Mr Jones

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Qui n'a jamais espéré pouvoir changer ses souvenirs, ou du moins quelques uns ? Qui ne s'est jamais retrouvé comme deux ronds de flan face à un trou de mémoire aussi profond que le cran Canyon ? Et puis, que se passerait il réellement si ces vides seraient comblés avec des souvenirs qui ne sont pas les nôtres ? Une jolie flopée de questions auxquelles Élise Vigor tente de répondre en mettant en scène la pièce de Pascale Petit, Mr Jones.

jonesPour ceux qui on déjà eu l’occasion de rentrer au Théâtre des Deux Rêves, je pense qu’ils comprendront lorsque je parle d’atmosphère… intimiste. Le premier rang colle la scène qui ne doit pas excéder les trois mètres de profondeur, mais qu’importe, le public et les acteurs sont là pour que naisse le théâtre et le spectacle peut commencer.

Évidemment vu la fable de la pièce (l’idée qu’un homme tombe littéralement dans un trou de mémoire) on s’attend à quelque chose d’assez farfelu, et la subtilité de chaque personnage n’apparaît pas tout de suite. Monsieur Jones lui, c’est facile: costar cravate, une tête de débarqué mal luné et le soupir constant du petit garçon qui a perdu quelque chose. Mais les images ne sont pas toujours aussi claires lorsqu’il s’agit du Trou de mémoire en personne (joué par une grande brune aux allures de gamine), des Didascalies (incarnées par deux danseuses en jupons féériques et au sourire de bonne marraine) ou des Triplettes chargées de reboucher les trous de mémoires, qui s’apparente ici à trois danseuses contemporaines. Toutes de blanc vêtues nos demoiselles enchainent les jeux de contacts et de portés, dans une fluidité qui ne gène en rien le texte qu’elles assurent le plus naturellement du monde face au pauvre Monsieur Jones qui semble toujours aussi perdu. Les éléments chorégraphiques de la pièce font d’ailleurs preuve d’un niveau technique qui ne dénote pas, chaque intervention des Didascalies se soldant par une courte chorégraphie, légère et envolée, à l’image de leur personnage.

Mais les trous de mémoires ne cachent pas que des images caressantes et candides, il fallait bien un méchant pour faire avancer tout ça: le trafiquant. L’allure leste et le sourire vendeur, notre commercial embobine le pauvre Monsieur Jones qui fini propriétaire d’un souvenir de croisière et de grand reporter dans le désert du Kalahari. C’est là que le farfelu tourne à l’absurde, et on adore.

_dsc6139Les personnages se succèdent mais ne se ressemblent pas, emmenant notre protagoniste dans une valse endiablée ou chacun y va de son grain de folie. Le désert du Kalahari nous dévoile par exemple une nymphomane dépressive lassée de voir défiler tous les grands reporters ratés qui ont acheté le même souvenir; et quant à la fameuse croisière, elle tourne vite au drame et nous laisse Monsieur Jones ligoté dans la cale du bateau.

Heureusement qu’au milieu de ce bazar gentillement déjanté, l’ancienne collaboratrice du trafiquant garde encore l’espoir de stopper les arnaques du son ex-patron. Alors comment le trafiquant en est-t-il arrivé à revendre des souvenirs défectueux au lieu d’apporter son aide ? Monsieur Jones sortira-t-il un jour du trou de mémoire ? Qu’adviendra-t-il du trafiquant lorsqu’il aura été arrêté ? Des questions qui obtiennent leur réponse un peu trop vite, la fin tombant comme si l’éditeur n’avait pas eu assez de papier pour finir en beauté ce délire éveillé.

Pleine de fraicheur et très bien menée par une équipe qui semble aussi frappée que les personnages qu’ils incarnent, Monsieur Jones est une pièce à voir et qui, mine de rien, vous laisse sortir du théâtre avec le soulagement discret d’être sûr d’avoir ses souvenirs, et bien les siens.

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A propos de l'auteur

Image de : J'ai atterri à Paris à mes 18 ans pour ma licence en art du spectacle chorégraphique. La danse, ou plutôt les danses sont en effet ma passion, aussi bien dans la pratique que sous leur aspect théorique. J'aime observer, analyser, comparer et essayer de comprendre, mais étant danseuse et comédienne avant tout, je sais aussi qu'il n'y a aucune vérité de jugement au niveau de l'art, il n'y a que des points de vue. Je reviens juste d'une année sabbatique qui m'a conduit entre San Francisco et Los Angeles et je m'apprête donc à continuer mes études avec un master en études théâtrales (le but étant d'intégrer un master pro en journalisme culturel l'année prochaine).

1 commentaire

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  1. 1
    le Vendredi 28 novembre 2008
    Nereide a écrit :

    Une petite note pour éclaircir donc la fin de Mr Jones. A l’origine, Pascale, l’auteur, avait arrêté la pièce sans donner aucune explication, on voyait Mr Jones dans un souvenir rayé et c’était tout. Mais l’éditeur (L’Ecole des Loisirs, maison d’édition destiné aux jeunes publics, enfin surtout aux professeurs et instituteurs) a demandé qu’il y ait une « vrai » fin avec une sorte d’explication, un dénouement clair et précis. c’est ce qu’a fait Pascale et c’est peut-être la raison de ce sentiment de fin trop rapide.

    PS : Les Souffleurs ne sont pas vraiment les didascalies car nous n’avons pas vraiment suivi celles de l’auteur. Nous avons décidé de donner un rôle plus important aux Souffleurs, c’est pourquoi ils sont le lien dans le trou de mémoire, et qu’ils sont présents à chaque scène. Après, je comprends qu’on puisse les apparenter à des didascalies. C’est juste que je suis tatillonne ! :=)
    Merci en tout cas pour cette analyse, ça nous fait avancer !

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