My blueberry nights

par Trots|
Difficile de rester indifférent à la sortie d’un nouveau film de Wong Kar-Wai. L’état d’esprit avant d’entrer en salle oscille entre nostalgie d’In the mood for love et quasi-certitude que l’on sera déçu de ne pas retrouver la magie incandescente de son atmosphère feutrée.

blueberrySuite à une rupture et à quelques moments passés avec un patron de bar, Elizabeth décide de voyager à travers l’Amérique. Serveuse au hasard des destinations, fuyant des souvenirs douloureux, elle fait la connaissance de personnages blessés et solitaires qui reflètent sa propre détresse.

Wong Kar-Wai a tenté dans My blueberry nights de recréer son univers habituel aux Etats-Unis. Malheureusement, la sauce ne prend pas, faute d’innovation et de créativité. Est-ce dire que l’Occident ne se prête pas aux jeux d’esthétisme et de lumière, et aux sentiments empreints de pudeur caractéristiques du cinéma asiatique ? En partie, oui. Le réalisateur choisit ici de calquer presque tel quel son style inimitable (lumière artificielle orangée, plans lents et dialogues rares) à un environnement qui ne lui convient pas. Ni véritable road-movie à l’américaine, ni troublante romance hongkongaise, l’oeuvre ne se trouve pas, et peine à nous transporter.

Le casting prestigieux n’est pas toujours bien mis en valeur, et reflète le caractère inégal de My blueberry nights . Son intérêt majeur réside dans la savante distillation tout au long de l’histoire de seconds rôles plus qu’excellents : David Strathairn (vu dans Good night and good luck ) en policier alcoolique qui a perdu la notion du temps après que sa femme ( Rachel Weisz, The fountain ) l’ait quitté, Jude Law en serveur de café touchant de simplicité. Mais Norah Jones, pour sa première apparition sur le grand écran, est décevante. Etre jolie ne fait pas tout : son petit minois ne fait pas oublier sa prestation bien fade et qui n’apporte aucun relief au personnage. Comme quoi les chanteuses feraient mieux de se cantonner à leur domaine de prédilection (comme la bande originale, par exemple, où Norah Jones se montre bien plus brillante ici).

Le principe des rencontres individuelles éparpillées tout au long du film est intéressant, mais assez peu exploité dans l’ensemble : elles n’aident pas véritablement à faire avancer le personnage dans sa propre réflexion. C’est un sentiment que l’on a tout au long du film : de ne pas être suffisamment guidé, de manquer de fils conducteurs (qu’est-ce qui pousse Elizabeth à revenir sur ses pas finalement ?). Tout reste un peu trop convenu, malgré quelques idées brillantes, comme le bocal contenant des clés qui racontant chacune l’histoire d’une vie. Wong Kar-Wai tombe même dans une certaine lourdeur esthétique par moments : une caméra trop hachée et la même scène du baiser goût glace à la vanille jouée. deux fois (une fois, c’est bien non ?).

Déception, donc. Allez, la prochaine fois ce sera mieux.

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Site officiel: http://www.myblueberrynights-lefilm.com/

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2 commentaires

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  1. 1
    le Mardi 26 mai 2009
    Eymeric a écrit :

    En tant qu’admirateur de WKW j’ai beaucoup apprécié ce film, sans pour autant qu’il atteigne la beauté de « 2046″. Je trouve que l’amérique lui sied bien au contraire, il installe un univers très hopperien avec sa façon de mettre derrière une vitre des figures mélancoliques de l’amérique « profonde »…

  2. 2
    le Samedi 22 décembre 2007
    Carcharoth a écrit :

    Je me rend vraiment compte avec cet article, et en parcourant les différents sites et blog parlant de ce film, qu’il divise les cinéphiles et même certains amateurs du réalisateur. Le passage de l’autre coté du pacifique (et oui, il vient de HK, pas de france…), qui n’est pourtant pas le premier (un autre film tourné en Argentine) semble ne pas avoir plu à tout le monde. La mise en scène notamment a surpris, déçue par son esthétisme et sa coloration. L’intrigue aussi a laissé bien des spectateurs sur place, par sa simplicité et son hermétisme, donnant le moins de cadre à l’histoire, ce qui pour moi est un parti pris intéressant, qui me fait penser à la réflexion menée par Kobayashi dans le dernier sketche de Kwaidan : Faut il finir ou non une histoire, lui donner une forme définie, claire, ou laisser le lecteur (spectateur) le faire lui même. Apparament Wong Kar Wai semble avoir choisit la dernière option, et je ne m’en plains pas. Ce film est un « trip » dans son univers, un monument romantique, empli de sentiments et de symboles, d’images fortes visuellement dont le sens met du temps à apparaitre. Les personnages sont difficile à cerner, comme dans la réalité, car en effet, qui connaissont nous vraiment, de qui peut on dire qu’on est sur, sentimentalement et psychologiquement parlant ?
    Pour moi donc, ce film est une réussite, il m’a emballé et fait voyager. Et puis que les actrices sont belles…

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