My Name is Claude

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Un artiste actuellement berlinois – canadien à une autre époque — d'une authenticité incongrue et d'une beauté intérieure magnétique... Gracieux, pur, minimal, de quelques notes de piano intenses, d'une voix puissante, de quelques bribes de machineries enregistrées et d'un pantalon dessiné par le Berlinois Mads Dinesen, il vous fait toucher le huitième ciel néo-baroque sans effort. Suffit de relever un peu la tête.

Ton travail sonne comme un ovni sombre et pur au milieu du chaos.

Nous sommes dans une ère de passants, c’est assez terrible. Je travaille beaucoup, justement, pour ne pas être dans cette optique… Que je puisse faire ce que je fais jusqu’à 60 ans, que ce ne soit pas quelque chose qui s’inscrive dans une mode, mais qui soit exactement moi. L’expression de moi.

C’est courageux…

Je ne sais pas si c’est courageux ou si c’est la nécessité. C’est un cliché, mais c’est quelque chose de cet ordre-là. Avant j’étais sur la scène de la musique électronique. Faire danser les gens, se donner en spectacle la nuit, ça me faisait voyager jusqu’à Moscou et tout était beaucoup plus facile que maintenant…

Mais ce n’était pas toi ?

C’était moi à un moment de ma vie… Mais au moment de signer mon contrat, j’ai eu un flash, j’ai dit brusquement non. Tout ça m’a semblé extrêmement vain. Je n’avais plus envie d’être cette figure de la nuit, avec ses paillettes…

Ta musique est très romantique : liée directement à ta vie personnelle ?

Oui et non… C’est comme un réalisateur qui écrit un film sur un homme qui bat sa femme. Ça ne veut pas dire qu’il bat sa femme, mais il a ce sentiment de la femme battue en lui. Des chansons sont autobiographiques, d’autres sont des fictions, mais l’état auxquelles elles réfèrent est un état bien réel. Mais ce n’est pas un état que je vis de façon permanente : je prends le temps de m’arrêter pour aller regarder cette chose qui est là en nous tous.

Tu reviens à la vie facilement ensuite ?

Parfois oui, parfois non. C’est très dur pour moi de voir ce qu’il y a en moi. (Soupirs d’horreur)…Je ne peux pas le croire… Quand j’ai écrit la chanson Before I die, j’étais littéralement foudroyé, j’en ai encore des frissons même en en parlant…

Te permets-tu d’écrire des choses un peu obscures que toi-même tu ne comprends pas ?

Quand j’écris de la poésie pure, oui. Mais dans mes chansons, j’essaie d’utiliser un langage facilement accessible, avec une forme de naïveté voulue. Je veux que les gens soient foudroyés directement par cette émotion que je veux exprimer, par la musique, mais aussi par les paroles.

Malgré tes références classiques ?

Oui… Je n’ouvre plus de concerts par une pièce de classique, trop lourd. Je joue déjà un peu Eric Satie, sur Airport. Je ne veux plus cette référence trop directe au classique. J’ai parfois ce problème où je joue et les gens n’applaudissent pas ! Comme dans un concert classique. Même après trois ans, je trouve toujours ça angoissant, même si je comprends ce qu’il se passe.

Tu composes les bandes-son avec autant de soins que le reste ?

Ces sons sont composés, parlent du paradoxe entre l’homme et la machine. Les chansons que je crée sont organiques, biologiques, anthropomorphiques. Et j’y intègre ces éléments très mécaniques…

Ce qu’un artiste graphique ferait aussi, de nos jours.

On est à la rencontre de plusieurs genres. C’est une musique du domaine « art », entre guillemets. Je veux rester intelligent, mais c’est important pour moi d’avoir un côté pop, de savoir que si je chante une chanson comme Let’s fall in love, les gens comprennent parce qu’ils l’ont vécue.

Une citation, toi qui aimes la poésie ?

« Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or« . Baudelaire. Je n’ai pas la prétention de faire de l’or, mais je sais que la boue que j’ai reçue, j’en ai fait de l’or, on en reçoit de la boue. J’ai des frissons…

(Mon superbe interlocuteur ne parle plus, ‘touché par la foudre’ comme il dit, ‘saisi par la grâce’, je réponds un tantinet moqueuse). Heureusement qu’on n’est pas à la télé…

D’une oreille de brute française, cette musique-là, ça vous foutra un cafard de base bien tenace en deux minutes. D’une oreille cultivée, voyageuse et à l’instinct curieux qui cherche l’expérience sensible, ce sera unique, incommensurable, aérien, extrême. Ici on vous l’a fait toucher du bout des doigts, croyant ou pas.

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Nouvel album à paraître en septembre 2010.
http://www.myspace.com/mynameisclaude

A propos de l'auteur

Image de : Les mots ! Pigiste en culture pour plusieurs organes de presse écrite et web, cuvée 1986 (Bordeaux), vit à Paris. Retient de sa prépa lettres, une philosophie très nietzschéenne : l'art est mensonge et c'est tant mieux. Aime les mots. Aime toutes les formes d'art et surtout la musique (pop, rock, électro, blues, folk, classique), la littérature et la photo (contemporaines et déstructurées), le cinéma (japonais, films d'auteur). Ecrit un peu de tout, interviews, critiques, chroniques, portraits, dossiers, live reports, et poèmes, nouvelles, romans (inconnus à ce jour) : tout ce qui dit le monde au travers de prismes, sans jamais avoir la prétention de le traduire précisément. Jamais satisfaite, toujours amoureuse. Blog culture : http://spoomette.over-blog.com

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