Mogwai : Rave Tapes

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Au bout de vingt ans de carrière, les Écossais Mogwai sont toujours dans la course, et reviennent avec un huitième album studio : Rave Tapes. Rencontre avec le groupe et verdict sur ce nouveau jalon d'une carrière bien fournie.

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Lorsque l’on rencontre John et Stuart, de corvée promo pour la sortie de ce nouvel album, ceux-ci nous annoncent d’emblée la charge de travail accumulée tout au long de cette année 2013 : « Ça a été une année très occupée et rien ne s’est mal passé, on espère que ça va continuer l’année prochaine. On va encore être bien occupés, mais on ne peut pas se plaindre de cela ». Quid de leur état d’esprit à l’orée de l’année 2014, juste devant eux ? « Calmement optimistes », nous répondra John.

Rave Tapes est donc le huitième album studio pour Mogwai, groupe relativement affairé ces dernières années puisque les Écossais ont sorti pas moins de quatre albums, trois singles, deux EPs et un album live depuis le début de la décennie, tout en se produisant aux quatre coins du monde afin de promouvoir cette pelletée de nouvelle musique.

Depuis Mr. Beast, sorti en 2006, Mogwai se la joue de plus en plus tempéré : moins de murs de bruit, de montagnes russes et d’expérimentations agressives pour des morceaux au format plus court et plus classique, sans toutefois laisser de côté leur talent pour construire des mélodies qui jaillissent et prennent corps dès la première écoute. Plus de longues cavalcades vers le soleil comme avant ; John ironise d’ailleurs en évoquant le fait que le groupe passe, sur tous les morceaux de Rave Tapes, en dessous de la barre des sept minutes : « Oui, on manquait d’idées… ». Avant de redevenir plus sérieux : « Si on reprenait la même chose, ce serait juste moins bon. Si on avait un Mogwai Fear Satan à chaque album, on n’aurait pas l’impression de faire notre job correctement. Et si les gens veulent entendre quelque chose de ce genre : (chuchotant) ils peuvent mettre Mogwai Fear Satan. Ou venir à nos concerts, on joue encore ce titre. » Le leitmotiv, comme pour chaque album, étant de réaliser « un bon album, qui soit aussi bon mais différent des autres ». Cependant, lorsqu’il prend du recul et se base sur la longévité du groupe, né en 1995, John relativise : «À nos débuts, penser qu’on serait encore un groupe 20 ans plus tard était ridicule. Maintenant, j’espère qu’on sera encore un groupe dans 20 ans ! ». Ce type de discours peut malheureusement s’avérer être à double tranchant : on gagne en maturité ce que l’on perd en fraîcheur, et cela ne réussit peut-être plus si bien que cela aux Écossais. Car, depuis ce Mr. Beast, le groupe tend à quelque peu se répéter et enclencher un mode automatique qui, s’il faisait encore effet sur les deux précédents albums (Hardcore Will Never Die But You Will et The Hawk Is Howling), n’amène plus vraiment, sur ce dernier LP, les frissons et l’éclatante luminosité que l’on est habitués à ressentir.

 

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Cela dit, si l’on doit distinguer Rave Tapes dans la discographie du groupe, on peut noter que celui-ci possède plus de sonorités électroniques, dû notamment à Barry Burns, en charge des synthés, qui se taille la part du lion sur cet album. Des morceaux menés par des sons synthétiques donc, mais qui ne modifient pas réellement les ambiances déjà croisées par le passé chez les Écossais. Car Rave Tapes constitue peut-être l’album de trop, celui qui n’entretient plus la passion et la puissance des mélodies comme précédemment. Si Mogwai a parfois pu sortir des albums un peu plus faiblards que les autres, ceux-ci étaient toujours sauvés par un ou deux titres qui sortaient franchement du lot. Ici, on ne trouve malheureusement que trop peu de fulgurances pour réellement capter l’attention. On pourra peut-être citer Remurdered, seul véritable pic d’intensité de l’album ou The Lord is Out of Control, jolie comptine qui clôt le LP. Le reste, s’il n’est pas désagréable, ne donne qu’une impression légèrement paresseuse d’un groupe qui se repose sur ses acquis et n’essaye plus réellement d’avancer. Les morceaux sensés donner la frousse s’avèrent un poil patauds (Hexon Bogon et Master Card) et le reste de l’album ne décolle malheureusement jamais vraiment : il manque cet engagement, cette fureur et cette justesse mélodique qui faisaient leur force.

Image de On pourra tout de même se consoler grâce à la version deluxe de l’album, objet de qualité supérieure comprenant un livret de photos prises lors des sessions studio. Cette boxset est née de la relation entre le groupe et un ami photographe de longue date : « Nous avons un ami qui est un bon photographe, nous avons une longue histoire d’amitié avec lui. Je pense que les gens sont intéressés de voir ce qu’il se passe en studio ! (rires) ». John ajoute d’ailleurs que si le groupe a décidé de sortir une boxset, c’est pour que les gens en aient pour leur argent: « Je pense que ça va plaire, c’est un bon photographe et les photos sont belles. Il est venu une ou deux journées. C’est quelqu’un qui nous a déjà shootés pour des photos de presse ». Un album qui sort sur le label du groupe, Rock Action : « On a déjà signé d’autres groupes sur ce label, comme Errors, et c’est pourquoi on a décidé de sortir notre album dessus, car il est actif ». John précise « On l’a créé pour sortir le premier single de Mogwai, mais ensuite, on a sorti d’autres groupes dessus car nous avions déjà des contrats sur d’autres labels. Mais comme nous avions un label fonctionnel, c’était mieux plutôt que quelqu’un le sorte pour nous ».

Au niveau de l’artwork même de Rave Tapes, conçu par le créateur DLT, John précise que le graphisme de la pochette résulte principalement d’un échange: « On a compilé quelques idées, on lui a envoyé et ensuite ça a été un échange. Les idées venaient principalement de lui, puis on tranchait ». Cela dit, pas de symbolique précise derrière ce design proche, pour Stuart, d’un flyer « d’Illuminati-techno », mais une simple proposition qui ressortait par rapport aux autres, « moins marquantes », selon John.

Si, dans le passé, on pouvait constater la progression entre deux albums, profondément différents l’un de l’autre (Young Team, dans la veine de Tortoise ou Sonic Youth, célébrant la jeunesse, et Come On Die Young, beaucoup plus sombre et désespéré à la Codeine ou Slint), les derniers albums de Mogwai tendent à se ressembler, à tel point que l’on pourrait intervertir les titres entre les LPs sans sourciller. En espérant que les morceaux de Rave Tapes prennent toute leur ampleur sur scène, comme souvent avec le groupe, offrant d’excellentes et stellaires prestations live. Stuart nous rassure d’ailleurs quant aux prochaines échéances live de 2014 : « On a fait quelques concerts la semaine dernière durant lesquels on a pu jouer les nouvelles chansons. On y arrive, encore quelques répétitions avant le nouvel album et ça devrait aboutir ». Le groupe ira peut-être même, pour la première fois, tâter l’Afrique: « Ce n’est pas encore totalement bouclé, mais on dirait que ça va arriver, ce serait dans un festival. Mais ce n’est pas tout ce que nous pourrons faire là-bas. C’est comme de dire qu’on a fait l’Europe car on a joué un festival. ». Mais même si le groupe se rattrapera très probablement sur scène, on ne peut se mentir : Rave Tapes constitue bien l’une des premières véritables déceptions d’un groupe habitué à nous ravir et nous donner le vertige depuis maintenant 15 ans.


Crédits photo : DR

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Mogwai, Rave Tapes (Rock Action / Pias), sortie le 20 janvier 2014.
En concert à Bruxelles (01/02 et 02/02), Paris (03/02), Nîmes (29/03), Lille (03/04).
Site web du groupe : http://www.mogwai.co.uk/

A propos de l'auteur

Image de : Depuis 2004, Julia parcourt les festivals et les salles de concerts en quête de sensations musicales fortes et affiche un net penchant pour la scène indépendante montréalaise, le folk, l'électro et le rock. Malgré une enfance biberonnée à la culture populaire des années 90, sa bibliothèque ITunes n'affiche presque rien entre 1985 et 2000. Repêchée trois fois par le vote du public, Julia anime désormais la rubrique Musique avec Pascal et Laura. "Discordance m'a sauvée". Mon blog / Twitter

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