Mogwai | L’Olympia | 3.02.2014

par |
Peu après la sortie de Rave Tapes, le groupe investissait la scène de l'Olympia de ses crescendos soniques.

Rave Tapes, le dernier album de Mogwai, est une évidente déception. La première depuis la formation même de ce groupe de Glasgow, en 1995. Cependant, si l’on sait quelque chose à propos des Écossais, c’est qu’ils assurent sans discontinuité une certaine et douloureuse correction lorsqu’ils sont sur scène.  De longues plages de sons qui donnent le vague à l’âme et qui se chevauchent régulièrement vers d’imposantes distorsions s’élevant comme une poignée de colosses mélancoliques vers le ciel, portant à bout de bras un volume sonore édifiant. Alors, lorsque l’on a appris que le groupe allait diffuser son savoir à l’Olympia, après trois ans d’absence en France, il n’a pas été question de tergiverser, dernier album frustrant ou pas : il fallait en être.

Le groupe entame le set par Heard About You Last Night, et ça commence déjà assez mal : le volume est gringalet, et ne vaut mieux pas compter sur la débauche d’énergie du groupe pour rattraper cela. Le morceau, de toute façon, est à la base un poil chiant. On mise sur You Don’t Know Jesus, qui suit, pour véritablement souffrir et se faire scier les oreilles : n’y pense point, mon ami, car l’ingé son n’a pas encore touché au bouton de volume. C’est à partir de l’excellent I’m Jim Morrison I’m Dead que les choses se clarifieront, puisque l’intensité s’élèvera presque d’un coup, permettant à ce morceau de prendre une ampleur assez majestueuse, comme un dressement de l’âme, une vision lointaine et monumentale.

MOGWAI_0913_gullick_3578 1

C’est à partir de ce moment-là que la distinction se fera rapidement entre anciens et nouveaux titres : ceux de Rave Tapes, qui sonnent comme des bouts de carton, même si plus denses que sur album, et les anciens titres, lorsque Barry Burns lâche ses synthés et repasse à la guitare. Surtout que, comme à son habitude, le groupe fouille son répertoire pour en ressortir des morceaux que la plupart ont oublié, mais qui, pourtant, marquent carrément les esprits : le superbe et lancinant Small Children in the Background ou le fougueux Ithica. Mais c’est sur la fin du concert que les Écossais sortiront l’artillerie : Christmas Steps et son apothéose déchirante, suivi de Remurdered, qui prend enfin son envol en live avec un final puissant. Le rappel déroulera automatiquement une piste vers les cieux : How to Be a Werewolf, Hunted by a Freak, et une vingtaine de minutes de tournevis sonore avec Mogwai Fear Satan, final imposant et définitif.

Mogwai, en concert, n’est pas un groupe qui innove. Ce n’est pas un groupe que l’on va voir, observer dans l’intention de vivre dans le même mouvement de chaque membre exposé sur scène. Car de gestes il n’y a point, seuls quelques mimiques transparaissent, comme les yeux éteints du bassiste, qui se balance comme une pendule ou les douces contractions de Braithwaite à la guitare. Tout mise sur le son, sur la beauté de morceaux dont la force et la dimension prennent une autre envergure en live, et cette musique est taillée pour une surdose de volume, pour intensément l’explorer et prendre sa mesure, lyrique, épique et souveraine. Certes, depuis quelques années, Mogwai s’est assagi, a baissé sa garde, se ride quelque peu. Mais, sur une scène, le groupe livre et livrera indéfiniment la même performance : celle d’un groupe qui s’efface derrière sa propre musique et laisser respirer de grandes et longues cavalcades vers l’infini.

En première partie, il y avait Forest Swords, excellent projet de Matthew Barnes, dont le dernier album, Engravings, est récemment sorti sur Triangle Records. Trente minutes de navigation en pirogue à couper du bambou, un immense joint dans la bouche. Un bassiste et un mec aux machines qui se font face dans le noir le plus complet, seulement illuminés par quelques projections pour une base dub à la force tranquille. Le duo repasse le 5 avril prochain au Point Ephémère, on y sera.

Crédits photo : Steve Gullick

Partager !

A propos de l'auteur

Image de : (a + b)² = a² + 2ab + b²

Aucun commentaire

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires

Réagissez à cet article