Muse – Marlay Park

par Ren|
Dublin, 13 août 2008. Il pleut presque non-stop depuis deux semaines. Un gris maussade s'accapare le visage des gens, les parapluies d'un jour se vendent comme des petits pains. A ce moment-là, n'importe qui aurait imploré la venue d'un messie pour stopper net l'orage. Pas de Moïse au final, mais un nom vaguement ressemblant, Muse, tout aussi doué pour calmer les ardeurs du ciel.

muse-may-2006-1Au départ, ma décision d’aller voir Muse (pour la troisième fois, précisons-le) tenait plus d’une piètre excuse pour retrouver mon Irlande bien-aimée le temps d’une semaine, que d’une passion renaissante pour un groupe devenu trop trendy depuis 2003 – et l’album Absolution . Excuse en forme de luxe certes, car Muse ne fait plus dans la demi-mesure et semble désormais se « contenter » de stades et autres parks à travers le monde, apportant à ses concerts une dimension « show » alors inexistante lors des tournées Showbiz et Origin of Symmetry . Je n’étais justement pas convaincu par l’idée de la nouvelle surenchère Musienne, généralement adepte de l’efficacité dans la simplicité. Mais autant l’annoncer dès maintenant: l’expérience m’en a mis plein les rétines, et c’est peu dire.

Ce qui est amusant avec ce concert, c’est de réaliser à quel point tout s’est déroulé à merveille du début à la fin, et à tous les niveaux. En arrivant seulement une heure avant le début des hostilités (17h30), je dégotte une superbe place centrale dans la fosse. Étrange, vous dîtes ? Ça l’est clairement; mais il s’agit peut-être des habitudes Anglo-saxonnes, allez savoir. Il pleuviote jusqu’à cinq heures, puis ça s’arrête – ce qui, sachez-le, n’a aucune signification concrète pour un Dublinois. Mais à vrai dire, il n’a pas plu jusqu’au lendemain. Incroyable. J’ai pourtant craint le pire au cours de la performance du groupe initial de la première partie, Glasvegas, qui n’avait tout simplement rien à faire à Marlay Park en ce glorieux 13 août. Composée de chansons fades, sans relief et se ressemblant toutes, la musique paresseuse de ce gang à lunettes noires n’a en tout cas aucun rapport avec le style pêchu de Matthew Bellamy et consorts. Trois quarts d’heure à mettre de côté. La bonne surprise vient cependant de Kasabian, une formation de rock alternatif originaire de Leicester déjà plus établie et armée de deux albums extrêmement prometteurs. Le public, Irlandais en majorité, s’enflamme dès les premières notes de leur dernier single, Empire . Le chanteur, joliment mégalo mais aussi chauffeur à souhait, nous laisse presque épuisés aux alentours de vingt heures trente. Muse mettra une demi-heure pour pointer le bout de son nez.

muse3À neuf heures, donc, place à une minute de silence total, qui s’accompagne de plusieurs jets de fumée, puis des premières notes d’une hallucination longue de deux heures. Plusieurs choses semblent évidentes d’entrée de jeu: Muse veut imposer sa présence avant même d’apparaître, prouver que Kasabian ne sont encore que des rookies, et que l’Irlande, c’est toujours chouette d’y retourner. Fond musical apocalyptique, déferlante de lasers et satellites géants postés le long de la scène, encore plus de fumée, tout y est. Howard, Bellamy et Wolstenholme débarquent presque discrètement au milieu des tornades de lumière, s’emparent de leurs instruments et débutent avec Map of the Problematique . La fameuse chanson  » dépêchemodienne  » constitue peut-être l’apogée du morceau d’ouverture pour le groupe, tant elle sait retranscrire l’atmosphère hallucinée qui règne encore sur Marlay Park à cet instant-là. Suit Supermassive Black Hole, punchy à souhait, mais cependant très identique à la version studio, puis la sublime (et inattendue) Dead Star, qui s’accompagne d’une rafale de lasers vert fluo, absolument léthale pour toute personne un tant soit peu épileptique. Le summum de la brutalité orgasmique arrive juste après, avec la désormais célèbre New Born, véritable chef d’oeuvre du rock moderne et indéniablement l’un des morceaux live les plus efficaces jamais composés. La violence dans la fosse fait rapidement défiler les âmes sensibles vers la sortie, même si elle n’atteint jamais la dimension malsaine que j’avais pu connaître à Marseille en 2003. L’épuisement post- New Born, voué à devenir une expression courante, empêche le public d’apprécier pleinement la pourtant jouissive Hysteria, qui s’est d’ailleurs vu offrir un lifting sur scène depuis la tournée Absolution . Pour celle-là, on se contentera de chanter en choeur et de lever les bras.

Suit un Butterfly and Hurricanes décevant car trop sage, puis le deuxième point culminant de la nuit après New Born : Feeling Good . Là encore un morceau pas forcément attendu, et donc accueilli triomphalement, même si l’interprétation n’eut rien de transcendante. La mainmise de l’album Origin of Symmetry s’affirme encore plus dans la foulée, avec Space Dementia, démentielle et pour cause, puisqu’elle aussi surprend par sa présence. Sur celle-ci, Matthew s’emporte, en fait des tonnes, sa voix part dans tous les sens – mais c’est du bonheur à l’état pur. Drum n Bass, duo sympathique, a le mérite de mettre un avant un bassiste jusqu’ici anormalement discret, qui en profite d’ailleurs pour sortir de ses rêveries. Invicible est sans surprises, Bliss a l’effet d’une bombe H comme à son habitude, et Time is Running Out s’insère parfaitement dans son sillage: moins bestial, plus en maîtrise de soi. L’effet d’un souffle arctique dans une enceinte transformée en four. Stockholm Syndrome a bâti une solide réputation live, qui se traduit ici par un pogo interminable certes monstrueux, mais qui ruine aussi les chances de Take a Bow, pourtant un morceau de qualité. Les lasers jaillissent de nouveau. Muse disparaît pour la première fois.

muse2Les voix abîmées de la fosse finissent par obtenir le retour de Bellamy, qui débute Starlight . Cette chanson m’énerve, et n’a que peu d’intérêt en live si ce n’est satisfaire les groupies, donc je passerai. Plug in Baby, par contre, déchaîne à nouveau la foule. Sans réelles surprises mais tout à fait bienvenue, d’autant que le refrain s’accompagne du fameux lancer de ballons – nous ne parviendrons à en renvoyer qu’un seul, la faute à des vigiles excessivement goguenards (l’un d’entre eux faisait même du headbanging). Le deuxième rappel annonce une fin en apothéose avec Man with a Harmonica puis Knights of Cydonia, dont l’épique presque démesuré se transforme vite en épopée scénique. Il n’y avait vraiment que cette chanson-là pour donner au public un dernier coup de fouet après cent vingt minutes d’une rare intensité – six minutes de cocaïne sonore. Au beau milieu du plus assourdissant des brouhahas nocturnes, Muse se retire presque aussi discrètement qu’il était entré. Un final plutôt classe, qui contraste énormément avec celui d’ Hullabaloo et démontre peut-être un gain de maturité.

Le concert de Marlay Park s’est déroulé d’une telle façon que seul un épouvantable looser rabat-joie pourrait le qualifier de décevant. Hormis l’anecdotique Glasvegas, tout s’est déroulé (presque trop) parfaitement. Kasabian a fait sensation, contraignant Muse à rendre une copie sans tâche, ce que Bellamy et ses deux comparses ont accompli sans flancher. Au chapitre des regrets, on notera quand même l’éviction complète de l’album Showbiz, l’absence de Citizen Erased malgré son aura indéfinissable sur scène, et enfin – un fait suffisamment rare chez Muse pour le souligner – le grand n’importe quoi dans l’organisation des morceaux. J’espère que personne ne prendra mal l’affirmation suivante: Blackout en live, c’est surtout fait pour souffler après des ouragans comme Stockholm Syndrome . Sauf qu’il n’y avait pas de Blackout, ni d’ Unintended, ni de Solider’s Poem . À la place, des combos effrayants comme celui s’étirant de Map of the Problematique à Feeling Good . S’il fallait être un athlète pour survivre en cette héroïque soirée du 13 août, gageons qu’une telle setlist a indirectement contribué à l’aspect imprévisible du spectacle, et ainsi décuplé son ampleur. Quoi qu’on pense de Muse en 2008, le groupe reste une authentique expérience live. Dès le lendemain, on n’attend plus que la fin du monde. La vraie.

Partager !

En savoir +

Setlist

01. Intro
02. Map Of The Problematique
03. Supermassive Black Hole
04. Dead Star (lasers)
05. New Born
06. Hysteria
07. Butterflies & Hurricanes
08. Feeling Good
09. Space Dementia
10. Drum n Bass
11. Invincible
12. Bliss
13. Time Is Running Out
14. Stockholm Syndrome
15. Take A Bow (lasers)
16. Starlight
17. Plug In Baby (ballons)
18. Knights Of Cydonia

8 commentaires

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires
  1. 1
    le Mardi 2 septembre 2008
    Candice a écrit :

    Moi qui étais un peu blasée de Muse depuis le dernier album, tu m’as mis l’eau à la bouche!! :)

  2. 2
    le Mardi 2 septembre 2008
    Rukawa a écrit :

    moi non plus, je ne connaissais pas Glasvegas.
    Malheureusement, je n’ai pas envie de les connaître d’avantage, ils ne m’ont laissé qu’une impression d’ennuie, au contraire de Kasabian.
    Le chanteur se prenait un peu pour Jésus, à force de faire la croix et çà a payé, il n’y a pas eu de pluie de la soirée, Muse l’a écartée comme l’avait fait Moïse avec la mer Rouge.
    A part çà, le concert, génial, le peuple en redemande.

  3. 3
    le Mardi 2 septembre 2008
    Magaly a écrit :

    Merci, grâce à ton article j’ai pu revivre cette magnifique soirée ^^
    La bonne surprise est venue du groupe Kasabian, on ne pouvait rêver mieux comme première partie pour mettre le feu avant l’arrivée de Muse.
    Maintenant je n’attends qu’une chose, c’est de revoir encore une fois ce trio anglais (en Belgique par pitié..)

  4. 4
    le Mardi 2 septembre 2008
    Arno Mothra a écrit :

    Enfin quelqu’un qui n’aime pas « Absolution » !

    Evidemment, tu donnes monstrueusement envie de les voir en live, par contre en regardant la set list… Pourquoi « Showbiz » n’est jamais assez joué ? Il restera avec « Black holes and revelations » leur meilleur album. Dommage.

    Ceci dit, Dead star… Belle surprise !

  5. 5
    le Mardi 2 septembre 2008
    Ren a écrit :

    Je mettrais volontiers Absolution à la dernière place du classement. Par contre Origin of Symmetry.. au moins en live, ça n’a pas d’égal. C’est le seul album, je pense, qui contient encore des chansons « in-injouables » en live – New Born, Plug in Baby et Bliss.

    Ceci, j’étais convaincu jusqu’au 13 août que Muscle Museum était « in-injouable » :o ) Showbiz absent, à ce point (!), un message du groupe peut-être?

  6. 6
    le Mardi 2 septembre 2008
    Cécile a écrit :

    Ton article met plus que l’eau à la bouche, c’en est presque rageant de ne pas y avoir assisté!
    J’ai énormement envie de les revoir, et une grosse nostalgie du concert à Marseille me prend la!

    En tout cas l’absence de « showbiz » est surprenant, car avec Origin of Symmetry il est pour moi un album exceptionnel…

  7. 7
    le Mardi 2 septembre 2008
    Pascal a écrit :

    Très très bon live report… On s’y croirait ! Pour avoir du voir le groupe en live à presque chacune de leur « période », cette démesure leur sied à merveille.

    Surtout qu’ils commencent à avoir un solide répertoire qui leur permet une liberté quasi totale dans leur set-list.

    J’ai juste été un peu déçu par Harp, le CD/DVD de leur live à Wembley. Commencer par Knight of Cydonia ??!! Quelle idée, surtout que ce titre constitue le final idéal de tout concert. La setlist de ce concert irlandais m’apparait bien meilleure…

    Et, je te rejoins également sur l’absence de titres de Showbiz

  8. 8
    le Lundi 8 septembre 2008
    Sara a écrit :

    ça fait envie!!! Je savais que le fait de rater Muse en Irlande allait m’énerver mais grâce à toi j’ai au moins eu un magnifique compte rendu. La prochaine fois j’en serai.

Réagissez à cet article