Nathalie Cardone – Servir le beau

par Arno Mothra|
Entre folk rock, musique latine, ballades au piano, textes mélancoliques, introspectifs, engagés, et chant sans fausses notes, « Servir le beau » de Nathalie Cardone s'impose d'amblée comme l'une des plus savoureuses surprises de cette année.

Servir le beau est votre deuxième album, après un trou discographique de huit ans. Comment avez-vous conçu ce disque, et quelle en est pour vous la particularité du titre ?

rebelde_scan-2Oui, huit ans… et certains titres attendaient depuis bien plus longtemps. Les chansons de ce disque représentent cette période d’écriture, loin de l’industrie du disque. Il y a aussi quelques titres, comme Le temps des fleurs, qui sont venus se greffer plus récemment. La magie les a tous rassemblés !

Le titre de cet album, c’est mon « credo ». Le verbe «servir» nous renvoie à certaines professions, les militaires, les pompiers par exemple ; plus qu’un verbe d’action, il devient un verbe d’état, « être au service de ». Il est évident que cette abnégation, cette quête, a toujours comme finalité le bien et nous renvoie au dur constat de la violence actuelle, omniprésente. Il suffirait de se rappeler que la naissance est un moment magique, de voir la beauté de l’instant présent, partager le bonheur de son voisin… Si seulement on s’y mettait tous, sans avoir peur, alors peut-être que le monde en serait guéri.

Ce nouvel opus s’avère une des plus belles surprises de cette année 2008. Tout particulièrement pour les multiples influences musicales qu’il exhale (rock, ballades hispaniques, folk, tango, pop). Le son général sonne d’ailleurs très live . Comment s’est passé l’enregistrement ?

Oui, live, la vie ! Tout cet album a été conçu pour être « vrai » : les instruments ne sont pas synthétiques, ils respirent, vibrent ; la voix est naturelle comme dans la vie. C’est un message à coeur ouvert !!

Votre nouveau single, Ma soeur (ne sera jamais ma rivale), renoue avec un style pop-rock classieux que l’on n’a, malheureusement, peu l’habitude d’entendre aujourd’hui. Parlez-nous de ce titre, et de son étonnante face B, Le temps des fleurs, rempli de désillusion.

Ma soeur a été enregistrée dans différentes versions et styles musicaux diamétralement opposés. C’est une ambiance pop anglaise, haut les choeurs, que vous pouvez découvrir.
Le temps des fleurs est une belle histoire qui nous renvoie en Corse. Alors que j’étais en vacances sur cette île merveilleuse, j’allais régulièrement chanter dans une taverne. C’est dans cet endroit à l’ambiance magique que Patrick P. m’a proposé une musique qui m’a évoqué les premiers mots de cette chanson de Dalida . Elle évoque si justement la nostalgie d’une certaine époque, plus populaire, où tu pouvais vivre ton rêve.

Pourquoi avoir choisi de revisiter Hasta Siempre ! ? Est-ce une façon de tourner la page sur vos débuts dans la musique, pourtant incontournables ?

Cette chanson n’a pas encore donné toutes ses possibilités musicales. La revisiter, c’est faire voyager plus loin cet hymne à la liberté et à la résistance de l’intelligence.

N’avez-vous pas peur de n’être cantonnée qu’à cet hymne, qui n’existe d’ailleurs plus qu’à travers vous ?

cardonecadreCette chanson porte un message universel, je tente de le transmettre et de le faire comprendre, avec mes moyens et mon temps.

A côté de cette force et cette énergie indéniables que vous dégagez, vous êtes également une femme d’une émotivité et sensibilité rare, touchante et sincère, comme le prouvent les titres Et si je pars et Maman, poignants, chantés au bord des larmes. On repense d’emblée à l’hommage sublime que vous aviez fait à Serge Gainsbourg dans G. stories, sur votre premier album.

C’est la part de sensibilité qui s’exprime dans les épreuves de la vie. Au final, on trouve toujours les solutions dans l’amour. L’amour est plus fort que tout…. Avancez !

Vous êtes revenue en mars dernier avec le premier single extrait de l’album, Yo soy rebelde, nouveau succès dans le top des ventes malgré un faible potentiel commercial. N’était-ce pas un peu risqué ? Que représente ce titre pour vous ?

Ce titre m’est fidèle depuis toujours. Lorsque j’étais toute jeune, mes parents hébergeaient une amie d’origine basque. Elle chantait tout le temps cette chanson qui s’est naturellement ancrée dans ma mémoire. J’étais alors persuadée que c’était sa chanson. Beaucoup plus tard, sur le tournage du clip d’ Hasta Siempre !, à Cuba, j’ai commencé à fredonner les premiers mots de Yo soy rebelde et un soldat, Rafael, a continué avec la suite des paroles… Il m’a alors expliqué que cette chanson était chantée par Jeannette. Je lui ai fait la promesse de faire revivre cette chanson, lui donner un nouveau souffle.

Il y a quelques années, vous aviez fait découvrir à votre public la chanson New generation . Pourquoi ne figure-t-elle pas sur Servir le beau ?

Je ne donne par mon dernier mot ! Cette chanson a été écrite et composée, plus exactement improvisée, la nuit du 11 septembre 2001. C’est un cri de révolte qui ne parle que d’amour… New generation m’accompagnera encore bien longtemps !

Vous êtes devenue un symbole français, telle une Marianne de toutes les valeurs. Tout le monde vous connaît, et pas seulement dans l’Hexagone. On retrouve dans Servir le beau beaucoup de thèmes qui vous tiennent à coeur comme la lutte des droits des femmes ( Journée de la femme ), ou encore la solidarité entre les plus démunis (Servir le beau). Votre message n’a jamais trahi Hasta Siempre ! . Croyez-vous encore en l’Homme, et quel regard portez-vous sur le monde actuel ?

Essentielle et importante question ! Soeur Emmanuelle disait, peu avant de mourir, « Si vous m’aimez vraiment continuez mon travail. » Je regrette que notre époque manque de vraies femmes d’envergure comme elle. Car on est à la croisée de chemins, il ne faut pas se tromper de route. Personne ne devrait se sentir supérieur car nous sommes tous unis, tous liés depuis notre naissance. Je reste profondément optimiste.

Prévoyez-vous de défendre ce nouvel album sur scène ? Si oui, y aura-t-il une tournée ?

Oui, mon équipe et moi travaillons sur une tournée…. la première ! J’espère que le public m’accompagnera.

Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Oh… beaucoup ! Il y a les songwritters Kevin Parent et Léonard Cohen ; Mercedes Sosa et la musique sud-américaine, Jeff Buckley, Barbara, Brel, Piaf, le tendre Cabrel, Forestier, Camille, le Californien Jason MRaze, Florent Pagny (quel beau parcours !). Tous les artistes qui vibrent avec leurs chansons.

Aura-t-on la chance de vous retrouver un jour au cinéma ?

Mon âme est coincée dans une caméra. You will see !

Nathalie Cardone, Servir le beau

album_2008_g Hasta Siempre ! chantait-elle en 1997, en souvenir de Che Guevara . Cette si belle expression avait alors pris tout son sens en 2000, année à partir de laquelle Nathalie Cardone disparut totalement des médias, après deux énormes succès singles ( Mon ange, et bien sûr l’hommage au Che), et un album éponyme livré en 1999. Un premier effort hétéroclite, alternant l’Espagnol, le Français, l’Anglais, le rock, la pop, les ballades hispaniques, et comportant un nombre impressionnant de perles ( Antonio, Libre, Populaire, Baila si, ou le monumental G. stories, hommage au grand Serge ).

Le 3 novembre, Nathalie Cardone propose enfin Servir le beau, son deuxième album, attendu comme un évènement. Dès la première écoute de ce nouvel opus, le doute n’est plus permis. Avec ces onze nouveaux morceaux, la chanteuse nous offre la grâce d’une galette faisant l’effet d’un fruit, déjà savoureux et sucré, ayant mûri au fil du temps : une voix impeccable et maîtrisée à la perfection, des textes exquis immunisés de toute mièvrerie, des arrangements sobres, puissants dans leur douceur. Ne cherchez pas les artifices : Servir le beau irradie d’une pléthore de titres riches, extrêmement riches en émotion, sincères, sans maquillage, entremêlant plusieurs styles, et redonnant du sens à la véritable définition de la musique populaire.

Yo soy rebelde, le premier extrait sorti en mars, ouvre le bal sous des guitares sèches et des cordes. Servir le beau prend la relève, résolument poignant sur ses accords au piano, comme le seront tout autant Journée de la femme et Si je pars (ce dernier de rappeler quelques atmosphères du premier cd). La reprise presque hippie du Temps des fleurs, pleine d’entrain et de fraîcheur, de jeunesse, de vie malgré la désillusion, attire pour toute l’énergie qu’elle transporte. Whispers et Mister Jim marquent à eux deux le passage le plus folk et rock du disque, duquel il se fera difficile de se remettre tant la beauté signe ces quelques précieuses minutes. Les ambiances hispaniques reviennent au galop sur Si se calla el Cantor et la nouvelle version du tube Hasta Siempre !, ô combien surprenante pour ses couleurs plus traditionnelles. Ma soeur (sera jamais ma rivale), le nouveau single, assure quant à lui un bel instant de pop rock classieuse. L’émotion culmine à son comble sur Maman, le morceau final, sonnant tel un enregistrement live, sur lequel les trois dernières notes incitent aux larmes les plus salées.

Résultat des courses : Nathalie Cardone maîtrise aussi bien sa voix que les émotions transpirant de ce nouvel opus. Les ambiances s’avèrent incroyablement rafraîchissantes de par la sincérité incontestable de l’artiste, qu’on aura attendu huit longues années sans réussir à être déçu de quoi que ce soit.

Servir le beau . Rarement un disque n’aura aussi bien défendu son nom. Un album à apprécier comme il se mérite : sur la longueur peut-être, mais pour longtemps. Tout simplement brillant.

Merci à Rémy, webmaster du site http://www.nathaliecardone.com, pour sa gentillesse et sa disponibilité.

Crédits photo: Christophe Mourthé

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6 commentaires

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  1. 1
    le Mardi 25 novembre 2008
    Rémy a écrit :

    Petit réctificatif pour le crédit photo. La seconde photo est ROETHLISBERGER KLAUS/CORBIS SYGMA.

    Le site de malibuprod étant très incomplet et pas mis à jour depuis longtemps, j’invite les lecteurs de ce site à consulter le site du fan club officiel : http://www.nathaliecardone.com

  2. 2
    le Mardi 25 novembre 2008
    Dahlia a écrit :

    Arno, pourquoi ne lui avoir posé aucune question sur son expérience d’actrice? C’est volontaire? :)

    C’est intéressant de savoir qu’elle a toujours une actualité en tout cas, perso je m’en souvenais surtout comme l’une des égéries que Laurent Boutonnat avait lancé et qui n’avait pas trouvé son public…

  3. 3
    le Jeudi 27 novembre 2008
    Arno Mothra a écrit :

    C’était totalement délibéré, étant donné qu’à ce niveau il n’y a pas d’actualité et que cet album correspond à huit ans d’écart d’avec le premier ;)

    Sinon tu rigoles, elle faisait un carton à l’époque du premier album ; le problème est que tout s’est arrêté brutalement, fin 99, avec un excellent titre (Baila Si), même pas sorti en single. Depuis : rien.

    En tout cas le nouveau cru est excellent, pour peu qu’on aime les arrangements sobres, les voix chaudes et les guitares sèches :)

  4. 4
    le Vendredi 28 novembre 2008
    Julien a écrit :

    Merci Arno pour cette belle interview, hélas trop courte!
    L’album est effectivement plutôt réussi, même si on peut lui reprocher de pencher un peu trop du côté lacrymal (que de ballades!) alors que des titres plus rock comme « Jimmy » sont tout simplement sublimes!
    Reste à savoir si Nathalie sera suivie par les médias après une si longue absence et si le public sera au rendez-vous… A elle également de bien user de ces apparitions en la jouant moins « chanteuse ultra-émotive » (qui perd en crédibilité) et plus « artiste confiante et dans le cadre » (qui donne envie aux gens d’acheter).
    C’est en tout cas ce que je lui souhaite!
    Quant au cinéma, j’espère qu’il lui fera à nouveau les yeux doux, car Nathalie a un fort potentiel aussi à ce niveau-là!
    Allez Cardone, faut que tu cartonnes! ;)

  5. 5
    le Mardi 2 décembre 2008
    pipotin a écrit :

    bonne surprise que cet album de nathalie cardone, bonnes chansons et une tres bonne credibilite d interpretation sobre et juste ,autant dans les chansons hispaniques, ou il faut etre juste et ne pas sonner faux, que dans les chansons intimistes que les chansons aux accents rock, a quant de voir nathalie cardone en promo a la tele et en concert? on attend avec impatience, en tout cas je conseille l album a tout le monde , il est vraiment reussi et tres tres agreable a ecouter , bravo donc a mademoiselle cardone et a son equipe

  6. 6
    le Jeudi 26 février 2009
    Rémy a écrit :

    Nathalie Cardone revient dans les bacs le lundi 2 mars avec un tout nouveau single.

    Nathalie Cardone reprend dans une version magnifique et très personnelle la reprise mythique de Dalida, « Le Temps des Fleurs ».

    « Elle évoque si justement la nostalgie d’une certaine époque, plus populaire, où tu pouvais vivre ton rêve. » Nathalie Cardone.

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