Misteur Valaire : une valeur sûre

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Quelques heures à peine avant qu'il ne prenne possession de l'Alhambra avec ses compères, nous rencontrons Luis, chanteur et percussionniste de Misteur Valaire. De quoi parler musique, jazz, tournée, album, Céline Dion, poutine et clichés québécois, le tout, avec l'accent !

Misteur Valaire, c’est quoi, c’est qui ?

Nous sommes Misteur Valaire, un groupe québécois d’origine sherbrookoise. Nous avons grandi ensemble puisqu’on s’est rencontrés alors que nous avions six ou sept ans et nous avons tous commencé à faire de la musique vers cet âge là. Enfin, vers 12 ans, nous avons formé un quinquet de jazz auquel on a incorporé, au fil du temps, des éléments électroniques et hip-hop.

Et d’où vient le nom du groupe ?

Image de luis misteur valaire Quand nous étions plus jeunes, on côtoyait un mexicain qui s’appelait Carlos Ramirez qui était un pianiste classique virtuose qui voulait qu’on l’appelle Carl Valaire avec une espèce de français un peu de la vieille Europe, un peu inventé. On a décidé alors de lui voler son nom en lui disant « Carlos tu es Mexicain, calice ! Pourquoi tu abandonnes tes grandes fêtes mexicaines, tes pinatas et tout ça ? » et au final Carlos est resté mexicain.

Comment en êtes-vous venus au jazz ?

Certains d’entre nous étaient dans des écoles qui les formaient au classique et Jules et moi faisions de la batterie ; puis les quatre gars se sont retrouvés dans une école secondaire qui offrait une formation de jazz. Ils sont alors devenus des passionnés et je me suis joint à eux, après les cours, pour jouer des percussions. On a donc formé un quinquet pour le jazz, mais surtout pour jouer, même sans viser une carrière internationale : juste faire de la musique. Ça a beaucoup influencé notre parcours.

Et l’electro ainsi que le hip-hop, s’était pour séduire les filles ?

C’était surtout pour arrêter de jouer seulement devant nos parents ! Ça fait vraiment plaisir de jouer devant des gens qui réagissent et puis nous n’avons jamais été des vrais puristes de jazz : beaucoup de rock pour ma part et on a toujours tous beaucoup écouté d’électro et pop.

Vous avez la réputation d’être branchés sur du 220 volts lors de vos concerts. Il n’y a jamais eu de date où vous montez sur scène en trainant des pieds ?

Pourtant on est sur 110 volts chez nous ! (rires) Cela arrive que nous soyons vraiment très fatigués, mais, bizarrement, une fois sur scène, c’est fini. Je me souviens de mon enterrement de vie de garçon : on jouait à Québec le lendemain, les gars ont dû me transporter le matin jusqu’au camion ! Je me suis réveillé à Québec, je ne comprenais rien, j’ai vomi dans toutes les ruelles possibles de la ville et puis, curieusement, une fois sur scène, la fatigue était partie. Je n’étais pas au top non plus, mais bien !

Ce n’est pas votre première tournée en France, loin de là. Vous nous aimez ?

Après le Québec, la France est le deuxième territoire que nous avons travaillé sérieusement et nous aimons vraiment la France. Il faut dire que l’accueil y est plutôt remarquable que cela soit au niveau de la nourriture que du public. Je pense que notre musique fonctionne plutôt bien auprès des Français donc on est contents.

Il y a t il une vraie différence entre le public québécois et le public français ?

Il y a surtout beaucoup plus de monde en France. Tu peux arriver n’importe où dans le fin fond d’un champ en te disant qu’il y aura surement que trois ou quatre fermiers, mais en réalité, tu te retrouves à jouer devant deux ou trois mille personnes. Et, contrairement à ce que les gens peuvent penser, le public parisien n’est pas du tout chiant : touchons du bois pour ce soir ! Mais c’est vrai que comparé au public de Montréal, qui est notre public de base, c’est assez similaire : des gens heureux qui viennent nous voir pour le plaisir et cela transparaît.

Et Misteur Valaire dans un tour bus, ça donne quoi ?

Il y a des hauts et des bas : on varie entre les moments de folie, de fête et d’autres de sommeil profond, déprime et végétalisme.

Quel est votre meilleur souvenir de tournée ?

Il a toujours beaucoup de bons souvenirs en tournée, mais c’est vrai que cela a beaucoup fait jaser qu’on ait défoncé le plancher d’une salle de concert au Québec. On en a tellement entendu parler que c’est plus devenu une légende qu’un souvenir !

Et votre pire ?

Image de Misteur Valaire @ Alhambra, Paris | 05.05.11 Il y a des dates, justement en France, qu’on a faites avec des groupes qui n’avaient rien à voir avec notre musique, mais que nous faisions pour combler un vide entre deux autres concerts. Au final, tu joues dans une salle précaire, devant deux ou trois punks à chiens qui baissent leurs pantalons. Et tout le monde qui crie, mais pas dans la bonne direction, en attendant le groupe d’après.

Vous fonctionnez sur le mode « pay what your want » pour votre musique, d’où le « Misteur Valaire donne sa musique » et cela marche plutôt bien pour vous. Comment avez-vous décidé d’utiliser ce système ?

Notre manager au Québec, le frère de notre bassiste, travaillait dans l’industrie du disque, qui est devenu au fur et à mesure de moins en moins forte, comme on le sait tous. Il s’est tourné vers le web et ne souhaitait plus trop faire de la gérance de groupe. De notre côté, on commençait à avoir une petite carrière et il a trouvé le projet intéressant. Il a donc décidé de nous prendre sous son aile. On a beaucoup discuté et on est tombé d’accord sur le pay what you want, c’est quelque chose qui nous correspondait.

Penses-tu que le pay what you want est un système viable pour tous les groupes ?

Cela nous convient personnellement puisqu’on base tout sur le spectacle, qui est le plus gros produit qu’on a à présenter. Je ne sais pas si cela peut convenir à tout le monde, mais le principal c’est de trouver un moyen original de faire les choses.

Et votre regard sur la loi Hadopi mise en place en France ?

On ne cache pas que, pour nous, cela se passe bien, mais je ne pense pas que c’est en interdisant le téléchargement illégal, en créant un protectionnisme qu’on va sauver l’industrie de la musique. De toute façon, les disques ce vendent moins et je crois que la France s’en rend compte un peu après les autres pays. Il faudrait seulement à apprendre à mieux se servir du web, à trouver des solutions plutôt que vouloir restreindre tout cela.

Quel serait le meilleur duo à faire pour Misteur Valaire ?

Das Racist, un groupe de hip-hop New Yorkais.

Et le pire ?

Je ne sais pas parce que même si je n’aime pas la personne, cela pourrait être drôle !

Alors le duo le plus drôle ?

Cela aurait pu être drôle avec Balavoine, mais malheureusement il est mort dans un accident d’hélicoptère. Et puis après je ne suis pas sûr que tu connaisses…

Je jetterai un coup d’œil sur Google !

Alors que tu ne connais pas : on voulait faire un duo avec Ginette Reno qui est une grosse chanteuse québécoise, mais… trop chère !

Une question que tu aimerais qu’on te pose ?

Comment je vais. Personnellement je veux dire, pas uniquement sur le plan de la courtoisie. Un peu un interview de fond, de la psychothérapie. Je me suis toujours demandé ce qu’il pourrait sortir de cela.

Alors comment ça va ?

Super bien en fait !

Et la question que tu n’aimerais pas qu’on te pose ?

Est ce que ta mère buvait enceinte ?

Alors ?

J’espère pas !

En France, lorsqu’on pense Québec, nous avons tout de suite à l’esprit Céline Dion, Garou et Cœur de Pirate. Des groupes à nous conseiller ?

Image de Misteur Valaire @ Alhambra, Paris | 05.05.11 On vous les expédie assez rapidement faut dire ! Mais ça marche chez vous, d’ailleurs je pense qu’ils font beaucoup plus de tournées en France qu’au Québec. Mais sinon, en rock, tu as Karkwa qui est très bon. Du côté des Maritimes, il y a Radio Radio, un groupe de hip-hop qui rappe dans un français / anglais que vous avez souvent du mal à comprendre (rires). Et en folk, il faut vraiment que tu écoutes Avec Pas d’Casque ainsi que Fred Fortin.

On ne doit ne pas arrêter de te poser des questions sur les expressions québécoises dans les interviews françaises, tu dois peut-être en avoir un peu marre alors…

Non, non du tout ! Ce matin, nous étions à l’ambassade du Québec, c’est d’ailleurs l’une des deux seules régions au monde qui a une ambassade sans être un pays, et nous sommes représentants de l’OFQJ (Office franco-québécois pour la jeunesse). On se doit donc d’encourager nos amis français à venir nous voir au Québec. C’est toujours un énorme plaisir pour nous de parler du Québec puisqu’un gouvernement affreux vient d’entrer au Canada et nous sommes très loin de cette idéologie. On est entouré de partout d’anglophones entre le Canada et les États-Unis donc les Français sont très bien vus chez nous : c’est vraiment important pour nous que vous veniez nous visiter. C’est un échange assez fantastique puisqu’on se sent vraiment proches de vous.

Alors c’est le moment de nous donner envie d’aller au Québec !

La culture francophone du Québec est très riche et complètement différente de celle du Canada. Et nous avons beaucoup d’espace, de nature, je pense que ça nous aide à pas nous prendre la tête.

Des expressions québécoises à nous apprendre ?

Tu as tous les sacres qui sont essentiels comme « calice », « tabarnak », « ostie » et puis tout cela s’enchaine par ordre de gravité. Il ne faut pas blaguer avec çà avec un Québécois. Il y a beaucoup de Français qui arrivent et qui n’arrêtent pas de crier des « tabernacle » tout le temps comme si c’était un « salut » . Premièrement ce n’est pas « tabernacle » mais « tabarnak » et puis finalement le plus utilisé est « ostie » : « ostie, qu’c'est plate », « ostie, qu’c'est fun » . Pour rehausser en quelque sorte. Après cela, tu as « ostie d’calisse ». « Calice » que tu peux aussi l’utiliser pour quelques choses de beau, toujours pour rehausser. Enfin, quand tu es rendu à dire « tabarnak», c’est vraiment que tu es fâché. Et quand tu es très, très énervé, tu as le « calice de tabarnak ». Ce sont des enchainements à connaitre. (rires)

Tu sais qu’à nos yeux, un Québécois fâché n’a pas du tout l’air sérieux ?

Pour nous de toute façon, un Français fâché c’est un homosexuel : (prenant un accent français et précieux) « oh putain, merde, fait chier quoi ! »

Fais-nous rêver : qui a-t-il dans une poutine ?

Des frites, du fromage qui fait « scrouitch scrouitch », une sauce, la traditionnelle c’est de la sauce brune, mais tu peux en avoir avec une sauce Italienne ou autres. Mais c’est un plat qui se mange sur les trois heures du matin : ça te cale, le lendemain tu te lèves en forme, etc., c’est le moment où tu peux vraiment apprécier une poutine, aussi dégueulasse que cela peut paraitre aux Français. Ca y est j’ai faim !

 

Nous laissons donc Luis rejoindre ses camarades le temps du diner, histoire qu’il ne nous fasse pas un malaise au bout de deux chansons : cela serait dommage tout de même. Nous attendons alors, impatients, le début du concert.

À croire que Misteur Valaire, cela se vit plus et que cela ne s’écoute tranquillement chez soi. Le groupe annonce tout de suite la couleur avec leur mélange ingénieux et savoureux de jazz, d’électro et de hip-hop. Quant au public, il jongle avec excitation et joie de vivre. En moins de deux coups de cuillère à pot, un solo de trompette et un « ra ta ta ta » efficace sur les percussions, nous nous retrouvons à danser, crier et, pendant ce temps, la température monte.

Les Misteur Valaire ne nous laissent finalement aucun répit : tantôt tout en douceur, tantôt branché sur du 220 volts pardon 110 volts, ils savent faire varier les plaisirs pour qu’on ne puisse s’ennuyer à aucun moment. Chorégraphies diverses et variées reprises par la foule (notamment sur Et Si C’était Un Veau), mini-strip-tease, air ping-pong avec le public, Que je t’aime de Johnny, beaucoup de ci, pas mal de ça. Une sorte de folie assidue ou de sérieux barjot, on ne serait trop dire, de la part d’un quinquet généreux. Quelques choses de fascinant qui nous entraine et puis c’est tout.

De la musique, mais des images également. UN VJ qui allie vieux films asiatiques, le bon vieux Pong et, sûrement, pas mal d’images subliminales puisque, le rideau une fois tombé, nous n’avons qu’une seule envie : nous précipiter au merch. Stand où nous retrouvons d’ailleurs deux petites Québécoises ravies de leur soirée et qui congratulent le groupe : « Merci, vraiment merci ! Ça fait plaisir de retrouver un peu du pays ! »

Bref un concert « écœurant » !

Pour ceux qui auraient loupé le coche, leur album, aux sonorités plus souples que leur prestation sur scène, sort dans les bacs français le 23 mai en physique et est disponible en Pay What Your Want sur leur site internet.

Dorénavant, nous attendons juste une chose : un album live, pour profiter vraiment de Misteur Valaire à chaque instant.

 

Crédit photo : Instax – Laura / Live – Nicolas Brunet
Misteur Valaire @ Alhambra, Paris | 05.05.11luis misteur valaireMisteur Valaire @ Alhambra, Paris | 05.05.11Misteur Valaire @ Alhambra, Paris | 05.05.11Misteur Valaire @ Alhambra, Paris | 05.05.11Misteur Valaire @ Alhambra, Paris | 05.05.11Misteur Valaire @ Alhambra, Paris | 05.05.11Misteur Valaire @ Alhambra, Paris | 05.05.11Misteur Valaire @ Alhambra, Paris | 05.05.11Misteur Valaire @ Alhambra, Paris | 05.05.11Misteur Valaire @ Alhambra, Paris | 05.05.11Misteur Valaire @ Alhambra, Paris | 05.05.11Misteur Valaire @ Alhambra, Paris | 05.05.11Misteur Valaire @ Alhambra, Paris | 05.05.11Misteur Valaire @ Alhambra, Paris | 05.05.11Misteur Valaire @ Alhambra, Paris | 05.05.11Misteur Valaire @ Alhambra, Paris | 05.05.11Misteur Valaire @ Alhambra, Paris | 05.05.11

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Site internet du groupe : http://www.mv.mu

A propos de l'auteur

Image de : Co-responsable de la rubrique Musique sur Discordance.fr. Et même qu'une fois, je me suis faite accréditée sur un concert de Justin Bieber !

4 commentaires

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  1. 1
    Julia
    le Dimanche 8 mai 2011
    Julia a écrit :

    Chouette interview :)
    Pour bien maîtriser la subtilité des sacrements, il est indispensable de regarder Bon Cop Bad Cop, ou au moins cette scène :
    http://www.youtube.com/watch?v=sCJ3U-JbWIs

  2. 2
    le Dimanche 8 mai 2011
    La Broude a écrit :

    « Misteur Valaire donne ca musique »

    c’est pas plutôt « sa » ?

  3. 3
    admin
    le Dimanche 8 mai 2011
    admin a écrit :

    @La Broude: Thanks

  4. 4
    le Mercredi 11 mai 2011
    margounnette a écrit :

    Meilleure révélation scène du monde entier !

    ps: très belles photos de Nico Brunet !

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