Orval Carlos Sibelius : Super Forma, vers l’infini et au-delà

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Indie surf, pop et rock ne sont que quelques uns des échantillons que le chanteur rapporte de son aventure spatio-temporelle.

ORVAL_CARLOS_SIBELIUS_1_RVB_300_©PHILIPPE_LEBRUMAN

Image de Il porte le nom d’une planète lointaine encore inexplorée. Et les premières notes de Super Forma le confirment, Orval Carlos Sibelius ( de son vrai nom Axel Monnaud) est un voyageur intergalactique. Sa mission : explorer toutes les galaxies musicales avec une préférence marquée pour le psychédélisme. Indie surf, pop et rock ne sont que quelques uns des échantillons que le chanteur rapporte de son aventure spatio-temporelle dans un album qui servirait admirablement un film de science-fiction des années 50-60.

La pochette de l’album n’est pas trompeuse : floue, colorée, composée d’une multitude de filtres superposés et assemblés dans un désordre qui n’est qu’apparent. Orval Carlos Sibelius est un bricoleur, mais un bon. Les 11 titres de son album Super Forma font se télescoper puis cohabiter des univers musicaux « vintage » et contemporains pour ne jamais sombrer dans la mélancolie du « c’était mieux avant ».

Si Desintegraçao, premier titre de l’album, plante le décors du voyage à venir avec un refrain pop et une mélodie qui semble immédiatement familière, il faut tendre l’oreille pour repérer les digressions, les ajouts de riffs d’une guitare électrique et les ruptures de rythmes qui confirment que nous sommes bien au 21ème siècle et pas simplement dans un « copié/collé » revival.

Et les ruptures sont nombreuses. S’il fallait trouver un point commun aux titres de cet album, cela serait certainement celui-ci : si les mélodies sont au départ familières, elles ne le restent pas. Chaque titre réserve son lot de surprises, de digressions, à l’image d’un long voyage où chaque escale peut être source de découvertes, comme le son d’un avion qui passe sur la ballade folk mâtinée d’influences orientales Spinning Round  ou le clavecin (synthétique) qui vient interrompre le très mécanique Super Data. Inutile de s’habituer à la route, elle ne sera que détours, pirouettes et parfois arrêts brutaux.

Orval Carlos Sibelius n’est pas seulement un collectionneur de sons rétros comme Asteroïds et Desintegraçao peuvent le laisser croire. Mélodie sucrée pour le premier et surf pop inspiration West Coast pour le second, le tout est parfaitement orchestré et porté par une voix limpide haute perchée, mais qui sait aussi parfois être interrompue et laisser la place aux machines et aux expérimentations. En écoutant progressivement l’album, il est clair que l’aventure ne fait que commencer.

Archipel Celesta : une île déserte utopique , fruit d’une expérimentation musicale d’instruments à cordes. A 2’10, « musicus interruptus » la mélodie laisse à la harpe et la voix. Et le rythme revient, plus électrique. A 5’10, on oublie la légèreté et on laisse la basse donner le rythme, à son tour rejointe petit à petit par la batterie, les synthés, la voix. De nouveaux sons arrivent, parfois dissonants et saturés, sur un rythme qui s’accélère et s’arrête brusquement. Une progression que Beak> apprécierait certainement.

Si jusque le voyage se déroulait sous un ciel limpide, le temps semble s’assombrir. Dans Calufon, les refrains acidulés laissent la place à la dissonance. Une brume électrique où pour ne pas se perdre il suffit de suivre le son de la voix d’Orval Carlos Sibelius accompagné d’une guitare sèche, seul guide dans cet univers inconnu.

De la contemplation à la méditation (ou l’introspection) il n’y a qu’un pas, qu’un titre. Avec Huong, Orval Carlos Sibelius cherche la fréquence pour atteindre une destination lointaine, très lointaine. La voix se tait, le voyageur peut fermer les yeux. Au réveil, il se retrouvera sur une route, en direction de la mer à écouter Good Remake les vitres grandes ouvertes et les cheveux dans le vent. Et alors qu’il croyait être parvenu à destination, Burundi l’emmène ailleurs. Presque 15 minutes d’expérimentations auditives, véritable mélange de chants traditionnels, de sons exotiques, de chœurs tribaux et d’interférences radio, de rythmes interrompus (encore) et d’une mélodie dont la tonalité monte crescendo. La fin du voyage n’est pas un endroit, un lieu mais un état : celui de la transe hypnotique.

De son métier de projectionniste Orval Carlos Sibelius a gardé le goût des images. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il possède le talent, à l’image d’un excellent roman, pour en créer dans le cerveau de tous ceux qui écoutent cet album. Un proverbe gitan dit « Ce n’est pas la destination qui compte mais la route ». Super Forma en est l’illustration parfaite.

 

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Orval Carlos Sibelius, Super Forma (Clapping Music), sorti le 22 mai 2013

Bandcamp: http://clappingmusic.bandcamp.com/album/super-forma

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Image de : un peu d'histoire des arts, beaucoup de sons et l'écriture passionnément. Web ou print côté pro, ici pour le plaisir.

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