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Musique // CD

Mylène Farmer – Dégénération

par Arno Mothra | mise en ligne le Vendredi 11 juillet 2008

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Il est des indices très simples consistant à repérer rapidement une chronique minable sur Mylène Farmer : cherchez les mots « icône », « gay », « variété française », « pop », « commercial », « libertine », « fric », et, pis encore, telle une cerise pourrie apportant misérablement un peu de couleurs au gâteau de l’infâme, le nom de l’insupportable « Madonna », aussi cupide et charismatique qu’un parcmètre.

Sexy coma. Sexy trauma.

mf_degeneration_clip_capture_003minAccompagnée de Laurent Boutonnat, jeune réalisateur de courts-métrages et du (très) subversif La ballade de la féconductrice, Mylène Farmer jette un énorme pavé dans la mare en sortant Cendres de lune, son premier album, en 1986. Ouvre sombre, novatrice et atypique où s’entremêlent la cold-wave et la new-wave sous un format complètement inédit, une espèce de pop-goth. Aberration, paradoxe ou légitimité : la dame atteindra des records de vente incommensurables à compter de ce premier essai ; précisons qu’en 2008, la plus détestée des plus adulées réussit le coup de grâce de remplir deux Stade de France en 3 heures (en cumul) et vendre 100 000 places pour sa tournée 2009 en une journée. Comme d’habitude depuis 5 ans maintenant, sans aucune publicité ni annonce évènementielle. Certains couillons croiront encore à une stratégie du mystère vicieusement entretenue ; vous direz ça à Rose et Noir, Björk, Brigitte Fontaine et RoBERT, qui seront heureuses d’apprendre qu’elles vendent potentiellement des millions de disques grâce à cette technique infaillible.

Depuis l’apogée d’ Ainsi soit Je. en 1988, Farmer a su s’attiser la haine des médias et d’un grand nombre de frustrés pseudo créatifs, essentiellement par le doigt d’honneur qu’elle a lancé à ces derniers ; parce que Mylène Farmer s’affuble de différents maquillages sans jamais annihiler les lignes de son masque, aussi pudique qu’exhibitionniste, sans jamais s’engouffrer dans le ridicule, et sans jamais quémander quoi que ce soit dans cette boue populiste qui tergiverse pourtant sur sa personne – et non sur son art, mais peu importe.

farmer Mylène Farmer est devenue la première – et à ce jour la seule – chanteuse littéraire. De Désenchantée en 1991 à L’Amour n’est rien. en 2005, le public aura pu se délecter des clins d’oeil récursifs à Cioran, philosophe sans égal dont le nihilisme et le cynisme côtoyaient sans timidité un humour et une poésie maîtrisés. Ne parlons pas non plus du Marquis de Sade, Georges Bataille, Boris Vian, Sogial Rynpoché, Virginia Woolf ou Apollinaire, occupant également une place de choix parmi les influences les plus visibles. Mylène se moque délibérément de la masse, et l’a toujours fait comprendre avec une très grande classe ; comme de faire chanter à cette dernière, sur les ondes FM, les plaisirs sodomites, la folie hérétique, le trouble psychiatrique, l’obsession clinique, les vagues mélancoliques ou les perpétuels questionnements en rapport à une force supérieure sur l’Homme.

Les gens classant Mylène Farmer au milieu de toutes les conneries fades et mercantiles abondant les radios et les chaînes télévisées sont des ignares sans lueur de culture. D’un état paroxystique, il est aussi jouissif de constater avec quelle hargne (et quelles contradictions pathétiques) l’intelligentsia jus-de-pet s’acharne à lui cracher dessus depuis 25 ans, tout en plébiscitant en aparté nombre de ses clones préfabriqués, sans saveur et sans talent (et sans carrière non plus d’ailleurs).

Sexy coma. Sexy trauma.

virginmega02Après Fuck them all en 2005 – titre dans lequel la prose ambiguë nous renvoyait à l’hérésie, au féminisme, et aux guerres de religions – qui ouvrait l’excellent album Avant que l’ombre., teinté de trip-hop old school, Dégénération annonce le grand retour de la belle pour septembre 2008. Comme souvent, ce nouveau morceau risque fort de diviser le (voire son) public.

Là où l’artiste trempait sa plume dans l’encre de la rhétorique la plus riche, cette nouvelle chanson s’assimile très rapidement à Psychiatric, Effets secondaires, Porno graphique ou You (en duo avec Good Sex Valdes ) de par un texte court et une musique plutôt dub. Dégénération se résume à un couplet répété en boucle, un pont parlé, et beaucoup de choeurs (ou d’échos, c’est selon). Dégénération rime avec Ma génération, Sexy coma à Sexy trauma, et T’es statique à Extatique / Esthétique . Le peu de texte, fort de son asyndète, reste partiellement incompréhensible sans la lecture des paroles officielles (indisponibles à l’heure actuelle). Apologie d’ataxie. Tout laisse place à la spéculation et au mystère qui caractérisent parfaitement l’univers tourmenté de la rouquine, de retour à la sauvagerie. En ce sens, on appréciera la dichotomie entre l’immobilisme (le coma, le trauma, le statisme), et le désir d’un nouveau mouvement rapportant un peu de souffle aux poumons (il faut que ça bouge) ; au conditionnel, l’auteur pourrait se prêter spectatrice à un déséquilibre générationnel, construit de caillots de monotonie, de tiédeur, d’absence de vie, d’absence de dilection, de confusion des genres.

Un peu ampélopsis en ascension continue, Mylène Farmer n’a jamais suivi les modes musicales, et ce titre n’y fait pas exception, même si le son électronique caresse une expérimentation artistique remarquable. Beaucoup de son auditoire aura pu apprécier un retour à une électro froide, comportant cependant une rythmique plus métallique et barrée qu’auparavant.

Sexy coma. Sexy trauma.

album-pointdesuture Dégénération est un titre déstructuré, pas un tube d’été à l’approche facile. Plusieurs écoutes sont nécessaires afin d’en savourer le mélange de sel et de sucre, voire d’essence et de sirop, peu familier. La musique, en crescendo, hypnotique, incite l’auditeur à la claustrophobie, à des coups de tête contre le carrelage, jusqu’à l’apothéose pendant la dernière minute. Comment ne pas écouter Dégénération en boucle ? L’énigmatique pochette du single accentue davantage un certain côté tribal et mystique à la chanson, tout en restant évasive.

Comme d’habitude, Mylène Farmer réussira là où tous échouent : imposer à la masse un titre fort, intègre, ultra créatif et hors normes. Nous nous régalerons également des corbeaux sans plumes et des chauves-souris sans ailes qui, à défaut de l’encre de Chine, baigneront leur critique faiblarde dans le fiel le plus risible, étriqué, vulgaire et obsédé – c’est qu’elle en a de la chance la Madame, que d’être proscrite par des huîtres sans coquille ! Elle en irradie d’autant plus fort.

Pas besoin d’être un aficionado de la belle rousse. Découvrez, prenez le temps, et laissez-vous tournoyer dans cet élan noir de danse sépulcrale ; et surtout, contournez les clichés !

Sexy coma. Sexy trauma.

Une magnifique porte d’un dédale qui s’annonce exceptionnel, à la rentrée. Pas d’amylène, juste Farmer, [mode Frances]. Essaim d’assonances, exquise esquisse sans discordance. Vivement la mort subite !

En savoir +

Mylène Farmer, Dégénération, premier extrait du 7e album à sortir le 25 août, disponible en téléchargement légal et sur support physique le 18 août. Chez Stuffed Monkey .

Site non-officiel: http://www.mylene.net

51 commentaires

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  1. 1
    le Dimanche 14 février 2010
    Zoltan a écrit :

    C’est par un dimanche grisâtre que je me glisse ici, à quelques années de la sortie de DG. Je pense que Farmer a voulu provoquer un ELECTRO choc à son public, et c’est plutôt réussi! Plutôt qu’une chanson gentiment commerciale cadrée à 3′30, elle nous balance un truc hybride digne d’un ovni où même l’oreille la plus avertie remarquera des cuts samplés « faussement (et savamment) mal mixés…La preuve, 2 ans plus tard ça me monte au cerveau. Donc… ce titre tant décrié, était certainement l’éclair bleu qui se faufile sous la peau et va, fulgurant, frapper un grand coup dans votre cortex où se bousculent tant d’idées préconçues formatées… Comme une montée d’adré ou d’amphets (et la question suit le mouvement : « mais qu’est ce qui lui a pris? C’est quoi ce truc? Où sont les couplets? C’est quoi ce refrain? )… De quoi parle cette chanson? D’une dégénération, de quelquechose qui, cadré carré bien retenu aux entournures (lisse?) va d’un seul coup disjoncter… et dégénérer… Mais il y a ici deux jeux de mots, le premier en réponse à une chanson des années 90 « Génération D – enchantée »…que tout l emonde a déjà compris mais aussi le mot à prendre d’une façon littérale : quelque chose qui se transforme en mal, qui s’affaiblit, perd consistance jusqu’à s’annihiler. D’où le « COMA »… Farmer a souvent écrit cela me semble t il dans ses chansons, cette idée que du confort il ne nait rien, de nos vies aseptisées nous ne gardons trace de rien et surtout nous ne vivons pas pleinement, dans la violence où les évènements nous projettent parfois (amour physique, haine, chagrin fou…). Je crois que sa Dégénération serait une génération Enchantée et endormie dans ses petites joies, qui ne rêve plus à rien, ou du moins plus grand chose, qui se contente d’un rien, une génération qui s’empiffre de pizzas hut devant le prochain desperate housewives… ou un truc du style, ou qui va balancer du croupion sur du « Toi +moi » ça fait…2,3 millions d’euros et un mec trés heureux (ex attaché de presse de chez qui?? de chez… warner…).. Donc voilà…Farmer, mon Astre adoré que j’aurai tant aimé et écouté ici bas (et quelle joie d’avoir été de ce siècle pour avoir pu la « connaître…), nous met musicalement (merci m’sieur Boutonnat!) une bonne claque dans la tronche, demande à ceux qui écoutent…d’aussi ENTENDRE… L’extase est à quel prix et nous mène où? A soi ou son juste évitement? L’ataraxie est elle enviable (endormis sans envies)? A quoi peut on rêver quand on a déjà tout, tout avalés les couleuvres de la vie, les sabres et j’en passe…?Aurions nous oubliés d’être Vivants… VIE VENT…une ombre dansante sous la lune… »Dessinne moi un mouton »…Vous comprenez? Oui? Aurait on oublié de déplaire pour se conformer aux désirs de l’autre ? Aurait on oublié qu’il existe un monde impatient de naitre à chaque félûre qui signe nos chemins? Alors voilà, Dégénération ne fait pas forcément l’unanimité mais peut être un cliché quelque peu triste de l’humanité, ce qu’il nous reste d’elle, planqué sous oreillers rose fuchsia XXL de chez IKEA (quoi je fais des entrées google…! et alors!). Cette chanson je l’ai longtemps regardée de loin, comme un légèr égarement de l’Astre; où étaient passées les sublimes mélodies de Boutonnat, et cette verve (attention pas de G) que seule à mes yeux Farmer sait diriger et faire exploser… Et ouis tout à coup, en 2010… j’me rends compte qu etout est là, tellement là que je l’avais pas vu (un peu comme l’amour?): les paroles, dignes d’un slogan, les cuts, le mixage, la srtucture même de la chanson n’étaient qu’une façon élégante de nous prendre la main, nous surprendre et nous suspendre à son étoile… fêlée filante mais toujours d’un noir aussi brillant! Merci l’Astre… 2 ans plus tard…certes…

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