Nos souvenirs brûlés

par Trots|
Une scénariste danoise, LE spécialiste des personnages marginaux, une ex-catwoman, et ô-mon-dieu-la-vérité-est-ailleurs sont dans un bateau. Deux adultes majeurs et vaccinés, pris dans un mélodrame, entament une délicate danse de rapprochement. Mais que va-t-il se passer ???

souvenirsSuite à la mort soudaine de Brian (David Duchovny), son mari et père de ses deux enfants, Audrey (Halle Berry) se tourne vers le meilleur ami de celui-ci, Jerry (Benicio del Toro), junkie sombre et troublé. Infréquentable pour Audrey dans l’image de la vie tranquille qu’elle menait avec Brian, Jerry devient rapidement un pilier indispensable de la reconstruction familiale.

La réalisatrice Susanne Bier signe ici une oeuvre particulièrement touchante, littéralement portée par deux excellents acteurs. Halle Berry s’éloigne enfin de ses derniers rôles dans Catwoman, Gothika ou Meurs un autre jour, qui enterraient son talent sous une bonne couche d’action minable. Elle se montre sensible et tout en retenue, parfaite pour une Audrey qui oscille entre attirance et haine tenace pour celui qu’elle a appelé à ses côtés, mais qui peu à peu prend une place trop importante dans le foyer et qu’elle rend responsable de l’estompage inexorable du souvenir de son mari.

Mais c’est surtout Benicio del Toro qui crève l’écran, comme il a su le faire par le passé dans plusieurs films magistraux ( Snatch, Traffic ou 21 Grammes, parmi d’autres). Il incarne un Jerry à double facette : sa fragilité psychologique contraste étonnamment avec l’impression de force que dégage le physique même de l’acteur. Alternant sans transition entre le jeu des plus réalistes des crises de Jerry dues à la drogue et une plongée en douceur dans l’intimité de la famille, encaissant tous les coups, même ceux portés par Audrey, Del Toro porte le film de bout en bout.

Le tout est renforcé par une mise en scène soignée, où Susanne Bier filme les détails des moments les plus intenses avec brio, à l’aide notamment de gros plans répétitifs sur les yeux des acteurs ou sur leurs mains torturées. Quelques scènes sont particulièrement réussies, et on frissonne à l’échange d’un regard électrique et poignant entre les deux personnages au moment d’un repas.

Le schéma reste somme toute classique (approche, haine/désir, happy end), mais impeccablement réalisé et interprété. Bref, une oeuvre superbe, mais trop méconnue.

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2 commentaires

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  1. 1
    le Mercredi 13 février 2008
    herwann a écrit :

    je suis bien d’accord, un bon film avec un benicio del toro excellent

  2. 2
    le Mercredi 13 février 2008
    PaD a écrit :

    Très belle chronique qui donne vraiment envie d’aller voir ce film, on sent que le film t’as touché ! Bon on tape sur Hale Berry pour ses narnars (ouais Catwoman c’était vraiment portnawak, elle a eu un razzi d’ailleur, non ?) mais je tiens juste à rappeller qu’elle avait quand même eu un Oscar tout à fait justifié pour « A l’ombre de la haine » et que ca fait plaisir de voir qu’elle reprend sa carrière en main !

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