NIN au Zénith

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Si le Roi de la Pop vient tout juste de tirer sa révérence dans l'indifférence la plus totale, le King of Rock, lui, poursuit son ultime tournée avec une férocité et une hargne à faire pâlir tous les Antéchrists de la Terre.

nin5-2Résumons la situation pour les rares d’entre vous à ne pas être scotchés en permanence sur les Twitters de @rob_sheridan, @trent_reznor ou @nineinchnails. Depuis la sortie de Year Zero, Trent Reznor, le frontman de Nine Inch Nails, présente tous les symptômes de l’hyperactivité chronique et maladive. Sortie d’albums et de DVDs, tournées quasi permanentes (dont l’exceptionnel Lights in the Sky Tour qui n’aura malheureusement jamais traversé l’Atlantique), production de jeunes artistes, diatribes contre l’industrie musicale, organisation du piratage en règle de ses propres DVDs, réforme du système de santé américaine et, pendant environ 6 mois, une addiction prononcée à Twitter qui l’aura conduit à se dévoiler d’une manière presque gênante pour nous autres pauvres voyeurs coupables de lire avec avidité ses 150 posts quotidiens. Un comble pour quelqu’un, qui à l’époque, passait pour l’Être le plus mystérieux et ténébreux de la Terre.

Reznor est un perfectionniste. Un geek. Quelqu’un qui n’arrive pas à faire les choses à moitié. Qui se sent obligé d’aller en permanence au fond des choses, souvent dans l’excès… Qu’il s’agisse d’ombre ou de lumière. Dans la spirale descendante et dans l’introspection. Dans la réalisation de ses disques et dans la performance scénique. Une absence totale de compromis. Une dévotion totale dans tout ce qu’il entreprend. Et certainement la raison de sa longévité et de cette fascination mêlée de respect qu’il inspire à son public.

Pas étonnant donc qu’après 20 années de carrière, Trent ait besoins de souffler et comme il l’a écrit lui-même en préambule de cette tournée It’s time to make NIN disappear for a while. Mais pour bien marquer les esprits, il était impensable pour lui de ne pas partir sous un déluge sonore et visuel destiné à servir de mètre étalon pour les deux prochaines décennies à venir. Une première tournée en Amérique du Nord avec Jane’s Addiction et Street Sweeper Social Club (le nouveau groupe de Tom Morello ), quelques gros festivals et une poignée de salles cet été avant le bouquet final à New York, Los Angeles et Chicago prévu pour fin août.

nin4logoC’était donc en ce 7 juillet au Zénith de Paris que Nine Inch Nails allait inaugurer le premier de ses deux shows français, Nîmes étant prévu pour la fin du mois. Impatience, exaltation, l’envie d’assister à quelque chose de grand, tout en craignant par avance une certaine déception à l’idée de ne peut-être pas ressentir ce fameux grand frisson tant espéré…

Ce sera Mew, les chouchous du moment de Trent, qui auront le privilège d’ouvrir le bal. Partant du postulat pavlovien suivant, Ce que Trent veut, Dieu le veut pas étonnant donc de l’accueil du public envers nos Danois et de leur pop portée par des nappes incessantes de claviers et une voix très haut perchée. Contrairement à beaucoup d’autres premières parties, le groupe aura eu visiblement droit à un excellent soundcheck, rien à dire sur ce point-là, Trent ne se fout pas de la gueule de ses support bands. Techniquement c’est irréprochable, mais difficile de rentrer dans l’univers glacial et aseptisé du groupe qui au bout de quelques titres commencera même à devenir sacrément ennuyeux. Loin de la folie grandiloquente des Dresden Dolls (Paris, juin 2005) ou de l’électro catchy de Ladytron (Francfort, avril 2007) mais largement plus supportable que le grand nimp’ bruitiste des PoPo (Stuttgart, mars 2007). Cela sera également l’occasion de commencer à saliver devant les myriades de projecteurs et de stroboscopes encadrant littéralement la scène. Le spectacle risque d’être grandiose. Ça va changer des 4 lampes de cuisines de leur précédente tournée française.

Changement de plateau express et début du show sobre, mais qui donnera la tonalité d’emblée : NIN est un rouleau compresseur et Trent et son groupe ont décidé de ne laisser rien, ni personne, debout après leur passage. Une force brute. Déterminée et implacable. Un Somewhat Damaged scandé avec rage et livré en pâture à un public acquis d’avance. Too fucked up to care anymore….

Un show type de NIN suit très souvent le même pattern. Une déflagration initiale de quelques titres qui s’achèvent en général sur un March of the Pigs ravageur. Paris 2009 n’aura pas dérogé à la règle. Et après un doublé fracassant Heresy / Terrible Lie, Reznor embraye directement sur son célèbre  » Come on Pigs « . Un début dévastateur. En seulement 4 titres, NIN vient de mettre tout le Zénith KO dès le premier round. Le schéma est rôdé. À partir de ce moment-là, le public est à la merci de Reznor et de son groupe pour tout le reste du set. Et quel set ! Pas la moindre baisse de rythme tout au long de ces 100 minutes de show. Des enchainements en rupture permanente. Quelques raretés comme I’m afraid of Americans de Bowie, Non Entity ou Physical d’ Adam Ant ainsi qu’une joyeuse pioche dans tout le répertoire du groupe : Reptile, Burn, Whish, Survivalism, The Becoming . Une suite incessante d’hymnes. Un public à l’unisson sur tous les titres. Même Ghost aura eu droit de citer avec le terrifiant The way out is through .

nin2logoLe son est énorme. D’une clarté et d’une intensité rare contrebalancées en permanence et toujours au moment le plus opportun par une déferlante de spotlights et de stroboscopes. Le groupe se fait plaisir, Trent remerciera à plusieurs reprises un public omniprésent et sera visiblement très ému à la fin de The Fragile . Des moments rares, qui tourneront même à la farce lorsque débarqueront deux streapteaseuses venues spécialement pour les 21 ans du jeune Illan Rubin qui de derrière ses fûts a du mal à en croire ses yeux. C’est qu’en vieillissant Trent se transformerait presque en papa gâteau. À la guitare, Robin Finck, a.k.a le revenant, qui était déjà présent en 94-95 ainsi qu’en 99-00, est impressionnant de charisme et de maitrise. Une force pas toujours tranquille, qui fait plaisir à revoir.

Sur Hurt, l’émotion devient réellement palpable dans toute la salle, lorsque les premières notes résonnent dans un Zénith devenu brusquement silencieux et terriblement attentif. Un moment toujours aussi magique, d’une sombre intensité. La triste indication également que le concert touche bientôt à sa fin. Et pour finir sur une note plus sautillante, The Hand that feeds avant l’ultime communion sur Head like a Hole, bouillonnant et enragé. Le public s’inclinant tout entier une dernière fois devant le Roi Reznor dans toute sa splendeur.

Une chronique ouvertement dithyrambique. Une suite sans fin de superlatifs. Une absence totale de distanciation possible. La quantité d’endorphine sécrétée au cours de ce concert étant beaucoup trop importante pour cela. Difficile également d’imaginer à propos de Trent qu’une telle force de la nature puisse longtemps rester inactive. Lui-même nous aura prévenu, avant de tirer sa révérence :  » Nine Inch Nails will still be around there . » Une page se tourne c’est certain. Le faire avec une telle force et une telle classe, a de quoi finir de propulser NIN dans la légende.

Trent, you get me closer to God. Définitivement.

Crédits photo : Hana Of Angel

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Image de : Fondateur de Discordance.

8 commentaires

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  1. 1
    le Vendredi 10 juillet 2009
    M/o/C a écrit :

    Merci Pascal pour ce résumé bien musclé, à l’image du moment passé!

    Petits regrets: on aurait dit comme un chapelet des chansons oubliées,de raretés, ce qui en soit est très bien, mais exit les grosses pointures telles que Ruiner par exemple. Sans doute une envie déjà très présente de rompre avec les habitudes, les choses trop attendues… et de se faire plaisir.

    Parce que clairement, même si le set était plutot carré, et le show lumineux plutot simple, il en a gagné en puissance, et j’ai presque eu l’impression de voir comme un gamin qui s’amuse une dernière fois avec son jouet avant de le balancer dans la foule :)

    L’autre regret, mais bon, cela semble être une nouvelle donne depuis 1 ou 2 ans pour Trent en concert: très peu de morceaux lents, dépressifs, pour souffler un peu, et laisser couler une larme du fond de son petit coeur meurti.

    Et quand ces moments là apparaissent enfin, c’est pour mieux les jeter en pâture à la batterie, à la frénésie, à la folie d’un rythme effréné, speedé, infernal qui ne manque jamais de cloturer chaque morceau!

    Clairement, Trent et son groupe chéri ne traine plus la nostalgie déprimée d’antant. C’est une boule d’énergie pure, comme un soleil qui se meurt, non dans l’indifférence ou la faiblesse, mais dans une supernova d’espérances!

    Et nul doute que cette énergie, il l’insufflera dans des jeunes groupes qui émergent, et que bien de nouveaux petits Marylin Manson en puissance, mais dans plein de styles différent, en sortiront.(bon, on espère un peu plus audacieux que le très honnête mais molasson Mew).

    Oui, alors à quand Reznor le producteur papa-poule? L’incubateur de nouveaux projets fous et déraillés du schéma commercial?

    Sans doute très bientot.

    En attendant, des adieux pareils avec une telle joie communicative, et en plein vol, j’en veux bien chaque semaine dans mon planning concert!

  2. 2
    le Vendredi 10 juillet 2009
    M/o/C a écrit :

    Et pour le plaisir
    (et vraiment parce que j’avais que ça à f…)

    Le compte rendu en minividéo (toute pourrave, je préviens, à réserver aux fans):

    http://www.vimeo.com/5522485

    Mais avec une ambiance, bien palpable, à travers les méchants pixels et la vilaine compression. ;)

  3. 3
    le Vendredi 10 juillet 2009
    JS a écrit :

    Tout simplement l’un des meilleurs concerts de ma vie (en 15 ans de concerts, c’est quand même pas rien). Très bon live report également ! Par contre « Heresy » était suivie de « March of the pigs », non pas « Terrible lie ».

  4. 4
    Pascal
    le Vendredi 10 juillet 2009
    Pascal a écrit :

    @JS, thanks Mister GoodKarma. Je te renvoie la politesse concernant ton live report (http://www.goodkarma.fr/2009/07/08/concert-nine-inch-nails-zenith/). Et j’ai effectivement inversé l’enchainement Terrible Lie / Heresy

    @M/o/C, ca dépends vraiment des setlists. Comme il en change à chaque conecrt, c’est toujours un peu la surprise. Là c’est clair qu’à Paris, le but était clairement de lâcher les cheveaux….

  5. 5
    Matthieu
    le Vendredi 10 juillet 2009
    Matthieu a écrit :

    Hello Pascal & co,

    je n’ai rien à dire de plus, si ce n’est apporter un témoignage supplémentaire pour confirmer la puissance du show offert… Je ressors absolument conquis, encore une fois…

    Matthieu, collaborateur d’un jour, lecteur toujours

  6. 6
    le Vendredi 10 juillet 2009
    hana a écrit :

    Live vidéos disponibles par ailleurs ici: http://dailymotion.com/hanaofangel

    > playlist Nine Inch Nails

  7. 7
    le Vendredi 10 juillet 2009
    Maise a écrit :

    En effet, quel concert ! J’ai eu le meme ressenti que vous tous.
    Un « Wave Goodbye » de taille, que l’on ne voulait pas entendre cependant…Il est surement temps de passer a autre chose, et avec ce monstre de Reznor, tout est possible…
    J’ai retrouvé l’emotion palpable lors de ma decouverte de NIN, sur scene, au Bataclan, en 1994 : Un set monumental a la dimension d’un groupe sans egal. Merci Trent pour ce tres grand moment, qui va laisser longtemps des cicatrices dans mon esprit : rage, guts and rock and roll !

  8. 8
    le Mardi 14 juillet 2009
    Alex a écrit :

    Elle est très bien, cette review !
    En ce qui me concerne, j’ai pris ma place pour Nîmes le lendemain, définitivement convaincue.

    Pour le peu de morceaux dépressifs, je crois, effectivement, que ça correspond à l’état d’esprit actuel du Trent, qui a quand même déclaré, à la fin de The Fragile, que la chanson ayant été écrite à une période plutôt tourmentée de son existence, c’était assez déroutant pour lui de l’interpréter dans un contexte nettement moins sombre.
    Il a l’air heureux, Trent, et c’est communicatif.

    Un très grand moment.

    Robin Finck, if you read this, please note that I love you !

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