Ödland – Ottocento

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Cher lecteur, si vous ne connaissez pas encore Ödland, c'est que vous ne parcourez pas assez de blogs de mode, vilain snob. Eh bien, vous ne savez pas ce que vous loupez (le groupe, pas les blogs de mode).

Image de ÖDLAND, OTTOCENTO Ödland est une machine à vapeur qui voyagerait dans le temps : depuis les jouets colorés de nos années 1980 jusqu’à l’invention du téléphone en passant par l’essor de la photo que l’on nommera plus tard « argentique » ; de la parution de l’Alice de Carroll à la mort tragique de Mathilde Rossignol, le 17 octobre 1897.

Oui, une grande partie d’Ottocento, premier album du groupe, est inspirée de l’œuvre de Lewis Carroll : The Caterpillar, Drink me, The Queen of Hearts, De l’autre côté du miroir, Un thé chez les fous, The Well. Cela ne fait certes que six chansons sur quinze, cher lecteur, mais cela suffit à nous faire douter.
Oui, on se surprend à penser que c’est ce que l’on aurait aimé que Tim Burton fasse de son Alice à lui. Quelque chose d’ancien, tout en nuances, étrange et dissonant. Un Thé chez les fous, en 12 minutes et trente-neuf secondes, est à elle seule un concentré de ce que nous voulions : une histoire contée avec étrangeté, non poussive.
Eux au moins, ont saisi la véritable essence du nonsense, et, entre français et anglais, ils se changent en narrateurs parfaits de la véritable absurdité des situations du Wonderland.

Mais, s’ils empruntent parfois des mots, des situations à Mr Carroll, leurs écrits personnels n’en sont pas moins remarquables, finement travaillés, font hurler de rire ou laissent une boule dans la gorge, c’est selon.
Alizée chantonne, murmure ou nous parle avec un sérieux glaçant, et nous, on ne sait sur quel pied danser.

D’autant plus désorientés nous sommes, que tous ces artistes sont probablement beaucoup plus jeunes que vous, lecteur. Et ils écrivent, photographient, jouent la comédie, connaissent solfège et science, génie créatif et dérision.

Alizée Bingöllü, chanteuse en titre, est aussi comédienne, et ne se contente pas des superbes clips réalisés à la maison d’Ödland : spactacles déambulatoires, court-métrages… Vous pouvez la pister, sur son (très joli) site.

Lorenzo Papace est un peu l’âme d’Ödland (« un peu », parce que nous n’osions pas dire « homme à tout faire ».). Vous pourriez le voir comme le grand-père bienveillant, celui qui raconte des histoires mais perd un peu la tête, celui qui sait tout faire et vers qui l’on se tourne immédiatement. Homme à tout faire, peut-être un peu péjoratif, donc, mais il n’est en tout cas pas homme à ne rien faire : moitié du blog pastiche de mode Le Petit Echo Malade, vidéaste productif, pianiste, compositeur, chanteur, graphiste, bref, un Artiste, quoi.

Isabelle Royet-Journoud, alias Féebrile, est la photographe-fantôme la plus talentueuse que vous ne croiserez jamais, lecteur. Ses œuvres, souvent noir & blanc ou alors couleur antique, ne peuvent laisser indifférent. Effroi ou gêne, étrange attirance – selon votre sensibilité. Prenez garde, elle écrit, aussi. Dans Ödland, c’est elle qui est en charge du ukulélé. Mais vous seriez bien naïf de croire qu’elle se contente de grattouiller : elle joue, au sens premier, avec des toy pianos, un métalophone, une boîte à meuh et de multiples jouets. Elle joue, vous voyez ?

Quand à Léa, l’autre Soeur Bingöllü (ne vous rappellent-elles pas, en plus délicates, les Soeurs Papin ?), elle étonne avec d’un côté, son violon parfois dissonant et inquiétant, et de l’autre côté, une scie musicale dont on connaît l’effet d’épouvante (non, ne vous rappelle-t-elle pas le cri d’un spectre qui se serait fait marcher dessus, à vous ?). Elle a 18 ans et possède un myspace où vous ne trouverez que son réseau professionnel : Musique. Spectacle. Violon. Voilà.

XIXème siècle, années 1920, 50, 80, jusqu’en 2010 (ils reviennent tout juste d’une tournée européenne), Ödland semble perdu dans le temps, hors de toute réalité. Ils existaient probablement bien avant vous, lecteur, et existeront certainement bien après que vous ne les ayez oubliés. On parie, lecteur ?

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A propos de l'auteur

Image de : Miss Cinéma de Discordance et chroniqueuse hétéroclite since 2005. [Blog] [Twitter]

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