Nervous Cabaret – « Drop Drop »

par Aurélien|
Le cirque est de retour en ville ; l’heure est une fois de plus à la fanfare, à la fusion tous azimuts pour ce deuxième album des new-yorkais de Nervous Cabaret, après un premier LP sortit en 2004.

Image de 0 Un son ancré dans l’air du temps, paradoxalement familier pour l’auditeur déjà encerclé, entre autres, par la langueur de Beirut, le génie indomptable de Man Man, ou l’aisance de They Shoot Horses, Don’t They ?

Une fois n’est pas coutume, un lieu commun de la critique musicale : Nervous Cabaret est un peu toutes ces choses, mais pas exactement. Naturellement, les cuivres s’imposent comme principal point de ralliement de tous ces sons : sans cuivres, point de fanfare. Ici, ils sont trois : trombone, saxophone ténor, trompette. Un autre élément de cette tendance se trouve dans le rythme, souvent soutenu, parfois débridé ; s’il serait incorrect d’affirmer que Nervous Cabaret possède deux batteurs, on peut néanmoins soutenir qu’ils en emploient un et demi, une caisse claire munie d’une cymbale restant sur scène à la disposition de tous, utilisée à tour de rôle en complément du véritable kit de batterie. Toutefois c’est ailleurs que se trouve l’originalité du groupe : dans la variété des ingrédients, des épices et assaisonnements jetés dans la marmite.

Image de 6-2 Une intuition apparaît à l’écoute des enregistrements, confirmée par l’attitude du groupe sur scène ou par quelques recherches rapides : la musique de Nervous Cabaret tourne autour de la personnalité de Elyas H. Khan, comme un satellite peut se trouver en orbite autour d’une planète. Une personnalité en partie monstrueuse pour un musicien de ce niveau, tant elle déborde de toutes parts de la catégorie dans laquelle on s’attend à pouvoir la « ranger ».

Au cours des 15 dernières années aux Etats-Unis, Khan (d’origine sud-asiatique, né en Grande-Bretagne) a été danseur, fondateur d’un espace d’exposition/performance à Minneapolis, directeur d’une compagnie de performance à New-York (remarquée notamment pour ses activités à PS122), a vu ses travaux en video présentés dans différentes expositions, en a lui-même organisées, a joué dans un certain nombre de pièces de théâtre ou de films, écrit et produit de la musique. entre autres.

Peu étonnant donc que Nervous Cabaret soit son groupe plutôt qu’autre chose, et que son influence soit déterminante sur la musique et les compositions du groupe.

De manière générale, le son de Nervous Cabaret pourrait être caractérisé par sa simplicité, par l’évidence qui semble se dégager des compositions : peu de retournements de situation ici, plutôt une musique suivant naturellement son propre cours, rarement contrainte ou déviée de sa route de départ.

Image de 1-2 Sur scène, le son se simplifie, pour révéler une partie de sa nature profonde. Nervous Cabaret est une sorte de big brass band jouant un rock teinté d’étonnants accents orientaux, une musique sortie de nulle part et de partout à la fois. Un côté jazzy, pour un groupe se réclamant d’ Ellington . Une force de frappe hard rock, pour un groupe citant Led Zeppelin comme influence. Un joyeux chaos, pour un groupe se comparant à un orchestre de vaudeville . Les cuivres s’en donnent à coeur joie, et rejoignent la scène en fanfare en entrant par l’accès public, traversant la foule à la manière d’un orchestre de cabaret. Un petit bassiste blond et trapu coiffé d’un chapeau en cuir parachève l’aspect  » 2-Tone  » du groupe. Le batteur est discret, et métronomique. Le roi Khan apparaît finalement, pour occuper le devant de la scène jusqu’à la fin du set.

La voix de Khan est singulière, parfois décevante de singularité. Ce qui n’est d’ailleurs rendu possible que par la place centrale que lui accordent la composition et la musique du groupe : trop de singularité se transforme aisément en monotonie. Les amateurs de la fameuse « voix d’oie » s’en trouveront cependant ravis. Ici les fans de Morrissey dissimulent avec gêne une légère rougeur, et ceux de David Byrne feront semblant de ne pas se sentir concernés (qui a dit plutôt chèvre » ?!) ; qu’importe, tout cela est bien naturel.

A cette voix commune, Khan ajoute un tremolo permanent, une modulation orientalisante : à l’image d’un chanteur de raï, il fait vibrer chaque mot en secouant très légèrement la tête, les sourcils froncés, la bouche grimaçante. Coiffé d’un turban, le teint mat et la moustache pommadée, relevée de chaque côté de la bouche, on le croirait plus volontiers d’origine libanaise ou iranienne que sud-asiatique. Ou pirate. Un pirate du désert . Teintée par les cuivres et cette voix rauque et vibrante, la musique de Nervous Cabaret évoque une bête étrange évoluant quelque part entre la Nouvelle Orléans et Damas, sautillante, nerveuse, fière : la descendance secrète du chameau bleu d’ Abou Khalil, un chameau bleu aux testicules gonflées, surdimensionnées.

La bête est en effet nerveuse, et entame périodiquement des danses furieuses, débridées, tournant sur elle-même, gesticulant, bondissant. Le signal est alors donné pour que la caravane fasse une halte dans son grand tour du monde, et immédiatement les festivités sont entamées. Le cabaret y dégage une sorte de ska-rock intelligent, une musique pop cuivrée et agressive évitant joyeusement les pièges de la répétition systématique ou de la trop grande prévisibilité. Une musique qui parle le langage des pieds et des hanches ; certains dansent du ventre, bras levés et mains dessinant des arabesques dans l’air de la salle. D’autres sautent sur place, les yeux fermés, le sourire aux lèvres.

Image de 5-2 Dès ses premières secondes dans la platine CD, Drop Drop se présente comme la suite de Nervous Cabaret (2004), comme sa continuation directe. Les compositions sont ouvertes par la guitare, méthodiquement. La frappe du batteur est lourde, un rythme à la fois martial et dansant. Les cuivres ne sont pas envisagés, contrairement à une pratique récurrente dans de nombreux genres musicaux, en tant que section : chacun joue, le plus souvent, sa propre partie, et les grands choeurs de cuivres se font relativement rares. Leur séparation assez stricte dans le mix vient renforcer et servir cette composition : le saxophone à l’extrême gauche, dans les basses, le trombone quasi-symétrique à droite, dans les mediums, et la trompette se promenant dans les aigus entre le centre-droit et le centre-gauche. La guitare quant à elle se fait relativement discrète, donnant de préférence dans les petits arpèges ou les accords vibrants, langoureusement plaqués. Les histoires se succèdent, se déroulent.

Au final, une ambiance s’impose, souvent agréable et entêtante. On regrettera parfois, à l’inverse, une musique trop peu profonde ou recherchée pour provoquer l’excitation, l’envoûtement lié aux disques durablement réussis ; si Drop Drop est certainement un disque honnête et plaisant à écouter, il est probablement trop « compréhensible », trop immédiat pour être réellement marquant : vous l’aimerez vite, peut-être même beaucoup, mais il y a peu de chances pour que cela dure bien longtemps…

En savoir +

Elyas H. Khan : www.elyaskhan.com

Nervous Cabaret: www.nervouscabaret.com

Myspace: www.myspace.com/nervouscabaret

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2 commentaires

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  1. 1
    Stedim
    le Samedi 8 décembre 2007
    Stedim a écrit :

    Hey, ça sonne « intéressant » !! Un peu comme si on plongeait les cuivres déjantés de Monsieur Kustu’ dans une marmite de rock… Bonne découverte. Merci.

    S.

  2. 2
    le Dimanche 9 décembre 2007
    Julia a écrit :

    Je les ai découverts aux Transmusicales il y a deux ans je crois, j’ai bien aimé le mélange des influences !
    Contente d’en avoir appris plus…

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