Mustang

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Une jeunesse passée à rêver des États-Unis, à prendre pour estampille un peu naïve Mustang qui les faisait penser à l'autre continent. Mustang aujourd'hui, cela sonne comme un son follement né en plein Clermont-Ferrand, teinté Memphis et Tennessee... Mais pas que.

adelap-mustang2petitDe longues heures à écouter Nirvana, les Stooges, Suicide et puis l’époque lycéenne passée, le son s’est affiné, s’éloignant du Velvet pour se rapprocher des 50′s. On aime dire que l’ovni vintage A71, sorti ce mois-ci, est le digne héritier et le descendant véridique d’une ancienne Amérique. C’est évident. Pourtant, Mustang semble tout à la fois traversé par son fantasme jubilatoire pour Elvis et les autres, comme par des couleurs plus étendues sur l’arc-en-ciel. De notre côté, on a voulu creuser pour voir jusqu’à quel point on parlait à la famille Presley . Eclairage d’une identité américaine bohémienne, sans maison ni époque.

Avez-vous la prétention d’être dans la lignée des groupes américains ?

Jean Felzine (chant, guitare, claviers) : On est toujours plutôt dans la lignée des français je crois. On a beau essayer, en tant que français, on prend toujours plus de recul sur la musique qu’on écoute parce que ce n’est pas la nôtre. On est capables de la reproduire mais on n’a pas la technique.On a digéré une partie de cette musique là, c’est des trucs qu’on peut jouer à peu près comme ils ont été joués, mais on ne peut pas s’inventer groupe de Memphis.

Vous auriez aimé être Américains ?

Jean : Faut pas trop raisonner avec des « si ». On est français, c’est comme ça, on a quand même grandi avec Polnareff et Gainsbourg, on ne les aurait pas eu si on était à Memphis en 1930.

Johan Gentile (basse, guitare) : C’est une source d’inspiration pour nous, c’est comme un réservoir. On prend un peu de pop française sixties, un peu de ce qui est électronique, un peu de ce qui est punk New-Yorkais.

Vous n’avez pas peur de rester dans ce registre, le vôtre, qui reste malgré tout assez précis ?

Jean : Je ne crois pas.Il y a sur le disque un instrumental, un diddley beat, un rock’n'roll, un slow en 6/8, des formes très différentes de chansons, avec des instruments différents aussi. Nos influences américaines, c’est une base. Ce qu’on veut dire, c’est que oui, on baigne dans un certain style… Mais on ne fait pas de rockabilly. Regarde Franz Ferdinand, pour moi ce groupe-là est plus rétro que ce qu’on fait nous. Ils n’ont rien ajouté à ce qu’ils ont pompé de la fin des années 70. On paraît plus rétro parce qu’on va chercher plus loin dans le temps. Tous les bons groupes, j’espère qu’on en est un, piochent un peu dans le passé et regardent un peu devant aussi. Mais on passe notre temps, tous, à puiser dans les racines des groupes qu’on aime.

Et le matériel que vous utilisez est-il d’époque ?

Johan : Même sur une chanson qui sonne peut-être plus classique comme King of the Jungle, il y a un effet fuzz (saturation du son singulière beaucoup utilisée dans les années 50, ndlr) .

Jean : C’est clairement un disque qui n’aurait pas pu être fait en 1954. On mélange du matériel ancien et du matériel d’aujourd’hui, on utilise un Farfisa (orgues électroniques, synthés et claviers de la marque italienne, ndlr), on utilise une boîte à rythme 70′s, des guitares et des amplis plutôt 60′s, mais ce disque est aussi fait avec un ordinateur, il n’y a pas de honte à avoir. Les premières productions d’ Elvis étaient faites à partir de matériel moderne et d’effets novateurs, ce n’était pas de la musique passéiste.

La ville de Clermont-Ferrand a-t-elle une importance pour votre musique ?

adelap-mustang4petit Jean : Non, je ne pense pas que le fait qu’il y ait une scène folk à Clermont.Je pense que c’est un pur hasard. C’est le hasard de l’Ipod, génération spontanée de mecs qui font du folk ou autre chose, et je ne pense pas qu’on ait une raison géographique maintenant, du moins en France, d’écouter telle ou telle musique. A une époque, les gens étaient bercés par le son local. Elvis a grandi dans un terreau incroyable où il y a avait de la soul, du rythm’n'blues, de la country, du gospel. Maintenant, peu importe où tu es. On a tellement travaillé en vase clos en écoutant des disques qui étaient sortis 40 ans avant, on n’a subi l’influence ni du lieu, ni de l’époque.

C’est une liberté pour vous ?

Jean : Clairement, je pense qu’on a de la chance de vivre aujourd’hui et d’avoir accès à tout ça, du moins pour écouter de la musique. Pour en faire, c’est un peu plus intimidant (Des petits bruits de paille de grenadine viennent ponctuer l’entretien, parce que Jean, le leader à la petite gueule aux yeux bleus et à la jolie coupe a pris une grenadine, quand tous les autres ont pris un café. Cela mérite d’être noté, ndlr) .

Johan : Ca nous permet de mélanger des éléments de rock’n'roll originel, des éléments français, un peu d’électronique, c’est plutôt bien.

Pourquoi ne pas écrire en anglais ?

Jean : Là, on a fait une chanson en anglais mais elle n’est pas de nous, elle est de Don Cavalli . J’ai toujours voulu raconter des histoires compréhensibles en français. On ne jouera sans doute pas en Amérique ou peu, on joue majoritairement en France en tous cas.

Et jouer aux Etats-Unis ? Appréhendez-vous ?

Jean : Le problème c’est que les anglo-saxons se moquent beaucoup de Johnny Hallyday . Le mec à banane qui chante en français, à la base ça les fait rire. Même si on fait quelque chose de très différent, ils seraient sans doute réticents. Ce qu’ils acceptent venant de la France, ce sont des choses très françaises. Les américains aiment Piaf, Aznavour, avec les accordéons ! Notre horizon reste la France, avec des chansons en français, les gens comprennent, je ne vois pas pourquoi on chanterait tout en anglais. On ne fait pas semblant d’être américains.

Côté mode, c’est important pour ce que ça dit sur vous ?

Jean : Tout bêtement j’ai fantasmé sur les premières photos d’ Elvis . Ce look est étonnant. Ca peut paraître presque normal aujourd’hui mais à l’époque, c’était moderniste. Et je crois que c’est le bon moment maintenant. Cette coiffure m’a plu tout de suite, elle est à la fois classique et bizarre. On a pu voir dans des magazines de mode, que le style rockabilly revient, avec des nanas qui se font des bananes… En fait c’est la maison de disques qui a payé des gens pour s’habiller comme ça et soutenir notre promo (Rires) . Ce n’est pas un hasard.

Votre second album prend-il une autre tournure ? Ou reste-t-il dans la lignée de ce que vous faites ?

adelap-mustang3petit Johan : On pense plus en termes de chansons, on veut faire un maximum de morceaux. Comme l’industrie du disque ne va pas spécialement très bien, on a pour objectif le format chanson avant toute chose.

Jean : Selon toute logique ça risque d’être le dernier album en tant que tel. Puisque c’est le dernier souffle… C’est bien qu’on l’ait fait, on a grandi avec des albums, donc c’était bien de faire un vrai disque. Sinon il n’y a pas vraiment de lignée. Ce ne sont pas de grands calculs en amont. Pour le premier disque, certaines chansons étaient écrites depuis que j’avais 15 ans et se sont retrouvées là, ça s’est fait en écoutant des disques, comme ça, à tâtons. Là c’est pareil, on essaie juste de faire des chansons et de raconter des histoires.

Johan : Ce qu’on veut c’est ne rien s’interdire. On veut pouvoir faire un morceau de ska si on en a envie, sans que ça tombe dans l’exercice de style. On essaie de toucher à tout, un peu dans l’esprit Beatles, en toutes proportions gardées bien sûr. Y a toujours ce terreau de ce qu’on aime, la soul, le rock’n'roll, le rockabilly, mais on ne s’interdit rien.

Entre hier et aujourd’hui, la musique de Mustang, c’est aussi une bonne dose d’humour façon vintage à la Presley, quelques airs joyeux, tristes, gais ou nerveux selon les humeurs de la vie, sur des textes simples :  » C’est de l’anti-niaiserie. La niaiserie, c’est de faire de la poésie. Ce que je trouve plus touchant et naïf, c’est les Ramones, la pop sixties. C’est le bon moment au contraire de chanter de façon directe et sans coquetterie « , précise encore Jean . A découvrir en cd comme en vinyle bien sûr.

Crédits photo : © ADELAP – http://flanepourvous.blogspot.com/

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Mustang, album A71, sortie le 26 octobre 2009 sur le label Jive/Epic

Myspace : http://www.myspace.com/legroupemustang

A propos de l'auteur

Image de : Les mots ! Pigiste en culture pour plusieurs organes de presse écrite et web, cuvée 1986 (Bordeaux), vit à Paris. Retient de sa prépa lettres, une philosophie très nietzschéenne : l'art est mensonge et c'est tant mieux. Aime les mots. Aime toutes les formes d'art et surtout la musique (pop, rock, électro, blues, folk, classique), la littérature et la photo (contemporaines et déstructurées), le cinéma (japonais, films d'auteur). Ecrit un peu de tout, interviews, critiques, chroniques, portraits, dossiers, live reports, et poèmes, nouvelles, romans (inconnus à ce jour) : tout ce qui dit le monde au travers de prismes, sans jamais avoir la prétention de le traduire précisément. Jamais satisfaite, toujours amoureuse. Blog culture : http://spoomette.over-blog.com

5 commentaires

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  1. 1
    le Samedi 7 novembre 2009
    Angelo a écrit :

    Les anglo-saxons se moquent d’Hallyday ? Il faudrait demander à Bob DYLAN, Mick JAGGER, Bono… ou feux Hendrix, Otis REDDING et j’en oublie. Mais ces types de MUSTANG ne risquent pas de les croiser souvent…Hallyday a la reconnaissance des plus grands depuis les années 60. Ce qui ronge ses détracteurs (musiciens ou journaleux qui n’ont même pas connu cette époque 60-70)

  2. 2
    le Samedi 7 novembre 2009
    Céline Esc. a écrit :

    Angelo, je ne crois pas que cette remarque remette en cause les qualités de J.Hallyday d’aucune manière. Il s’agit d’une idée plus générale qui essaie d’évoquer un phénomène de moquerie qui pourrait exister de l’autre côté de l’Atlantique concernant un rock très franco-français., au regard de la culture rock’n'roll américaine.

  3. 3
    le Dimanche 8 novembre 2009
    lucduzes a écrit :

    C’est vrai que nos rockeurs non jamais emballés les américains bien que J.HALLYDAY était bien copain avec J.HENDRIX et Hugues AUFREY avec Bob DYLAN et tous ont largement pompés dans leurs répertoires et je pense que le boulot réalisé par ce trés jeune groupe auvergnat est remarquable sur leur premier album , sur scéne ils allument le feu , le chanteur ne manque pas de charisme… à suivre

  4. 4
    le Lundi 9 novembre 2009
    Unearthed a écrit :

    ou pas… Je les ai vu sur scène et je l’ai trouvé bien médiocre et très en dessous de ce qu’annonce le nom de leur groupe et les influences qu’ils revendiquent. Après peut être ont-il évolués depuis et qu’ils savent jouer des instruments qu’ils arborent en étendard mais en attendant le souvenir que j’en garde est impérissable ce n’est pas dans le bon sens. Mais après, on peut toujours s’être trompé et je me le souhaite autant qu’à eux.

  5. 5
    le Vendredi 13 novembre 2009
    Marine_ a écrit :

    Facile de critiquer…
    Franchement c’est un très bon groupe, je les ai vu pas mal de fois sur scène et à chaque fois je les trouve très bon, ils savent ce qu’ils font et ce qu’ils veulent. Au moins ils ont un style affirmé et original, contrairement à d’autres groupes français très moyens…
    Et heureusement qu’ils sont là pour faire revenir un peu de 60′s dans le rock, ça manquait !
    Et puis je ne pense pas qu’ils copient les grands artistes américains de cette époque, ils se servent de leurs influences mais créent du neuf avec.
    Perso, j’ai déjà hâte d’entendre leur prochain album, et je leur tire mon chapeau pour leur audace !

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