Noomiz – Yet another social music revolution ?

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Un portail musical de plus sur une toile surchargée par l’arrivée constante de sites aux concepts tous plus fumeux les uns que les autres. Si Noomiz partait avec une sacrée ribambelle de préjugés collés à ses basques et une lourde suspicion de ne faire que rajouter à la cacophonie ambiante, ses deux créateurs sont pourtant arrivés à proposer un concept intelligent, voire novateur, et ont surtout su éviter tous les écueils du social whoring

En quelques mots

Noomiz comporte toutes ces fonctionnalités communes aux sites participatifs et communautaires du moment. Chaque artiste peut y créer son blog, y uploader sa musique, et y ajouter des amis. Bref, pas de quoi casser 3 pattes à un canard.

Mais ce qui rend Noomiz vraiment novateur c’est l’algorithme sur lequel est basé son classement qui se fonde certes sur des critères quantitatifs (nombre d’écoutes, nombre d’amis, etc.), mais également et surtout sur des critères qualitatifs. Un procédé qui devrait permettre d’empêcher les dérives de la course effrénée aux clics et aux votes, malheureusement devenus monnaie courante et souvent prétexte à de belles arnaques.

Point de votes, ni de concours, Noomiz est une sorte de MySpace en largement plus intelligent et en beaucoup moins anarchique, avec un business model clairement orienté vers les métiers de l’industrie musicale puisqu’il ne s’agit pas de gagner de l’argent avec de la pub, mais de proposer aux professionnels du secteur de leur faciliter la lourde tâche de défrichage.

Séduis par la clarté et le sérieux de l’initiative, nous avons accepté de faire parti de leur rubrique « le choix des webzines » et de leur proposer nos 3 artistes coups de cœur choisis parmi leur top 100. S’il est impossible à l’heure actuelle de prédire du succès de ce projet, il apparait comme une alternative crédible dans l’air post-MySpace qui vient de s’ouvrir.

Entretien avec Antoine et Thomas, les deux fondateurs du site

Antoine El Iman et Thomas Artiguebieille, pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

Nous sommes les deux co-fondateurs de Noomiz. Thomas a 33 ans, il a travaillé une dizaine d’années dans une grosse boîte d’informatique et est spécialisé dans les nouvelles technos et le web 2.0. Antoine a 37 ans, il a travaillé une dizaine d’années dans une grosse maison de disques, en étant spécialisé dans le développement d’artistes.

Nous sommes tous les deux passionnés de musique depuis quasiment… toujours !

Quelle est la genèse de Noomiz ? Comment vous est venue l’idée du concept du site ?

Nos parcours respectifs, dans les nouvelles technos et la musique, nous ont conduits à imaginer des solutions pour les artistes et pour l’ensemble de la filière musicale, tout en permettant au public de découvrir des groupes et des artistes d’une manière totalement nouvelle. Internet permet à un public plus nombreux de découvrir des musiques qui n’avaient pas forcément la possibilité de bénéficier d’une exposition sur les médias traditionnels. La production musicale est de plus en plus importante, et la qualité est au rendez-vous, pour notre plus grand bonheur.

Dans le même temps, la partie « business » de la musique doit se réinventer. Les lignes bougent, tout le monde cherche un modèle. Nous pensons que les professionnels, petits ou grands, doivent d’abord continuer à détecter les artistes de talent, les accompagner et les faire découvrir au public. Après cela, ils doivent bien sûr également accepter l’idée qu’une partie des solutions à leurs problèmes se trouvent dans les nouvelles technos et internet…

Alors que l’industrie musicale est en crise, quelle étrange idée d’espérer vouloir gagner de l’argent en vendant des services aux professionnels, dont les budgets doivent être de plus en plus serrés ! .

Effectivement, d’autant que nos solutions sont technologiques et innovantes, deux mots avec lesquels ils n’ont pas été vraiment familiers ces dernières années. (sourire) Cependant, nous savons que nos idées répondent à certains de leurs problèmes. Nombreux sont ceux qui voulaient devenir partenaires de notre Béta Privée, et nous avons dû faire des choix, puisque nous souhaitions limiter le nombre de partenaires. Leurs budgets se resserrent effectivement, mais nous leur apportons des solutions, et la meilleure façon de sortir d’une crise est d’innover et de se réinventer.

Depuis quand travaillez-vous dessus ?

Thomas et moi-même avons quitté nos jobs début 2009, et nous avons créé la structure dans la foulée (après quelques mois de travail bien sûr…).

Quelle est la structure actuelle de la société ? Combien de salariés ?

Nous sommes 2 salariés, mais environ une dizaine à collaborer directement au projet. Sans compter bien sûr les nombreuses contributions des membres de notre Béta Privée, artistes, blogueurs, etc.…

L’un des points forts de Noomiz, du moins sur le papier, réside dans la puissance de son algorithme pour établir le classement mensuel des artistes inscrits. Ne prenez vous en compte que des données issues de l’activité de l’artiste sur le site en lui même ou analysez vous aussi la popularité des artistes « ailleurs » sur le net (blogs, magazines, Twitter, réseaux sociaux, etc.) un peu à la manière de We are hunted ?

Image de We are Hunted Tout d’abord, nous sommes très admiratifs du travail effectué par l’équipe de We are hunted ! Pour notre classement, nous prenons en compte l’activité du site et celle des widgets et players exportés par les artistes et par le public. Cela signifie que les écoutes générées par un widget positionné sur Facebook, par exemple, sont prises en compte. Notre différence tient surtout à notre méthodologie. Nous ne cherchons pas à cumuler les volumes d’audiences de façon exhaustive, nous essayons d’en avoir une analyse qualitative. Par exemple, un morceau qui a généré relativement peu d’audience en volume, mais que les internautes ont apparemment apprécié, génère plus de points qu’un morceau plus écouté, mais qui semble avoir été moins aimé. C’est un choix méthodologique certes, mais avant tout philosophique. Nous voulons permettre à des groupes peu exposés d’être mis en avant, et donc permettre aux internautes de les découvrir.

Quel est le degré d’automatisme et que représente la part d’intervention « humaine » dans ce classement ?

La part d’intervention humaine, c’est la réflexion en amont, puis la programmation. La machine n’est pas « intelligente » toute seule. En revanche elle le devient par la suite, grâce au « machine learning ». Nous travaillons sur ces sujets avec un laboratoire universitaire. Nous sommes plutôt bien tombés, il se trouve qu’ils sont très fans de musique ! Après, tout est automatisé. De leur côté, les groupes font évidemment un travail de promotion via leur page Noomiz et leur widgets. La qualité de leur travail et leur investissement comptent forcément, mais tout le monde a les mêmes outils au départ, nous avons voulu un fonctionnement « juste ».

Noomiz propose aux artistes de créer leurs pages avec toutes les fonctionnalités sociales bien connues (amis, fans, commentaires, etc..). Entre Facebook, Lastfm, MySpace et les dizaines d’autres moins connus, cela ne risque-t-il pas de faire double emploi et de compliquer encore plus la stratégie de communication des artistes ?

Pour un artiste ou un groupe, la difficulté consiste effectivement à bien utiliser les outils à sa disposition. À ce sujet, plusieurs blogs apportent des réponses pertinentes, dont par exemple Don’t Believe The Hype ou B Comme Boxsons.

Nous avons voulu apporter aux artistes des services différents :

— Un moteur de blog, certes, mais qui permet de créer un espace personnel très visuel en quelques minutes, sans aucune notion de codage ou de graphisme. Selon nous, c’était un vrai handicap sur de nombreux sites : on trouvait soit des choses très complexes à personnaliser correctement, soit des pages très neutres et à l’apparence de formulaires administratifs (sourire), alors qu’il s’agit quand même de musique ! Nous avons développé une application pour cela.

— Des players exportables qui permettent d’envoyer le contenu du site (tracks, vidéos, photos, biographie, dates de concerts…) sur les sites les plus fréquentés. Le public peut également partager les tracks en deux clics, sur Facebook par exemple. Noomiz n’est donc pas « un site en plus », il s’intègre aux autres.

— Nous leur disons que notre modèle économique repose sur un outil de détection vendu aux professionnels de la musique (et aux agences de communication).

— Chaque mois, nous mettons en relation 10 artistes avec des Directeurs Artistiques partenaires. Les partenaires écoutent le Top 100 et choisissent les artistes qu’ils souhaitent rencontrer. Ils se voient librement et sans engagement.

— Nous organisons un concert mensuel à l’International, à Paris, où 3 groupes jouent, sélectionnés par le programmateur de la salle.

Nous travaillons également sur d’autres fonctionnalités (synchronisation des contenus, statistiques détaillées, etc.). Autre élément qui a son importance : tous ces services sont gratuits pour les groupes.

Comment allez-vous faire venir les « simples internautes » sur le site, alors qu’ils sont déjà bien sollicités un peu partout sur le Net, entre les concours, les tops, et tout le reste ?

De nombreux internautes sont curieux par nature, de plus en plus, et ont une réelle envie de découvrir de nouveaux artistes, d’être surpris. Nous allons leur proposer une nouvelle approche pour découvrir de nouveaux artistes. Ils pourront ensuite partager leurs découvertes très simplement, et donc soutenir les artistes qu’ils aiment. De nombreuses fonctionnalités destinées aux internautes sont d’ailleurs en cours de développement, en particulier concernant la découverte musicale.

Pour répondre à la deuxième partie de ta question, nous essayons également de faire passer l’idée que Noomiz n’est pas d’un concours, qu’on ne demande pas de voter, etc. Nous pensons que cette « ère du suffrage » à laquelle nous assistons n’est pas très positive pour la musique, et nous souhaitions en sortir… L’excès ultime, c’est le public qui vote en masse pour un « artiste » en herbe dans une émission de téléréalité. Des acteurs qu’on pensait plus crédibles s’y sont même mis… Est-ce vraiment une bonne idée ? Cela nous fait-il découvrir de la bonne musique ou de grands artistes ?

Pour en revenir au classement, vous avez proposé également à certains blogs et webzines, dont Discordance, de vous soumettre leur propre classement mensuel et d’en tenir compte dans le résultat final. Un moyen assez intelligent, soit dit en passant, de faire parler du service dès son lancement. Comment s’est effectuée cette sélection ? Avez-vous essuyé des refus ?

L’idée était de demander à des rédacteurs de blogs ou de webzines reconnus de faire chaque mois une sélection de 3 groupes ou artistes inscrits sur la plateforme. Cela n’agit pas directement dans le classement, mais les groupes peuvent forcément bénéficier de ces mises en avant, puisque leur musique est écoutée. Si elle est appréciée, ils montent dans le classement.

Là aussi, nous souhaitions que l’on puisse écouter et partager simplement la musique ainsi découverte. Notre objectif principal n’était pas de faire parler de notre service, mais de demander à des gens légitimes et pertinents de participer à l’éditorial du site. Nous restons en retrait de ce côté-là finalement ! Nous avons essuyé quelques refus, à chaque fois par manque de disponibilités des rédacteurs (qui pour la plupart animent déjà leur site sur leur temps libre).

Allez-vous l’étendre à d’autres types de médias ?

Des médias « traditionnels » nous ont approchés. Ils ne souhaitent pas forcément faire même travail de mise en avant. Ils souhaiteraient en revanche publier notre Top, ils sont intéressés par notre méthodologie et par les groupes qui ont eu accès à la plateforme.

Quel a été l’accueil de Noomiz au sein de la profession ?

Globalement très positif. Certains étaient surpris qu’un modèle strictement web et indépendant vienne les voir si tôt, en amont du lancement, ce n’est pas si courant. Nous découvrons qu’ils ne sont plus tous si réticents que ça à l’utilisation des nouvelles techno. Ils essaient de comprendre, ils prennent (ou suivent) des initiatives… Pendant longtemps, pour certains, le web c’était l’ennemi, et rien de bon ne pouvait en sortir ! Nous faisons dans ce domaine un gros travail d’évangélisation. Ceux que nous avons choisis comme partenaires étaient enthousiastes et ont très vite compris leur intérêt.

En quoi allez-vous leur faire gagner du temps, et légitimer ainsi votre rémunération ?

Actuellement, les circuits de détection des artistes sont souvent biaisés, il y a beaucoup d’intermédiaires, c’est souvent compliqué. Nous établissons un lien direct entre les artistes, ou leur management, et les éditeurs, labels, tourneurs, etc. Notre méthodologie accélère également le processus, puisque même sans grosses audiences, un artiste peut être visible et repéré. Les critères de recherche à leur disposition sont très précis, ils peuvent se programmer des alertes, etc.

À ce propos, quel est le profil de vos clients ?

Il est très large. Il y a d’abord les professionnels de la musique (éditeurs, tourneurs, managers, labels, indés comme majors). En second lieu, tous ceux qui « utilisent » la musique quotidiennement, par exemple les agences de communication, ou certains médias.

Quelle est la différence entre ce que vous dénommez dans vos CGU les « clients professionnels » et les « partenaires professionnels » ? En quoi le service proposé diffère-t-il ?

Les partenaires sont ceux avec lesquels nous avons signé des contrats de partenariat. Ils sont limités en nombre, et s’engagent par exemple à honorer les 10 rendez-vous mensuels. Les clients sont ceux avec lesquels nous avons signé des contrats de vente. C’est aussi simple que cela !

Quels sont les premiers chiffres de Noomiz ? Nombre de pages artistes crées ? Nombre de visiteurs uniques ? De morceaux écoutés ? De partenaires et de clients professionnels ?

Pour rappel, nous avons ouvert mi-décembre, et le site est accessible sur invitation, via un parrainage, ou après acceptation d’une demande. Au 14 mai, 1200 groupes ou artistes ont créé leur page. Près de 12 000 visiteurs uniques sont venus en avril. Les chiffres doublent tous les mois depuis 2 mois, nous allons dépasser les 20 000 VU en mai. Il y a près de 3000 morceaux sur le site, autant de photos, 1000 vidéos, 2000 concerts annoncés.

À partir de quand espérez-vous atteindre l’équilibre financier ?

En 2012.

Il y a t-il des équivalents à Noomiz en France et à l’étranger ?

A priori, pas sur toute la palette de services que nous apportons aux artistes, au public et aux pros.

Les premières sélections ont été publiées sur le site et les premiers rendez-vous entre les artistes et les professionnels ont été pris. Y avez-vous assisté ? Quels sont les premiers retours ?

Nous accueillons les artistes avant leurs rendez-vous, nous les accompagnons, mais nous n’assistons pas aux rendez-vous. Ce qui s’y passe ne nous regarde pas…

20 rendez-vous ont déjà eu lieu. Les retours sont très très bons. Nous devons d’ailleurs avouer qu’il n’y a rien de meilleur pour l’équipe Noomiz que de commencer notre journée avec un mail de remerciement d’un artiste ! Certains nous disent que, même si le rendez-vous ne débouche sur rien de concret dans l’immédiat, les avis ou conseils qu’ils ont reçus sont extrêmement précieux. Pour la plupart, les portes des labels ne se sont jamais ouvertes. Nous leur permettons d’y accéder, mais au départ c’est avant tout leur musique, et les gens qui l’ont écouté, aimé et partagé, qui leur ont permis d’être là ! Les Directeurs Artistiques sont également très satisfaits du fonctionnement : ils sont contents de l’outil qu’ils utilisent, qui leur permet souvent de détecter des artistes qu’ils n’auraient jamais rencontrés autrement, ou pas si vite.

Concrètement, trois artistes sont en discussion très avancées.

Jusqu’à quel moment de sa carrière un artiste peut-il, ou a-t-il intérêt à s’inscrire sur le site ?

Des artistes signés en maisons de disques sont présents sur la plateforme. Leurs motivations peuvent être variées : envie de se faire écouter du public plutôt défricheur qui fréquente le site, envie d’utiliser nos widgets, ou l’appli Facebook, recherche d’une licence, d’une « synchro », besoin d’informations sur leurs audiences… (Lors de leur inscription, ces artistes-là, ou leur label, choisissent bien souvent l’option qui leur permet de ne pas être classés au Top). Pour toutes ces raisons, nous pensons que cela peut avoir un intérêt de s’inscrire, y compris pour un artiste dit « confirmé ».

Des widgets seront disponibles pour être intégrés sur les blogs et sur les réseaux sociaux. Comment cela se passe-t-il pour un blogueur qui intègre le player sur son site, si l’artiste est à la SACEM ? Doit-il payer des droits de diffusion ? Est-ce Noomiz qui s’en charge ?

Cette question est actuellement à l’étude. Nous devons t’avouer que, compte tenu de l’originalité de notre modèle, nous avons du mal à obtenir des réponses claires sur ces sujets !

L’abandon de la version Béta c’est pour quand ?

Si on le savait !

Quel est votre état d’esprit pour la suite ?

Excités, curieux et confiants !

Les rendez-vous Noomiz vus par la Féline et Swann

La Féline et Swann furent parmi les dix premiers groupes à participer aux rencontres Noomiz organisées au début du mois d’avril. Entretien croisé avec Agnès de la Féline et Swann herself, sur le déroulement de leur entretien respectif.

Comment avez-vous entendu parler de Noomiz ? Qu’est-ce qui vous a fait vous y inscrire ?

La Féline : Le site nous a été conseillé par Thomas, notre attaché de presse. Il me semblait plutôt bien fait et praticable, donc j’ai pris le temps de m’inscrire.

Swann : C’est Noomiz qui m’a contactée, il y a quelques mois, en me disant qu’ils aimaient beaucoup ma musique, et qu’ils aimeraient que je rejoigne la communauté. J’ai trouvé l’idée intéressante, alors je me suis inscrite.

Était-ce votre première rencontre avec un Directeur artistique, aviez-vous déjà essayé d’en rencontrer un auparavant ?

La Féline : Nous avions déjà rencontré l’un des directeurs artistiques d’une grosse maison de disques il y a quelques mois. Lorsque c’est arrivé une première fois, c’est le directeur artistique en question qui est venu nous chercher. On s’imagine que « demander » un rendez-vous à ce genre de personnes très occupées ne suffit pas, loin de là, à avoir une chance d’en obtenir un. Donc, nous n’avons jamais tenté — c’est peut-être une erreur !

Swann : Non, ce n’était pas la première.

Vous ont-ils dit ce qui a fait qu’ils vous choisissent vous parmi la centaine d’artistes de la sélection du mois ?

Image de La Féline sur Noomiz La Féline : En l’occurrence, nous avions déjà été repérés par le directeur artistique. Noomiz a fonctionné comme un rappel. Le fait que nous ayons quelques chansons en français dans notre répertoire a également joué un rôle. Le morceau Mystery Train qui mêle le français et l’anglais avait particulièrement séduit notre interlocuteur…

Swann : Le DA que j’ai rencontré écoute beaucoup de folk, il a donc été sensible à ma musique. Il a aimé les mélodies simples et efficaces, ainsi que ma voix, il me semble. D’autre part, j’ai cru comprendre que ma sincérité l’avait touché : j’écris mes chansons comme elles me viennent, et mon objectif principal est de les faire découvrir au public ; je fais tout cela pour l’amour de la musique, c’est bête à dire, mais je pense que cela se sent.

Qui exactement avez-vous rencontré ?

La Féline : Un des directeurs artistiques du label AZ d’Universal.

Swann : Un DA d’Universal Publishing.

Des propositions concrètes vous ont-elles été faites ?

La Féline : Oui. Nous allons travailler ensemble sur des morceaux, maquetter quelque chose bien que nous ayons déjà de notre côté pas mal de titres enregistrés.

Des conseils vous ont-ils été donnés ?

La Féline : Quelques-uns, mais avec mesure. Rien qui remette en cause nos choix artistiques, il s’agissait plutôt d’indications pour les renforcer.

Swann : Oui, et c’est ce que j’attendais.

Ces avis extérieurs n’ont-ils pas été trop intrusifs ou trop péremptoires ?

La Féline : Non. En réalité, lorsque les avis extérieurs sont formulés par quelqu’un qui écoute très attentivement les choses, ils sont plutôt salutaires. Bien que nous soyons trois, et que nous échangions beaucoup sur les morceaux, cela ne remplace pas un avis extérieur. L’autoproduction a ce côté pervers parfois de vous enfermer dans un processus de création autarcique. C’est en partie une bonne chose, mais à un moment donné, on a besoin d’un contrepoint : d’un écho qui émane d’ailleurs, d’une écoute innocente — eu égard à nos intentions, à tout ce que l’on met consciemment dans les morceaux. Donc, même si nous ne sommes pas d’accord sur certaines choses, il n’y a eu là rien d’intrusif ni de péremptoire. C’était plutôt une occasion pour nous d’extérioriser les choses.

Votre sentiment après cette rencontre ?

La Féline : Une part de satisfaction; c’est toujours une forme de reconnaissance. Des espoirs, des craintes aussi : plus les choses deviennent sérieuses, plus il faut éviter les malentendus. Bref, nous sommes dans l’expectative comme on dit. Et nous poursuivons nos projets, sans perdre le nord (terminer le mixage de nouveaux titres, faire des concerts…)

Entre Facebook, MySpace, Twitter, les blogs, les webzines, les dizaines de portails musicaux en tous genres, les plateformes de téléchargement légales, les systèmes de coproductions par les internautes, les concours et tremplins en tous genres qui mobilisent constamment les votes de tout le monde, comment faites-vous pour gérer votre promotion dans cette jungle du net ? Avez-vous une stratégie bien précise ? Vous y allez à l’instinct ?

Image de Swann sur Noomiz La Féline : Nous ne sommes pas inscrits partout, mais les quelques réseaux où nous sommes (Facebook, CQFD, MySpace, Noomiz, SFR), sont assez efficaces. Ce qui est parfois troublant, c’est le côté incroyablement abstrait de toutes ces mises en relation sans substance. À vrai dire, ce qui fait fonctionner ces réseaux, ce sont les attaches qu’ils conservent quand même au monde réel, aux gens qui font la musique et qui l’écoutent, qui se déplacent pour aller voir des concerts, etc. C’est à force de concerts, de rencontres, que des blogueurs, des journalistes, notre actuel attaché de presse (Ivox), notre manager se sont intéressées à nous, et nous aident, bénévolement, parce qu’ils croient en ce que nous faisons. Je crois que c’est surtout ça qui rend la jungle un peu moins sauvage pour nous ces derniers temps et nous donne une mini-visibilité, qui a sans doute permis qu’on nous repère plus facilement.

Swann : C’est vrai qu’internet a ouvert un nombre infini de possibilités pour les artistes en devenir. Au départ, j’ai voulu essayer d’être partout, d’avoir un profil sur tous les nouveaux portails musicaux ; aujourd’hui, je préfère choisir les sites qui me semblent intéressants, qui me plaisent, et qui peuvent m’apporter une bonne visibilité, comme MySpace et Noomiz, qui est un portail intelligemment conçu. Mon profil MySpace reste néanmoins le coeur de mon activité promotionnelle ! J’essaie de répondre à tous les messages qu’on m’envoie et tente d’entretenir des liens avec les gens qui apprécient ma musique. Facebook est également un bon moyen de promouvoir ma musique, par le biais des fan-pages et des groupes (Swann -folk me baby). Même mon profil personnel Facebook est devenu un moyen de promotion, en ce qu’il me permet de rester en contact avec tous ceux que je rencontre.

Est ce que paradoxalement cette facilité apparente de communication et d’autopromotion n’a-t-elle pas rendu les choses plus difficiles qu’avant ?

La Féline : Elles sont à la fois plus faciles : c’est démocratique, tout le monde peut s’inscrire, tout le monde peut essayer de se promouvoir par de multiples réseaux s’il a du temps pour le faire — et plus difficile, parce que « tout le monde » justement peut le faire et l’offre devient disproportionnée par rapport à la demande. C’est la nouvelle condition de la majorité des artistes ou aspirants artistes: faute de maison de disque et d’une prise en charge de tous ces aspects par la traditionnelle industrie musicale, l’artiste autoproduit devient une entreprise à lui tout seul, gérant avec les moyens du bord la réalisation de son oeuvre jusqu’à sa promotion. C’est à la fois une liberté incroyable et quelque chose de fondamentalement ingrat. Les artistes ont toujours eu des mécènes, des protecteurs. Sans eux, et c’est ce qui se passe quand il faut tout gérer soi-même, la musique elle-même (le travail de composition, d’écriture, d’interprétation), est le dernier maillon de la chaîne.

Cette situation objective peut conduire à réduire l’exigence proprement artistique, à force de contraintes et de considérations extra-musicales. Du moins, elle peut décourager. C’est l’effet pervers et peut-être aussi cyniquement régulateur de ce système. Comme dans le reste de la société, il y a un côté survivance du plus apte à faire sa promo, et non pas à pondre une bonne chanson. Je connais des gens très doués que ce système décourage. Du coup, il me semble que les blogueurs, les critiques, les journalistes doivent prendre le relai des maisons de disques pour ce qui est de la découverte des talents et de la mise en avant des gens qu’ils jugent valables. Il n’y a qu’eux qui puissent faire un tri qui ne soit pas trop injuste, qui soit du moins fondé sur des aspects artistiques, et qui puissent rendre visibles (en l’occurrence, audible) ce qui mérite de l’être même si aucune maison disque n’a estampillé l’oeuvre défendue. Les blogs qui comme Parlhot, Streetkiss music, Culturopoing, Goodkarma, Froggy’sDelight, DLF, OK Cowboy… entre autres, qui nous ont fait l’honneur de parler de la Féline fonctionnent sur ce principe, et c’est heureux…

Swann : Disons qu’il faut savoir où l’on met les pieds, et où on veut aller. Dans ce cas-la, internet est un merveilleux outil de communication et d’autopromotion !

Quels sont vos projets pour la suite ?

La Féline : Continuer d’enregistrer nos nouveaux titres. Après un EP et un maxi, ceux qui nous aiment attendent un album. On aimerait pouvoir le faire. Si des opportunités se présentent — et cela commence à être le cas — pour le faire dans de bonnes conditions, c’est encore mieux.

Swann : À long terme : Faire de la musique, autant que possible. À court terme : je vis actuellement à Londres ; de nombreux concerts y sont prévus jusqu’en juin. J’adore jouer live et je tenais à continuer même dans un pays étranger. Lorsque je rentrerai en France, j’aimerais commencer à creuser ce projet qui me tient tant à cœur : l’enregistrement d’un album, avec beaucoup de nouvelles chansons.

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La sélection du mois par Discordance : http://www.noomiz.com/webzines

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Image de : Fondateur de Discordance.

2 commentaires

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  1. 1
    le Vendredi 28 mai 2010
    Julien vachon a écrit :

    c’est génial ce concept, car Myspace c’est mort, c’était mort dès le jour où les gens lambdas ont pu s’y inscrire.

    Merci pour l’info, y en a tellement de sites communautaire que ça devient très dur de savoir lequel choisir ou regarder.

  2. 2
    le Samedi 25 septembre 2010
    CLOLUS a écrit :

    Justement, j’ai découvert ça sur Noomiz : http://www.noomiz.com/yannsilver
    Vous en pensez quoi ?

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