mùm à la Maroquinerie

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Concert à guichet fermé et Maroquinerie bondée d’amateurs néophytes ou avertis pour accueillir mùm, petits frères bubblegum des islandais de Sigur Rós, ainsi que leurs comparses de tournée, le groupe de post rock lunaire Landscape, signé sur le label indé Square Dogs.

mum1petitPlutôt que d’aller attendre 10h sur le bas côté de la rue de Rivoli, coincés entre une barrière, un fan en goguette et un vigile, dans l’espoir de choper éventuellement une place pour le concert secret de Muse, nous avons préféré en ce mardi 8 septembre nous diriger le coeur léger et le pas alerte vers La Maroquinerie, où se tenait le concert de mùm, groupe de Glitch Bubblegum Islandais, qui lui a l’avantage non négligeable d’avoir un égo que peut contenir une salle de petite capacité.

C’est à Landscape qu’incombe la tâche d’ouvrir la soirée. Celle-ci ne semble pas trop ardue étant donné que le groupe est quasiment en terrain conquis : généralement arrivé à mùm par Sigur Rós, Silver Mt Zion ou autres groupes du label Constellation, il n’est guère étonnant que le public rassemblé ce soir soit sensible aux intonations post-rock des petits français.

C’est donc dans une atmosphère calme et recueillie que le groupe entame sa prestation. Bien que le public soit complètement disponible, la pression et le stress se font sentir sur la première composition. Le groupe est concentré, peut-être trop même, rendant quelque chose de plus studieux que sensible.

landscapeHeureusement, le cap de la deuxième chanson passé, l’ambiance se détend et laisse place à tout ce que l’on aime retrouver dans cette musique : voix sur le fil à la Thom Yorke, guitare sèche en arpèges déliés à la Silver Mt, envolée de guitares électriques aériennes à la Sigur Rós, basse et violoncelle qui assurent chaleur et profondeur et un zeste de clavier de Syd Matters (avec qui le groupe à d’ailleurs travaillé sur l’album With a Little Help from my Friends, que nous conseillons d’ailleurs vivement aux amateurs des groupes cités, et aux autres aussi d’ailleurs).

Petits frissons, larmichette qui monte, on se laisse embarquer dans cet univers lunaire et mélancolique, au point de ne pas remarquer l’absence de batteur, qui pourtant est un pilier des compositions «post ». Ce n’est pas une première partie mais un concert à part entière, qui s’enchaîne parfaitement avec les guests de mùm, sorte de Beirut islandais qui meublent en attendant la suite.

Légers, décomplexés et ravis d’être là, les membres de mùm débarquent ensuite sur la scène de la Maroquinerie la fleur au fusil. On a un peu l’impression d’une grand colonie de vacances scandinave, complètement perchée, qui aurait monté un atelier fanfare avec les moyens du bord : boites de conserve remplies de billes, flutiots, mélodicas, harmonicas et micros scotchés dans des endroits improbables.

mum2Tout objet semble être une magnifique excuse pour faire un barouf monstre et pour inventer les sonorités les plus improbables : les cliquetis et clapotis de Go Go Smear the Poison Ivy ou les crissements et craquements de Summer Make Good . Cependant, il ne faut pas se fier à leur apparence de Pierre et Vacances venu du froid : ils assurent carrément musicalement et envoient vraiment du gros son. Déjà, ils nous prouvent que tout ce que nous pouvons entendre sur l’album peut être refait en condition de live : pas de grosse production qui efface, remplace et gomme les imperfections de l’enregistrement.

Puis ils nous montrent que chaque chanson est en mouvement permanent, vouée à être réinventée à chaque concert. Pas une composition studio n’est reprise à l’identique sur scène, au point de reconnaître les morceaux seulement au bout de 6 minutes d’introduction. Finalement, ils nous offrent un beau moment de partage : énergie, bonheur, amusement ou sensibilité, ils donnent sans compter, sans réfléchir.

Résultat : on sort de là avec le sourire aux lèvres, des frissons plein la colonne vertébrale et le sentiment d’avoir traversé le pays des Bisounours Ikéa (oui, on sait, Ikéa c’est suédois). Au rococo bruyant de Muse nous avons préféré l’expérimental baroque de mùm, et entre nous on a bien fait : moins cher, moins prétentieux, plus intimiste, plus poignant, on en fait encore des rêves tout roses la nuit.

Crédit photos : Mitch (http://www.flickr.com/photos/staircasewit)

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A propos de l'auteur

Image de : Mercy Seat n’aime pas trop s’exposer. C’est mauvais pour sa peau de toute manière. Elle préfère se terrer dans les coins obscurs des salles de cinéma de quartier et les recoins des salles de concert. Qui sait sur quelle perle rare elle pourrait tomber au détour d’une rétrospective : un Scorcese inédit, la Nuit du Chasseur en copie neuve, Sailor et Lula redux ? Elle chine par-ci par-là des bouts de Nick Cave et de Johnny Cash, de Queens of the Stone Age et de White Stripes, rêve d’un endroit qui ressemble à la Louisiane (mais en moins chaud), et pense que si Faulkner et Shakespeare avaient vécu à notre époque, ils auraient fait des supers films avec Tarantino et Rodriguez.

5 commentaires

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  1. 1
    le Vendredi 11 septembre 2009
    Eric a écrit :

    En lisant votre chronique, je me pose cette question: Quel rapport avec Muse ? J’ai écouté Mum, personnellement je n’aime pas, même si je leur reconnais un style unique et une créativité débordante. Mais, pour en revenir à Muse, si je n’apprécie pas leurs fans décérébrés qui hurlent au génie dès qu’ils pètent, je n’aime pas plus leurs détracteurs chroniques qui, quoi qu’ils fassent, se borneront à leur cracher dessus. Pour ma part j’aime beaucoup leur dernier album, belle prise de risque avec un lyrisme débordant et revendiqué. Après, ça reste du Muse, soit on aime, soit on aime pas. Mais quoiqu’il en soit, les avis, c’est comme les trous du c…, tout le monde en a un. Si vous pouviez respecter celui des autres et vous montrer moins péremptoires (« rococo bruyant », »prétentieux ») , vous en ressortiriez grandis !

  2. 2
    le Samedi 12 septembre 2009
    Dauer a écrit :

    Très beau résumé !!J’ai eu la chance de les voir à strasbourg et effectivement l’après concert on sort remplis de frissons partout (encore maintenant d’ailleurs ! Est ce normal docteur ?).

  3. 3
    le Samedi 12 septembre 2009
    Mercy a écrit :

    Diagnostique complètement normal! D’ailleurs si je puis me permettre, je te prescris une double dose de Mùm en comprimé, a consommer sans modération dès que l’envie te prends.

  4. 4
    le Mardi 15 septembre 2009
    Dauer Maxime a écrit :

    Très bon diagnostique ! La double dose me fait le plus grand bien :) Merci doc

  5. 5
    le Mardi 22 septembre 2009
    Pol a écrit :

    Bon résumé de la soirée, auquelle j’ai assisté avec plaisir.
    Par contre il est évoqué Summer Make Good, qui possède sont petit lots de craquement il est vrai mais n’a en revanche pas du tout était exploité lors de ce concert (même pas le moindre morceau).
    Contrairement au jouissif et tout nouveau Sing Along to Songs You Don’t Know.

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