Né dans la rue – Graffiti à la Fondation Cartier

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" Ouvrez-votre sac, s'il vous plaît. Les photographies sont interdites à l'intérieur ". Drôle d'accueil pour une expo consacrée à l'art le plus libertaire qui soit, sauf quand celle-ci a lieu à la Fondation Cartier il faut croire. Après la décevante TAG au Grand Palais, pouvait-on encore réellement espérer ou croire qu'une exposition puisse rendre justice au graffiti ?

graffiti_fondation_cartier_affiche-2Si la fondation Cartier s’acquitte plutôt bien de l’éclairage historique en mettant en images (photos, vidéos et entretiens) la naissance du writing et du tag dans le New York des années 1970, on se demande quel est l’utilité des commandes contemporaines. Lisses et sans grand intérêt, ces peintures ont toutefois le mérite de soulever des questions essentielles quant à la nature même du graffiti.

Art de la rue, art éphémère, certes, mais avant tout mode d’expression privilégié pour des jeunes qui le sont moins. Faut-il le rappeler, le writing c’est d’abord une signature : celle d’adolescents désoeuvrés qui apposent leurs noms sur les murs de la ville pour se l’approprier, se faire entendre, connaître, bref, exister. Travaillant dans des conditions de réalisation difficiles, dangereuses et illégales, érigé en paria par les citadins bien-pensants, le graffeur n’est pas sans rappeler les jeunes rebelles qui l’ont précédé: les brûleurs de dur à la Jack London et autres hobos à la Kerouac . Comme le souligne un document émouvant évoquant des artistes morts très jeunes, le tag c’est aussi le goût du risque, la violence et la contestation.

C’est en cela que le documentaire Pixo (de Joao Wainer et Roberto T. Oliveira ), présenté dans la salle de projection du rez-de-chaussée, est passionnant. Il fait ce que le commissariat d’exposition a soigneusement évité : il contextualise. Peu de nous sont capables d’apprécier le tag ou, en l’occurrence, la pixaçao en tant que forme d’art. Les notables de Sao Paulo sont ridicules lorsqu’ils sont scandalisés par les dégradations commises par les pixadores, mais ne leur jetons pas la pierre. Serions-nous clairvoyants à leur place ? Les pixadores nous rappellent qu’il est bon d’être dérangé, bousculé dans ses idées et ses habitudes. Depuis leurs favelas, ils s’amusent, voire s’offusquent, à l’idée que leurs pixos se retrouvent un jour sous cadre dans des maisons bourgeoises.

photo1-10Le graffiti appartient à la rue et l’ambition de l’exposer semble absurde. En franchissant les murs du musée, il est dénaturé en peinture tout juste bon à susciter des  » Ah, celui là je le trouve joli  » (oui, oui) parmi un public dont la majorité n’est tout bonnement pas capable de se bouger au-delà du boulevard Raspail pour se promener et apprécier in situ la chose qui, au-delà de la galerie d’art, est perçue comme pur vandalisme. Triste constat.

Malgré l’intérêt indéniable des documentaires présentés, notamment Art Less Pollution d’ Alexandre Orion et Temporal – The Art of Stephan Doitschinoff de Bruno Mitih, ainsi que le partenariat avec la très chouette assoce Le M.U.R . (http://www.lemur.asso.fr), Né dans la rue – Graffiti reste très anecdotique. Et si on essayait d’amener le public au graffiti plutôt que l’inverse ?

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Né dans la rue – Graffiti, jusqu’au 29 novembre à la Fondation Cartier
261 boulevard Raspail, Paris 14e, métro Raspail

Site officiel : http://fondation.cartier.com/

A propos de l'auteur

Image de : Yves Tradoff s'intéresse à beaucoup de choses : http://yvestradoff.over-blog.com (work in progress)

2 commentaires

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  1. 1
    le Jeudi 24 septembre 2009
    Clara a écrit :

    Je te trouve un peu dure quand tu dis « un public dont la majorité n’est tout bonnement pas capable de se bouger au delà du boulevard Raspail pour se promener et apprécier..etc » car si on vient à l’expo c’est qu’on en a déjà vus dans la rue et qu’on souhaite en savoir +

    C’est tout l’art de la galerie d’art, elle sert certes à exposer des oeuvres mais elle permet d’élargir le sujet, d’expliquer le mouvement qui n’est pas très reconnu en France et qui est, comme tu le dis justement, comparé à du vandalisme.

    Pour ma part, j’ai trouvé l’expo assez bien faite, et la partie historique utile, même si les meilleurs graffes étaient tous à l’extérieur de l’expo. Mais ce n’est pas plus mal, car finalement, cela démontre que le Graffiti reste un art de rue, un art libre d’expression, et pas un art qui doit être enfermé.

  2. 2
    le Jeudi 1 octobre 2009
    Caroline a écrit :

    Je vois ce que tu veux dire mais je n’arrive pas à être tout à fait d’accord parce que je ne crois pas que l’expo motive particulièrement les gens à aller au-delà de l’espace « sacralisé » de la galerie. Notamment parce que l’approche est un peu trop historique et pas assez pédagogique. En gros, je regrette que le savoir se fasse encore au détriment de l’éducation du regard!

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