Miss Saturne – Barbara Israël

par |
Deuxième roman de Barbara Israël, Miss Saturne évoque les dérives d'une jeune adolescente, mal dans sa peau. Mais, au lieu de nous livrer un portrait poignant, l'auteur a tendance à tomber dans des clichés qui gâchent un peu la poésie du roman.

saturne
Récit d’adolescent (pour adolescents ?), Miss Saturne  choque par son aspect caricatural. Ses personnages d’abord : Mercy, laide et désespérée, Clara, sublime, mais désespérée, Tom, homosexuel incompris de ses grands-parents et désespéré, ou encore Rose, travesti en quête d’amour et aussi désespéré… Mais aussi le récit en lui-même, les multiples incompréhensions et conflits inter-générationnels, les nuits à faire le mur ou les titres des chapitres (qui sont en réalité des titres de chansons). On reste un peu perplexe au lieu d’être transporté.

Il ressort de ce livre l’impression qu’il a été écrit par un adolescent mal dans sa peau, qui pense que oui, la vie, c’est nul : « J’aimerais lui dire de ne pas se laisser aller, lui assurer qu’un jour elle se sentira mieux, qu’avec le temps les choses s’améliorent. Toutes ces conneries qu’on peut sortir aux gens qui vont mal sans une once de foi. Mais Clara est ma meilleure amie. Je n’ai pas envie de lui mentir. ». On est jeune et désabusé, et on aime ça. On le revendique et on méprise ceux qui ne sont pas conscients de la nullité de l’existence terrestre : « Eh, ma vieille, atterris de ton grand rêve guimauve sinon tu vas te crasher sur la piste de la réalité et ça va faire mal ». Tiens donc.

Malgré tout, il y a aussi de très jolis passages, notamment le suicide d’un des personnages, du haut d’une grande roue, qui donne un peu de superbe au roman ou l’expression de l’amour, déçu, de Mercy pour un homme qui ne se donnera jamais à elle, quoi qu’il puisse en dire.

D’un point de vue stylistique, on ne retient pas grand-chose de la performance de Barbara Israël, excepté son vocabulaire simple et clair qui permet une lecture facile et rapide du roman. On note de l’humour, donnant un peu de charme à l’héroïne : « Certaines filles que j’ai croisées comptent bien attendre de se marier pour baiser avec un mec. Elles parlent de leur corps comme d’un joyau hyper rare qu’elles offriraient seulement à un mec qui le mériterait vraiment, alors qu’elles se trimbalent un vieux cul celluliteux de cinquante ans. ».

Dans la veine des Lolita Pille et autres écrivains « nouvelle génération », on est vite déçu par Miss Saturne . Un style assez fade, un sentiment de révolte permanente exaspérant, la mort tragique d’un des personnages… On ne se souviendra pas longtemps de ce roman une fois refermé, à moins peut-être d’avoir 15 ans et de se retrouver dans cette chronique adolescente.

Partager !

En savoir +

Miss Saturne, Barbara Israël, Stéphane Million Editeur, 2009, 208 pages

A propos de l'auteur

Image de : Si d’aventure vous vous promenez dans un parc parisien durant une douce journée d’été, il n’est pas impossible que vous passiez sans le savoir à côté de Léa en train de feuilleter un livre, dissimulée derrière d’immenses lunettes de soleil. Et pour peu que vous vous allongiez à votre tour sur l’herbe verte et que vous engagiez la conversation, elle vous parlera peut-être théâtre ou littérature. Littérature classique, certes, mais pas seulement : oscillant entre Zola, Baudelaire, Sartre ou Kane, ses goûts sont aussi éclectiques que ses avis définitifs. Amoureuse du quotidien et de ces petits détails qui rendent chaque instant unique, Léa est prête à voir de la poésie partout où vous n’en verrez pas. Demandez-lui de repeindre le ciel, pour voir, et elle s’empressera d’égayer et de réchauffer cette noire Sibérie qu’est Paris.

Aucun commentaire

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires

Réagissez à cet article