Mois Multi 2009 – Chocs et détournements

par Christiane Vadnais|
Le 12 février dernier s’ouvrait à Québec la 10e édition du Mois Multi, festival d’arts multidisciplinaires et électroniques qui rassemblera une quarantaine d’artistes du Québec et de l’étranger. D’un gant musical au spectacle d’un Minotaure en rut, le festival de l’inclassable rassemble jusqu’au 1er mars son lot d’étrangetés et d’intrigues.

fondSous le thème «  Prothèses et autres prolongements  » se révèlera la fine pointe de l’art contemporain et l’une de ses obsessions : la relation du corps à l’oeuvre technologique. «  C’est un clin d’oeil aux artistes qui construisent des apparatus qui transforment leur corps, l’enveloppent, le capturent presque, explique Émile Morin, directeur artistique de l’événement, à propos de ce thème au vocabulaire médical. Ce sont des outils qui changent notre manière, comme spectateur, d’être face à leur oeuvre. C’est une extension du corps et un détournement de notre système perceptif.  »

C’est dans cet esprit que s’est ouvert le festival, avec L’imperméable de la performeuse Diane Landry . Suspendue dans un immense costume de plastique transparent, elle a laissé une bulle d’une étrange beauté gonfler autour d’elle pour ensuite faire balancer son corps captif, tel un pendule, sous une pluie de sable. L’ère des prothèses et prolongements se poursuivra le 14 février avec la présentation de An historical moment on a line between a and b, de Laetitia Sonami, performance audio où un gant sert d’instrument de musique.

Dans les oeuvres à ne pas manquer, on compte la ReacTable du Catalan Sergi Jordà, sur laquelle le déplacement de petits objets produit un concert électroacoustique, permettant la création d’une oeuvre collective par les spectateurs. Une performance de l’artiste sera aussi basée sur cet instrument ludique. «  Malgré la popularité grandissante de l’art sonore, il y a très peu de propositions intéressantes sur la lutherie, et la possibilité qu’elle donne au musicien d’utiliser son corps autrement qu’en manipulant une souris  », estime Émile Morin .

Bestialité contemporaine

_l5u4800_copieChaque année, le Mois Multi fait le pari d’un spectacle provocant. L’an dernier, l’expérience immersive Feed, de l’ Autrichien Kurt Hentschläger, avait fait un tabac grâce à beaucoup, beaucoup de fumée et des lumières stroboscopiques plongeant le spectateur dans un univers psychédélique et déroutant. Cette année, c’est le Barcelonais Marcel-lí Antúnez Roca qui risque de faire courir les foules, avec Hipermembrana et Epizoo, deux performances violemment déstabilisantes.

Epizoo transforme le spectateur en bourreau, lui permettant de contrôler le costume que porte le performeur et d’ainsi lui infliger des « déformations corporelles ». Dans Hipermembrana, trois performeurs se servent du mythe du Minotaure pour mettre en lumière la bestialité humaine. L’univers est orgiaque, visqueux, palpitant et chaud, peuplé de sexes géants. De quoi mettre le spectateur mal à l’aise ? «  Je ne sais pas encore comment ça va réagir, mais je sais qu’on va s’en souvenir  », de dire le directeur artistique avec un sourire en coin. Certes, il affirme ne pas avoir sélectionné le projet pour son caractère dérangeant, mais pour sa singularité : «  C’est une proposition plastique, très brute, quasi de la peinture vivante, décrit Émile Morin . Cette oeuvre ne correspond pas à l’esthétique léchée et cinématographique qu’on retrouve souvent en arts électroniques.  »

Maturité électronique

Cette édition marque les 10 ans du festival, que l’on célèbrera après la virile performance d’ Antúnez Roca, le 18 février. Bilan du chemin parcouru ? «  Pour moi, c’est clair, il y a une évolution, quoique nous nous en tenions aux impératifs initiaux  », s’exclame Émile Morin . La rencontre entre les arts multidisciplinaires, de plus en plus pratiqués, et une proportion grandissante d’art électronique reste l’horizon des organisateurs du festival.

Autre invariant : le défi de recruter des spectateurs pour un art somme toute peu médiatisé. «  L’art vivant est mal couvert par les médias, sous prétexte qu’on ne sait pas à quel public ça s’adresse  », dénonce le directeur artistique. Bien qu’ayant atteint les 15 000 visiteurs lors de la dernière édition, en majorité des jeunes, le Mois Multi peut faire mieux, croit Émile Morin, à condition que les pouvoirs publics lui en donnent les moyens. «  Certains pays, comme l’Allemagne ou l’Autriche, où l’on trouve la Transmediale et Ars Electronica [événements incontournables en art électronique], mettent une grande portée sur les arts actuels. Ils ont décidé que la manière à adopter pour qu’il y ait un renouvellement de l’art, c’est d’en appuyer la plus fine pointe. [.] On peut approcher ces arts avec plus d’avidité, car ils nous nourrissent tous.  »

La programmation complète est disponible sur le site Internet de l’événement.

Crédit photo : courtoisie, Mois Multi

Hipermembrana, du Barcelonais Marcel-lí Antúnez Roca, évoque le mythe du Minotaure dans une performance qui s’annonce troublante par sa mise en scène d’une virilité brute.

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