plage bondissant au-dessus de la foule) priment. Little Talks fait même se lever le public installé sur la digue. Et lors du final sur Six Weeks, une lance d’incendie prévue par l’organisation est venue soulager les fans ravis de cette pluie artificielle.

Ça bouchonne aux escaliers. Mais où vont les festivaliers ?

Birdy Nam Nam

On se retrouve enfin comme au Piknic Électronik, devant la scène qui porte son nom, avec le Finlandais Huoratron. Huoratron ? Mais si, le clip de son morceau Corporate Occult a été vu par des millions de personnes parce que Solweig Rediger-Lizlow joue (nue) dedans… Il est donc tant de transpirer autrement qu’à cause des températures indécentes. C’est lourd, agressif, et Aku Raski balance ses sons comme on jette des sorts, mais on perd des calories ! On quitte le DJ-sorcier avec regret, mais Gary Clark Jr. commence son set dans cinq minutes sur la Scène verte. Impossible de manquer ça.

Surprise : il n’y a pas grand-monde. La raison ? Tout le monde est parti voir Franz Ferdinand sur l’une des deux scènes principales. Toutefois, le public scande le prénom du Texan et les applaudissements sont aussi intenses que si on était le triple devant la scène. Dès sa longue introduction à la guitare, Gary Clark Jr. produit un rock bluesy, lourd et sexuel. Vêtu de noir, Ray-Ban et chapeau compris, il n’a pas ouvert la bouche qu’il a déjà fait comprendre qu’il était grand. Il sait que ses doigts sont sa force : c’est le genre de guitaristes qui donnent envie à toutes les nanas d’être à la place de leur instrument. Et les mecs, envieux, sont impressionnés d’entendre sa guitare lui rendre si bien ce qu’il lui donne. Derrière, guitariste, bassiste et batteur n’ont pas à rougir. Arrive enfin Bright Lights, morceau bien au-dessus des autres, qui rappelle que Gary a encore du chemin à faire pour que ses compositions atteignent le niveau de ce single puissant.

Maintenant, l’objectif est de rejoindre la Scène de la montagne pour The Weeknd. Mais c’est sans compter les obstacles sur le chemin… Atlas Sound joue sur la Scène des arbres : prendre deux Redbull devient une excuse pour profiter cinq minutes de Bradford Cox, le chanteur de Deerhunter. Puis, quand on parvient à partir, Birdy Nam Nam appelle depuis la scène du Piknic Électronik… Incapable de résister, on y passe… Pour cinq minutes… ou dix… Erreur : on ne repartira jamais. C’est pourtant la cinquième fois qu’on les voit en live (la deuxième en moins de deux mois), mais le set des DJ français est différent, et bien lourd. Et ce n’est plus à Paris qu’on se retrouverait à la barrière en arrivant au début du show ! La tendinite du coude n’est pas loin…

Quatre malaises et un enchantement

Sigur Ros

Pendant la dernière chanson de The Weeknd (qui ne fait pas regretter d’être resté pour la prestation de BNN), on a juste le temps de se faufiler devant pour attendre l’un des meilleurs groupes de tous les temps. L’avantage à Osheaga, c’est qu’on patiente avec le concert de la scène voisine, diffusé dans les enceintes des deux scènes principales.

Florence and the Machine est en terrain conquis. La meneuse descend de son piédestal pour aller au plus près de ses fans, et chante sa joie d’être à Montréal, le sourire aux lèvres et dans les yeux. C’est carré, sympathique, et la petite parenthèse électro a le mérite de détendre les plus impatients. Mais déborder sur son temps, c’est jouer avec les nerfs des fans d’à côté… Certains (peu) sont tournés vers le plateau qui se prépare sur la Scène de la montagne, une boule dans la gorge et le cœur prêt à sortir de sa cage.

La dernière fois, à Montréal, Sigur Rós enchantait le Quai Jacques-Cartier. C’était en 2008. Quatre ans plus tard, les Islandais reviennent avec une setlist parfaite, harmonieuse, en revenant aux anciens albums. Aucune chanson de l’album Með suð í eyrum við spilum endalaust n’a été jouée, et après avoir interprété Varúð, du dernier album, Valtari, ils ont enchaîné des merveilles de Takk…, ( ), Ágætis Byrjun et Von : Ný Batterí, Sæglópur, Hoppípolla + Með Blóðnasir, Olsen Olsen, Hafssól et Popplagið. Un bonheur tellement fort que les larmes ont coulé sur quelques joues dès les premières secondes du concert. La musique de Sigur Rós éveille les sens d’une autre façon ; elle les stimule et provoque des vagues d’émotions intenses et de sensations incroyables. C’est une expérience unique et bouleversante, à vivre pour être comprise.

Après avoir pleuré, difficile de se mettre dans l’ambiance du live de Justice… Émotionnellement et physiquement épuisé, on progresse lentement au cœur de la foule amassée devant la Scène de la rivière, pour finalement constater que Gaspard et Xavier sont toujours aussi bons ! Ils ont réussi à mixer leurs deux albums et à offrir quelque chose de riche malgré les faiblesses incontestables de Audio, Video, Disco. Le set est fou, sublimé par un feu d’artifice au loin. On peut se le dire à nouveau : Justice est une valeur sûre.

Tous les festivaliers sont restés pour le live explosif des Français, alors personne ne s’étonne de mettre une heure et demie pour rentrer chez soi. Dans le métro, les gens chantent et tapent dans leur main. Bonne ambiance.
Au fait, on promet qu’on mangera demain ; moins d’ivresse au programme…

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: Disons-le tout de suite, L. est une passionnée. Barney Stinson a même dit de L. : « Her passion is always suited up ! » Au-delà d’une admiration sans limite pour Jónsi, Ian Curtis, Noel Gallagher, Jamie xx, Sheldon Cooper et Abed Nadir, cette Parisienne nostalgique des débuts de Muse n’a de cesse de satisfaire sa boulimie culturelle, au travers de salles obscures, de salles de concert et de festivals ; mais aussi en se plongeant dans une œuvre littéraire ou philosophique ; et en s'essayant à la photographie dans les rues de Montréal d'abord, celles de Paris ensuite. À l’affût de nouvelles découvertes, L. n’oublie pas qu’elle a été élevée aux vinyles, de Led Zep à King Crimson en passant par The Beatles. L. est musicalement amoureuse de Thom Yorke, mais L. est aussi une amoureuse des mots ; elle aime les lire comme les écrire, puisque la culture ne serait rien sans le partage. Aussi publie-t-elle ses impressions, ses critiques et ses coups de cœur sur son blog, nommé en hommage à la célèbre symphonie de Beethoven: Curse of the Ninth Symphony.

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