Nine Inch Nails – The Slip

par Domino, Kyra|
Après la surprise Ghosts I-IV, Reznor n'en finit pas de nous surprendre avec la sortie inattendue de The Slip. Onze titres en téléchargement gratuit. De quoi mettre en ébullition les nombreux adeptes de Nine Inch Nails... De Discordance et d'ailleurs...

Nine Inch Nails – The Slip par Domino

nin3Depuis la sortie de son dernier album Year Zero, Trent Reznor marque de plus en plus son indépendantisme musical. Après avoir encouragé ses fans à  » voler  » Year Zero pour protester contre le prix honteux du CD imposé par sa maison de disque et après l’avoir finalement quitté, Trent Reznor (sûrement un peu inspiré par Radiohead ) joue la carte de la liberté en proposant ses albums directement en téléchargement (payant ou pas) sur le net. Mais à nous gaver de musique à un rythme si effréné, le génie musical de Reznor n’aurait-il pas tendance à s’effriter trop vite ? C’est la question qui me revient sans cesse à l’écoute de ce nouvel album du maître.

Reznor donc a tout d’abord commencé sa mission d’indépendantiste en proposant pour la somme dérisoire de 3 dollars US, le quadruple album Ghosts I-IV .

Un monument qui pour certains est resté quand même, difficilement digérable. Qui d’entre vous écoute encore les 4 CDs d’affilée ? Néanmoins on ne pouvait être qu’enthousiaste. Quatre albums pour trois dollars ??!! Les disques seraient-ils enfin proposés à un prix abordable ? Serait-ce enfin la fin des aberrations de l’album réédité après deux mois avec une chanson bonus et une inflation de 10 euros sur le prix ?

La démarche de Reznor est excellente. Il est possible de télécharger simplement et pour pas cher sa musique sur le net et pour les amoureux de l’objet, toute une série de versions différentes sont disponibles à la vente, en fonction du budget et du degré de motivation de chacun.

Mais revenons en à The Slip qui pour l’occasion est disponible gratuitement. Une version solide est également prévue pour l’été.

Une fois le téléchargement terminé, on se laisse donc aspirer dans ce nouveau Halo par une intro ( 999,999 ) toute en douceur.

C’est la batterie de la piste suivante 1,000,000 qui nous réveille donc pour se retrouver tout de suite en terrain connu.

La voix de Reznor arrive assez vite. Le refrain est de ceux qu’il sait faire… Autrement dit : un plaisir, une évidence.
La piste est rythmée, « plaisir » est bien le mot.
Le début de l’album poursuit sur cette voie : Letting You devrait être une pure tuerie en concert ; avec encore une fois un refrain énorme.
Discipline le single, n’est pas forcément ce qu’il a fait de plus innovant et de meilleur mais il est efficace.

nin-2Puis c’est avec Lights In The Sky qu’on retrouve ce piano si cher au maître et que l’album commence une plongée vers quelque chose de plus ambiant. Peut-être même trop, à l’instar de ce Corona Radiata très noir qui plongera les auditeurs en terrain connu.

C’est enfin Demon Seed et son rythme plus effréné, qui conclut de belle manière, cet album.

Mais il y a quelque chose qui me tracasse dans cet album, et ce n’est qu’après de nombreuses écoutes qu’il m’a été possible d’en trouver la cause.

The Slip est un album charmeur. Trop charmeur.

Il y a dedans toutes les formules qui font le charme de Nine Inch Nails : le rythme, la voix de Reznor, ses refrains puissants, les expérimentations sonores, les riffs de guitare (quoi que pas si présents que ça). Tout est là. Alors pourquoi cette réticence ?

Si d’habitude Reznor a toujours innové et jouté son rôle de défricheur avec exemplarité, il s’est contenté ici de reprendre le meilleur de ce qu’il savait faire, histoire de nous faire patienter. Forcément en quelques mois, il est plus difficile de peaufiner un album qu’en plusieurs années.
Quoi qu’il ne s’agit pas vraiment d’un problème de peaufinage mais d’un réel manque d’inspiration.

Chaque chanson pourrait être isolé et replacé sans hésitation dans le contexte des albums précédents. Peut-être est-ce le signe que Reznor devrait passer plus de temps sur la composition de ces futurs titres, pour nous livrer à nouveau des monuments tels que Downward Spiral ou Year Zero . Car à trop vouloir jouer la carte de la productivité, il risque assez vite de tourner en rond. Ce qui commence à être le cas ici.

Nine Inch Nails – The Slip par Kyra

splashNouvel opus en téléchargement libre, dans lequel on retrouve l’excellent Discipline . TRENT REZNOR n’arrête pas de nous surprendre, à l’aube de sa tournée. Le virage qu’il opère au niveau artistique et professionnel risque encore de faire des étincelles, parce qu’il a tout compris en termes de production, et surtout de diffusion.

Le lien en question pour vous procurer l’album gratuitement, sans DRM, sous différents formats, compressés ou non compressés utilisant les réseaux peer to peer si largement critiqués et diabolisés, se trouve ici : http://theslip.nin.com/. Une façon de remercier ses fans, mais pas que. C’est aussi un formidable bras d’honneur à l’industrie musicale et aux majors en particulier, puisque depuis novembre 2007 Trent REZNOR a claqué la porte d’ Universal et a décidé de s’auto-produire, en ne respectant qu’une seule ligne de conduite : Art is Resistance . Et tous les moyens sont bons, du moment que la création est intacte et se nourrit de son propre souffle. Ainsi, l’univers de NIN s’étend de façon tentaculaire sur la toile, avec un son toujours plus puissant et ténébreux. Un Empire en perpétuel mouvement (avec le risque que tout s’effondre, connaissant l’ambivalence du personnage). Une Lutte permanente au nom de l’Art. Une liberté qu’il s’octroie et une passion qu’il nous transmet de façon intelligente. Respect XXL.

Enjoy.

[...]

Concernant, The SLIP . Certains titres me laissent littéralement K.O. Et c’est rien de le dire, enfin, de l’écrire, sachant le peu de consistance qu’ont les mots sur le web. Bref. Juste quelques impressions alors, sans grande envergure, ni réelle intention, si ce n’est celle de rendre hommage à Mr REZNOR .

nin4Les textes ne sont peut-être pas d’une transcendance absolue, mais on s’en fout. L’impact, lui est bel et bien réel, et le reste n’a pas d’importance, n’en déplaise aux critiques ès suceurs de mots et de cervelle au beurre persillé. La puissance de Corona Radiata est incommensurable. Ce titre porte très bien son nom en nous enveloppant dans une bulle sonore de toute beauté, purement instrumentale. Lights in the sky, fragile et délicat, simple piano/voix qui s’efface à l’ombre de ses silences les plus secrets, ceux que l’on retient dans un souffle. Et le reste … oscillant entre de l’indus froid, métallique, racé, tonitruant, martelant nos pensées, véritable bras armé de la résistance qui s’opère in_situ ( 1,000,000 ; Discipline ; Head down ; Letting you ) et des envolées atmosphériques, d’apparence spectrale, mais portant les germes de la passion et de la possession, ceux que nos vieux démons dorlotent en silence dans un repli de notre esprit, en attendant la chute. Let me slip again, before falling apart … Mention particulière pour le sublime The four of Us are dying, instrumental et hypnotique, léger comme une pluie fine sur nos peaux immobiles, à l’orée de la conscience ou de l’inconscience, embrumée. Sous le charme. Toujours.

Un glissement savamment orchestré, voire savouré, dans les tréfonds de l’âme humaine. Trent REZNOR réussi à mettre en lumière une part de sa propre noirceur et nous la renvoie en pleine gueule, l’air de rien. Et cette main qui se tend, de nulle part, d’une blancheur immaculée… alors qu’il n’y a rien à sauver, rien, ni personne, lorsqu’on a un cerveau malade, malade de soi-même et que l’overdose – dieu sinistre dont le doigt nous menace et nous dit « souviens-toi » : you are the great destroyer – n’est jamais loin. J’adore la pochette de l’album, tout comme les différents visuels qui sont fournis avec les 10 titres.

Il semble que depuis YEAR ZERO, on est en train d’assister à quelque chose de grand, très grand. À la fois visuel et acoustique, humain et inhumain, électronique et organique, fascinant et effrayant. Pire qu’une renaissance, une genèse qui n’est pas dénuée de son lot de souffrances sous-jacentes. Vieux démons, déflagrations cortico-sous-corticales et incertitudes à l’horizon des possibles. Existentiel et superbe, sombre et lumineux, fier et insoumis, GHOSTS en est le point de départ. Putain. Je n’ose envisager la suite, tellement la mutation est profonde et s’inscrit pour durer. Définitivement. W.O.W.

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Site officiel: http://www.nin.com/

11 commentaires

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  1. 1
    le Jeudi 22 mai 2008
    kyra a écrit :

    Manque d’inspiration ? Je ne crois pas… et quand bien même c’était le cas, the Slip est loin d’être une sorte de patchwork électro-rock-indus, ou synthèse clinique de ce qu’il sait faire de mieux (ou pas) en seulement 10 titres, juste pour nous faire patienter… J’ai plutôt l’impression que Trent Reznor est entré dans une phase hyperactive, et que ça bouillonne tellement dans sa tête qu’il est obligé de procéder par étapes pour ne pas perdre en intensité et en émotions. Maintenant qu’il a trouvé l’équipe de choc pour la compo et les arrangements, il ne va se priver… Une nouvelle façon de travailler, et surtout une putain d’ouverture d’esprit en nous permettant de nous réapproprier ses sons et de les faire vivre encore et encore, via les possibilités de remixage, mais pas seulement… Je ne suis pas dans sa tête, évidemment, et je peux être complètement à côté de la plaque, mais ça m’est égal. Je me plais à penser que Trent Reznor a un ego suffisamment bien placé et une certaine conscience professionnelle (entendre par là, une certaine éthique mais aussi une ambition économique avec tout ce que ça sous-entend en termes de marketing et de rentabilité, Reznor est quand même un sacré businessman, vu la façon dont il gère sa carrière, il peut tout se permettre, il n’a plus besoin de faire ses preuves depuis le temps qu’il compose et vend des disques) pour ne pas se rabaisser à faire de la merde ou du sous-NIN. Trop fier pour ça. Trop perfectionniste. Enfin il me semble :)

  2. 2
    Pascal
    le Jeudi 22 mai 2008
    Pascal a écrit :

    Cool ! NIN, l’un de mes sujets de verbillage préféré…

    L’est très bien ce nouvel album. Plus accessible que Ghosts I-IV. Pour le coup c’est même presque l’inverse. Discipline pourrait faire fureur sur les dancefloors.

    Ce qui est vraiment excellent avec Reznor, c’est que quoi qu’il fasse, il le fait toujours à fond. Sa démarche avec Ghosts I-IV et The Slip est parfaitement conséquente.

    J’en avais déjà parlé dans des chroniques passées, mais là le phénomène s’amplifie et a de quoi déstabiliser le fan « de base » que je suis et habitué à ce que NIN soit un produit de luxe, une denrée rare…

    Quand Reznor mettait 5 ans avant de sortir le moindre nouveau son et encore plus avant de monter sur une scène, vous aviez le temps de prendre votre mal en patience et de repasser en boucle chaque album jusqu’à frôler l’overdose.

    La première fois que je l’ai vu en live, c’était l’évènement. L’expédition. L’explosion. L’impression qu’il fallait graver chaque seconde de show pour les nombreuses années à venir avant qu’il refasse une tournée.

    En 2007, j’ai dû voir NIN 3 fois en l’espace de 15 jours. Fatalement, il n’y a plus cette impression d’urgence.

    Mais je ne suis pas là pour vous jouer le couplet du c’était mieux avant, surtout pas. C’est une excellente chose, que Reznor évolue et ne s’enferme pas dans des schéma prévisibles. Peut être que la force de Downward Spiral réside justement dans le fait que Reznor n’a PAS essayé de refaire 3 fois le même album.

    Il paraitrait que Reznor avait déclaré à l’époque de Fragile, que l’album aurait très bien pu tenir sur un seul CD et qu’il était au final trop long. C’était assez symptomatique du dogme Nine inch nails-ien de l’époque.

    Là c’est le changement de paradigme total. J’enregistre et je publie tout de suite. Discipline a été envoyé aux radios 24h00 après avoir été mixé !! L’application musicale du « Release early, relase often » si chère au monde du logiciel libre. D’ailleurs les titres de The Slip sont sous liences Creative Commons. Et ce n’est pas un hasard !!

    Et Reznor pousse le vice jusqu’à vous fournir TOUT ce dont vous avez besoins pour remixer et faire évoluer vous-même les titres avec votre Garageband.

    De la musique participative en quelque sorte. Tu trouves que le synthé de Discipline te rappelle trop The Fragile ? Et bien enlève le toi même et propose à la communauté un mix plus percutant.

    Bref, Reznor sait parfaitement où il va.

    En ce qui me concerne, The Slip n’est pas LA meilleure chose que Reznor ait faite, mais il est vraiment bon. Je regrette cependant que tout le « scénario » et le background de Year Zero avec son artwork et son concept d’alternate reality ne trouvent pas de développement ici.

    Mais ça va venir. J’en suis convaincu. Si d’ici là, des dates européennes pouvaient être annoncées….

  3. 3
    le Jeudi 22 mai 2008
    kyra a écrit :

    Et c’est toujours intéressant de nous faire partager ta science ninesque … merci Pascal :)

  4. 4
    le Jeudi 22 mai 2008
    Arno Mothra a écrit :

    Je ne comprends pas vraiment le point de vue de Domino…
    Comment reprocher à Reznor une non-évolution sur ce disque, en reprochant aussi à celui-ci de ne pas ressembler à « Downward spirals »? :) Pour ma part, l’album de 94 est le chef d’oeuvre de NIN, mais je pense aussi justement que Reznor a toujours eu l’intelligence de ne jamais vouloir le parodier. Ce disque appartient à une époque, et la page est tournée.

    Autre point.
    NIN n’a jamais sorti 2 fois le même album (excepté peut-être With Teeth se rapprochant d’un Fragile au format plus court), mais si tel était le cas, je n’en verrais pas le problème. On reproche aux artistes d’évoluer, et on reproche aux artistes de perdurer dans un style qui leur est propre. Il y a un paradoxe… ;)

    Cet album m’a énormément surpris, et surtout plu directement (la digestion fut légèrement plus longue pour Year Zero).
    D’ailleurs, certains gimmicks m’ont un peu rappelé l’époque « Pretty hate machine ». Et quel final!

    Nous dirons que The Slip ne représente pas le meilleur disque de NIN, le meilleur se résumant à « Downward spirals » et « The fragile ». Chose qui ne changera sans doute jamais car ces deux albums là sont des références majeures.
    Pour ma part, je ne demande pas à Reznor de repondre les mêmes choses, et de se surpasser. Je lui demande d’être NIN, du bon NIN, et avec The Slip, il le fait parfaitement. J’aime l’évolution de sa musique, car il me semble qu’elle lui correspond, et qu’elle ne renie en rien ce qu’on a tous aimé dans ce « groupe ».

    Vivement la version cd.
    Car quoi qu’il en soit, j’ai toujours un peu de mal à écouter Nine Inch Nails sans support, et sur un ordi.

  5. 5
    Pascal
    le Jeudi 22 mai 2008
    Pascal a écrit :

    « Vivement la version cd. Car quoi qu’il en soit, j’ai toujours un peu de mal à écouter Nine Inch Nails sans support, et sur un ordi. »

    Oh que oui !!!!!

  6. 6
    le Jeudi 22 mai 2008
    Domino a écrit :

    Ah non j’ai pas reproché a « The Slip » de ne pas ressembler a « The DownWard Spiral »… Je suis juste un peu décu qu’il ne soit pas de la trempe de ce dernier.

    Reznor évolue c’est un fait, que je ne reproche pas, mais si effectivement son invasion du net et sa nouvelle politique de « marketing » ou « d’art » (appellez ca comme vous voulez) semble intéressante, intriguante, pour moi rien n’est encore transcendant.
    « The Slip » est un album correct, comme je l’ai dis, charmeur certes…Mais largement en dessous des autres pour moi…C’est tout, :) .Je ne vois pas vraiment le paradoxe la dedans.

    Pour moi, j’aurais preferé attendre 5 ans une tuerie que d’avoir directement un plat correct mais sans réel plus.Oui ok on peut le remixer roh, mais bon, mais bon, ca n’a pas forcèment d’interet immédiat pour tout le monde.lol

    Mais j’attends de voir la suite, je suis sur que Reznor saura encore me surprendre.

  7. 7
    le Jeudi 24 juillet 2008
    Arno Mothra a écrit :

    Les deux éditions physiques de cet EXCELLENT album sont enfin disponibles dans le commerce ! Allez, au porte-monnaie (l’édition digipack limitée est superbe).

    Les vidéos du dvd bonus sont à découvrir sur le site de NIN…

    Ah Trent tu nous tueras ! :) )

  8. 8
    le Lundi 28 juillet 2008
    kyra a écrit :

    Yep ! l’albm est sorti en France le 21 juillet chez XIII BIS RECORDS…

  9. 9
    le Mardi 29 juillet 2008
    spoon a écrit :

    Demain je suis à Paris pour me procurer cette perle , quelqu’en soit le prix ! J’ai déjà brancher deux amies à moi pour qu’rllr me tiennent au courant !

    J’ai lu quelque part qu’il n’y aurait que 5000 exemplaires pour toute la france , ce qui est pas si mal quand on sait que seulement 250 000 copies ont été édité , ce que je trouve dommage , car je pense que plus de monde que sa souhaite l’acheter . en tout cas sa fait un Buzz énorme.

  10. 10
    le Mercredi 30 juillet 2008
    aurelio a écrit :

    j’ai entendu dire qu’il y avait 1800 exemplaires pour l’hexagone, en espérant que mon info soit eronnée

  11. 11
    le Mercredi 30 juillet 2008
    Arno Mothra a écrit :

    Vous pouvez toujours (pré)commander sur le site de la Fnac. Dispo en version normale le 1er août, ou en import actuellement (mais plus 7€ plus cher).

    Kyra, XIII Bis Records est bien. Malgré la petitesse de l’entreprise, ils distribuent très bien des artistes comme RoBERT… très pratique ;)

    Au final, « The slip » devient un des meilleurs crus de NIN. Je reste fortement étonné voire un peu triste de ce lynchage médiatique, mais qu’importe…

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