MUSEOGAMES – Une Histoire À Rejouer

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C’est Nietzsche lui-même qui le dit : « La maturité de l'homme, c'est d'avoir retrouvé le sérieux qu'il avait au jeu quand il était enfant ». Voilà une belle affirmation que les organisateurs de MUSEOGAMES n’ont pas manqué de prendre au pied de la lettre en créant, très sérieusement, cette expo-musée-interactif d’exception. Et exceptionnelle, elle l’est pour plusieurs raisons.

La première, c’est que le lieu qui l’accueille n’est autre que le très méconnu Conservatoire des Arts et Métiers, dans le 3e arrondissement, magnifique musée axé sur la technique des transports mécaniques et qui a la chance d’avoir gardé en son sein une splendide nef d’église transformée en salle des curiosités mécaniques du début du siècle passé.

Pourtant, si tout le monde sait qu’il existe et passe devant sans trop le voir, ce lieu est resté très longtemps, dans l’inconscient collectif parisien, le cadre d’une visite scolaire obligée.

Le premier objectif est donc double : dépoussiérer cette image publique un peu rébarbative, mais aussi offrir une reconnaissance « étatique », voire politique, à la culture informatique et vidéoludique en France. Et ce n’est pas la visite impromptue et très décontractée d’un Frédéric Mitterrand visiblement amusé et intéressé qui viendra contredire cet effort de reconnaissance.

Quant au deuxième avantage, indéniable, il réside dans le fait qu’enfin, voilà un grand inventaire de l’histoire des ordinateurs et du jeu vidéo (du tout premier jeu Pong, à nos jours), étalé sur plus de 600m2, et entièrement… jouable !

Après un court passage multimédia où trônent les interviews de figures célèbres de l’univers du jeu vidéo (David Cage de Quantic Dreams, Peter Molyneux, ou encore Philippe Ulrich, le créateur visionnaire de feu Cryo, et à qui l’on doit les superbes Dune et autres Arche du Capitain Blood ainsi que le concept du Deuxième Monde (qui sera repris par Second Life bien après))… On continue la visite par un couloir qui fait office de remise grillagée, où se côtoient des appareils aussi mythiques que le ZXspectrum81 ou le Commodore64, en passant par les jeux grand public tels que Simon, les jeux improbables en cristaux liquides noirs et blancs.

Mais directement après, s’offre à nous une grande salle oblongue, où, de façon presque exhaustive, sont présentées, en parfait état de marche et d’utilisation, les machines qui ont marqué l’informatique et plus précisément le jeu vidéo.

Les écrans et manettes sur le long plan de travail central, les projections sur le mur, dans la pénombre, on a clairement l’impression d’entrer dans un sanctuaire, dont le lieu très saint se trouve caché, tout au fond, dans un écrin décoré à la Tron, où, presque dans un noir absolu, trônent d’antiques bornes d’arcade… elles aussi entièrement offertes aux mains des visiteurs.

Ce tour de force (quand on connaît la valeur de ces pièces) a été rendu possible par les efforts conjugués de trois commissionnaires passionnés, Pierre Giner, Stéphane Natkin, et Loïc Petitgirard, respectivement artiste et Prof à l’Ecole Duperré, Prof au Cnam et directeur de l’Enjmin, et historien des techniques et maître de conférences au Cnam.

Le tout avec l’aide très précieuse de l’assoce MO5.COM, qui rassemble des passionnés et collectionneurs d’informatique et jeux vidéo depuis des années.

D’ailleurs, en se baladant entre les pixels colorés, on ne tarde pas à tomber nez-à-nez avec l’un de ces fans des videogames, Douglas Alves, un vrai geek qui s’assume et qui nous explique que MO5.COM (créé en 96 et basé à Arcueil) n’est pas seulement le garant du patrimoine informatique de France sur ces 40 dernières années, mais qu’ils ont également une mission de ‘sauvetage’ et les compétences nécessaires pour garder en bon état et réparer tout type d’ « antiquité ».

« Quand j’étais gamin, confie-t-il avec un sourire béat et le regard pétillant, mon père était persuadé que je n’arriverais à rien en restant plongé dans cet univers. Mais très vite, à l’adolescence, j’ai été embauché par les premiers magazines spécialisés, je testais et commentais les produits qui sortaient… et très vite, j’ai pu me dispenser de faire appel à lui pour mon argent de poche. Il n’en revenait pas ! »

Loin d’être vécu comme un mutisme relationnel, le jeu devenait un lien social fort.

« J’avais des conversations animées avec les autres chroniqueurs des magazines. Certains avaient l’âge de mes parents, et pourtant, nous nous retrouvions tous autour de cette même passion. Un jour, alors que je devais remettre un article urgent, je leur expliquais tout embêté que « j’avais piscine » à l’école, et que ça allait être chaud pour tout finir dans les temps.

C’est alors que l’un d’eux s’est avancé et m’a fait « C’est pas grave Doug, je suis médecin. Tiens, je te fais un certificat pour toute l’année : exempté de piscine. ». C’était surréaliste ! »

Et c’est vrai que cette expo tient aussi d’une certaine magie.
Outre le fait de nous remémorer des personnages et jeux de légende (Sonic, Mario, Tekken, Tétris, …) en versions originales (non, pas d’émulateurs, les consoles sont vraiment sous la table !), il y a aussi celle de faire découvrir ou re-découvrir un goût spontané pour le jeu, pour cet espace si particulier, coloré, animé, et qui, au fond, est un reflet très pointu de notre société et de ses enjeux.

Pour preuve ces deux amis que j’avais invités.
Lui, travaillant dans l’informatique, mais n’ayant plus touché une manette depuis des lustres.
Et elle, professeur de langues, et totalement étrangère à cet univers… et qui, au bout d’un moment, se retrouvent, côte à côte, à secouer vigoureusement les volants et autres joysticks des bornes d’arcade avec une expression toute enfantine sur le visage.

Une expo à voir donc, et à « jouer » again et again et qui, malgré un espace quand même un peu confiné et une logistique militaire en période d’affluence (ceux qui ont joué doivent céder leur place aux suivants, turnover oblige), réunit petits et grands autour d’un thème sympathique, mais pas aussi innocent qu’il en a l’air.

Alors, les jeux vidéo… enfin matures pour une expo permanente en France ?
Voir mieux : pour leur propre musée ?

La question est à l’étude, avec des lieux rêvés tels que la Cité des Sciences ou même la fort convoitée île Seguin. Mais à ce stade, ce sont les politiques qui dirigent les manettes… et Doug qui va devoir prendre des cours de rattrapage en natation.

Crédits photo : M/O/C

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En savoir +

MUSEOGAMESUne Histoire À Rejouer
22 juin – 7 novembre 2010

Musée des Arts et Métiers
60 rue Réaumur – Paris 3e
Métro : Arts et Métiers (3 et 11)

Du mardi au dimanche inclus, de 10h à 18h
Nocturne le jeudi jusqu’à 21h30

http://www.museogames.com

A propos de l'auteur

Image de : Sorti d'une école de Communication Visuelle de Bruxelles il y a 15 ans, directeur artistique belge basé à Paris depuis 10 ans, c'est un touche-à-tout dans le domaine des arts graphiques et du multimédia. Tour-à-tour photographe, graphiste, vidéaste, ou illustrateur, c'est aussi un IA ( Internet-Addict ), qui apprécie particulièrement le "cinéma-qui-possède-sa-petite-musique-intérieure", les "musiques-qui-te-donnent-des-images-dans-la-tête" et les événements culturels un peu décalés. De là à devenir chroniqueur pour Discordance... il n'y a qu'un pas, qu'il a franchi avec plaisir. Site web : http://www.mockery.fr

2 commentaires

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  1. 1
    le Lundi 28 juin 2010
    Lestat a écrit :

    Cool ça donne envie d’y aller.
    Et Mitterrand qui joue à Out Run, énorme!

  2. 2
    Julia
    le Mardi 29 juin 2010
    Julia a écrit :

    Très belle muséographie….et voir Mitterrand jouer à la Sega, ça, ça n’a pas de prix ;)

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