No Country for Old Men

par Ren|
Après une période marquée par des films en demi-teinte (The Barber, Intolérable Cruauté et autres Ladykillers) les frères Cohen retrouvent leurs pleins pouvoirs avec No Country for Old Men, drame silencieux, angoissant et nostalgique qui ne peut qu’attirer l’attention à l’occasion de sa sortie en DVD, ce mois-ci.

nocountryPeut-on parler d’un retour aux sources ? Il est vrai que dès les premières minutes, l’atmosphère se dessine suivant les traits d’un Fargo texan. Un narrateur nostalgique revient sur un fragment d’histoire de son monde de l’Ouest, souvent cruel mais surtout érodé, à la frontière entre Texas et Mexique. Pas de musique : il n’y en aura pas jusqu’au générique de fin. Le spectateur se fait prendre de vitesse lors d’une scène ultra brutale, au cours de laquelle un shérif se fait sauvagement étrangler, si cela est possible, par un inconnu au visage irréel. Meurtre anonyme, paysage glaçant par son vide, déserts imperturbables ; un décor sinistre mais surtout idéal pour laisser s’écouler l’humour noir propre aux Cohen, comme en témoigne l’arme insolite que transporte celui qui porte en fait le nom (sublime) d’Anton Chigurh : une bouteille d’oxygène.

Toute aussi sublime se révèlera la performance de son interprète, Javier Bardem, capable de transformer le désormais routinier lancer de pièce fatal en une démonstration « d’ antéchrisme ». On ne découvre jamais sa réelle identité, ni quelles sont ses motivations cachées, ni même si celles-ci existent. Tout ce qu’on sait, c’est qu’il s’est déroulé une fusillade mortelle entre trafiquants de drogue, et que le cow-boy désabusé répondant au nom suave de Llewelyn Moss en a profité pour chiper deux millions de dollars, histoire de se refaire une santé. Doux uniquement par son nom, Moss ( Josh Brolin, impeccable) fait surtout preuve d’un incroyable entêtement qui finit vite par l’enfermer dans un jeu du chat et de la souris avec Chigurh. Son visage, obstiné comme celui de tout cow-boy qui se respecte, cache l’inéluctable dénouement qui se reflète dans l’expression de son ténébreux alter ego : le voleur ne pourra pas s’en sortir. Reste à savoir quelle forme précise prendra son destin.

No Country for Old Men répond parfaitement à la définition de « western moderne », en particulier par sa mise en scène de la chasse à l’homme qui occupe les deux tiers du récit. Ici, entre Texas et Mexique, éreinté par les années 80, on n’avance pas de saloon en saloon mais de motel minable en motel minable. Le shérif Bell ( Tommy Lee Jones ) est un vieux de la vieille, mais trahit avant tout des regrets et une hésitation qui ronge l’esprit. Les duels ne se font pas au revolver mais au fusil à pompe, ou (un comble) à la bouteille d’oxygène. Pas de face à face, mais des affrontements sournois de chaque côté d’une porte. Pas de cris d’encouragement, mais un silence lourd, très lourd, chargé d’une nostalgie devenue morbide.

Le finale, hypnotisant, est à l’image du film entier : impalpable. Deux interprétations sont offertes, froides et anecdotiques dans les deux cas. Pourtant l’anecdote ne ressemble à aucune autre, en témoigne la dernière « prouesse » de Chigurh et, en parallèle, l’ironie du destin de son adversaire. La confrontation semble longue ; elle s’étire doucement pendant une heure trente avant de se rétracter et de donner finalement l’impression d’avoir tourné court. C’est à ce moment précis, alors que les crédits commencent à défiler, que la musique se fait entendre. Un choix difficile à expliquer en théorie, mais qui prend tout son sens au terme de cette (très) unique expérience.

Au rayon des bonus, par contre, rien de transcendant à l’horizon. Le making of, qui respecte les codes du genre, contribue à banaliser le film plus qu’autre chose. Restent deux featurettes : « Travailler avec les frères Cohen » s’avère plaisante à regarder mais en soi ne révèle rien au sujet du film, pourtant mystérieux au possible. Quant au « Journal du shérif », centré sur le personnage de Tommy Lee Jones, il n’offre au final qu’un bref témoignage, certes nostalgique mais incomplet. Le film lui-même reste donc l’attraction reine de ce DVD, indispensable malgré tout.

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4 commentaires

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  1. 1
    Stedim
    le Jeudi 25 septembre 2008
    Stedim a écrit :

    Ah voilà que je suis consolé ! Merci, Ren. J’étais triste que Discordance ne couvre pas la sortie ciné de ce petit bijou.

    A la réflexion, ce film, c’est une ode à l’échec. On peut aimer comme passer totalement à côté. Moi, j’ai aimé.

  2. 2
    le Samedi 27 septembre 2008
    Dahlia a écrit :

    Notons quand même ques les distributeurs français ont eu assez de nez pour garder le titre original, contrairement à la traduction française à la con du roman de Cormac Mc Carthy:

    « No country for old men » = « Non, ce pays n’est pas pour le vieil homme »

    Véridique.

  3. 3
    le Samedi 27 septembre 2008
    Ren a écrit :

    La fiche Allociné présente elle aussi les deux titres.. étrange. C’est d’autant plus difficile à comprendre que le titre original ne contient aucun mot difficile.

  4. 4
    le Mercredi 1 octobre 2008
    Julia a écrit :

    Au Québec il est sorti sous le nom français, mais c’est plus habituel là bas puisqu’ils n’ont pas d’Eyes Wide Shut mais des Yeux Grands Ouverts !

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