Morse

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Enfin du sang frais chez les vampires ! C’est vrai qu’entre les mièvreries sirupeuses de Twilight et l’indigeste (re-)retour d’Underwold, on avait plus grand-chose à se mettre sous la dent. Heureusement, Morse fait souffler un vent de nouveauté sur le genre. Un air frais qui vient du froid. Ouf, on respire enfin !

Oskar est un adolescent solitaire, que les quelques brutes de sa classe ne cessent de martyriser. Un jour, Eli, une jeune fille étrange et noctambule devient sa voisine, tandis que dans la banlieue de Stockholm ont lieu des disparitions mystérieuses et des meurtres sanglants.

La morsure du froid

morseimageLa nouveauté dans Morse , c’est le regard que porte le réalisateur Tomas Alfredson sur le mythe du vampire. C’est un regard froid et glacial : aucune sympathie ni aucune empathie envers les créatures de la nuit, mais une distance toute en retenue. La caméra dépouille complètement le mythe de sa dimension fantastique et ne filme que l’insatiable soif et la violence des pulsions à assouvir. Ce vampire-là est bien plus proche du tueur en série que de la chauve-souris, de l’homme que du mythe.

En effet, c’est une violence réaliste et humaine qui se reflète dans les actes meurtriers de la jeune Eli. On est beaucoup plus près des atmosphères glaciales de Jar City que de la flamboyance baroque de Dracula de Coppola . Les pulsions meurtrières de la jeune fille ne sont d’ailleurs que le corollaire d’une autre violence. Et si elle n’a rien à envier aux attaques sanguinolentes d’Eli, elle n’en reste pas moins complètement humaine : violence physique des gamins envers Oksar, violence verbale du voisin envers sa femme, pulsions vengeresses d’Oskar. La violence est humaine, donc, et Eli en est seulement le reflet fantasmagorique. Elle est le miroir en acte de la violence en puissance du jeune Oskar à qui elle confie : « la différence entre toi et moi, c’est que toi tu n’es pas encore passé à l’acte. ».

Pas de croix, pas d’ail et d’eau bénite non plus, juste la morsure acerbe du froid qui rappelle que du monstre à l’homme il n’y a qu’un pas. Il n’hésite d’ailleurs pas à le franchir, à la manière d’Eli qui franchit le seuil de l’appartement d’Oskar. (Scène magnifique d’ailleurs qui donne son titre original au film : Let the right one in, hommage à Morrissey )

Neiges éternelles

Cette violence est d’autant plus frappante qu’elle contraste complètement avec l’atmosphère cotonneuse et quasi-lymphatique du film (meurtre rouge sur fond blanc). La neige et la nuit de l’hiver suédois offrent une toile de fond idéale au thriller fantastique (quoi de mieux pour un vampire qu’un pays où il fait nuit la moitié du temps ?). Tout semble recouvert d’un épais linceul qui pèse comme une chape de plomb sur les individus. Bloqués dans un temps sans temps, ils sont aussi morts que vivants, mais contrairement à Eli, ils ne le savent pas.
Dans ce quotidien insonorisé et anesthésié, les seuls bruits qui déchirent le silence sont les crissements des pas dans la neige et les crampes d’estomac d’Eli.

Croquer la vie.

Du coup, tous les moyens sont bons pour se sentir vivant, même jouer avec sa propre vie. C’est le risque pris par Oskar. Et paradoxalement, c’est quand il est aux côtés d’Eli qu’il se sent le plus vivre : une simple caresse, un simple baiser (ensanglanté certes) suffisent à briser la glace et à lui faire monter le rose aux joues. Eli est d’ailleurs la seule qui lui montre des preuves physiques d’affection : la mère se contente d’un regard complice autour du lavabo et le père partage plus avec son eau-de-vie qu’avec son fils.

Finalement, Morse est un film qui met en lumière les aspects essentiels de la vie : quoi de plus simple et de plus vital que l’amour pour survivre ? Cela paraît niais, mais sous l’oeil de Tomas Alfredson, cela devient juste beau. On ne voit plus que deux êtres, deux marginaux que les instincts rapprochent. Instincts de mort ou instincts de vie, peu importe. Le sang échangé pendant le baiser est autant le sang de la mort que le sang de la vie, celui d’une promesse qu’on renouvelle : celle de toujours croquer la vie à pleines dents, toutes pointues qu’elles soient.

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A propos de l'auteur

Image de : Mercy Seat n’aime pas trop s’exposer. C’est mauvais pour sa peau de toute manière. Elle préfère se terrer dans les coins obscurs des salles de cinéma de quartier et les recoins des salles de concert. Qui sait sur quelle perle rare elle pourrait tomber au détour d’une rétrospective : un Scorcese inédit, la Nuit du Chasseur en copie neuve, Sailor et Lula redux ? Elle chine par-ci par-là des bouts de Nick Cave et de Johnny Cash, de Queens of the Stone Age et de White Stripes, rêve d’un endroit qui ressemble à la Louisiane (mais en moins chaud), et pense que si Faulkner et Shakespeare avaient vécu à notre époque, ils auraient fait des supers films avec Tarantino et Rodriguez.

6 commentaires

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  1. 1
    VIOLHAINE
    le Mercredi 4 mars 2009
    VIOLHAINE a écrit :

    Je viens de le voir et je trouve la comparaison avec Jar City très justifiée. Des constantes dans le cinéma scandinave ?
    C’est vraiment un joli film, dans le fond comme dans la forme. La lumière et les couleurs, l’ambiance sonore, le jeu des acteurs, les différentes étapes subies par les personnages… Tout confère une beauté diaphane et diffuse !

  2. 2
    le Lundi 9 mars 2009
    Eymeric a écrit :

    J’ai également adoré, j’ai également retrouvé une autre constance dans la mise en scène: les jeux avec les vitres et les cloisons qui servent à protéger les personnages du monde extérieur comme Oskar des agressions et qui se retrouvent également dans la bande son éttouffée. Les murs de la maison, c’est bien connu, protègent également des vampires puisque un vampire qui n’a pas été invité dans une maison ne peut pas y entrer.

  3. 3
    VIOLHAINE
    le Lundi 9 mars 2009
    VIOLHAINE a écrit :

    J’ai vu qu’un remake était (déjà !!) en prévision.

    http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=141529.html

    Un remake AMERICAIN, of course…
    *sigh*

  4. 4
    le Dimanche 15 mars 2009
    Eymeric a écrit :

    Qui va dénaturer le film of course, comme lorsqu’ils s’attaquent aux films japonais!

  5. 5
    le Dimanche 15 mars 2009
    IronJ a écrit :

    Manquerait plus que ce soit Michael « demolition man » BAY aux commandes ! lol

  6. 6
    VIOLHAINE
    le Lundi 16 mars 2009
    VIOLHAINE a écrit :

    Bah c’est Matt Reeves (Cloverfield) qui le réalisera, tout n’est donc pas perdu mais…
    Rien que pour le principe ça m’énerve !!

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