Miss Li au Point Ephémère

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En ce début de mai insolemment froid, la Suédoise Miss Li et son brass-backing band de choc nous font l’honneur de poser leurs valises en France. Ils mettent sens dessus dessous la scène du Point Ephémère et chassent cette vilaine grisaille printanière à grands coups de jazz-swing-blues-folk-psyché-et-qui-sait-encore-quoi. Comme quoi la Suède a autre chose à offrir que des biscottes sèches au nom improbable.

The Rural Alberta Advantage

Image de The Rural Alberta Advantage Tout d’abord, tempérons un peu nos ardeurs. C’est ce que se chargent de faire les Canadiens de The Rural Alberta Advantage. Même latitude, mais tout autre style. Une esthétique plutôt minimaliste qui cherche à allier l’honnêteté des guitares sèches country et le dynamisme des rythmes électro-minimaliste. Sur scène, cela se traduit par la présence d’une guitare sèche, d’une batterie, d’un tambourin et d’un tome basse pour le coté country-folk, d’un clavier rétro et d’une table de mixage pour le coté électro minimaliste. On retrouve quelque chose de la naïveté home-made de la scène new-yorkaise actuelle, mais dans la version rural canadian small town de l’indie-rock de la grande pomme. Les textes évoquant la vie du patelin, les quelques maladresses dans le jeu de scène, le dépouillement des arrangements contribue à cela et rappellent à la fois R.E.M pour l’attaque franche de la voix, Efrim de Silver Mt Zion pour l’accent canadien à couper au couteau, et Vampire Weekend.

La prestation donnée est honnête et franche. Le groupe est ému d’être là et leur émotion est communicative. Même si le genre diffère de celui que l’on attend en deuxième partie, il n’en reste pas moins que musicalement le concert se tient, l’énergie est présente et bien maîtrisée. Mention spéciale au dernier morceau : Goodnight, petite ballade folk à 2 voix, tambourin et tome basse est exécutée en acoustique et au cœur de la fosse. Agréable surprise et moment de calme avant la tempête.

Miss Li : Stupeur et Tremblements

Image de Miss Li Pas le temps de souffler. La tornade débarque sur scène dès que le noir conventionnel plonge la salle dans l’obscurité. D’habiles jeux de lumière font apparaître les musiciens en contre-jour et dessinent les contours d’un saxo, d’une contrebasse, d’un clavier et d’une batterie. Ça va swinguer. En guise d’introduction, les musiciens se livre à petit bœuf ambiance jazz de speakeasy. La demoiselle ne tarde pas à faire son entrée : sautillante, souriante, vêtue d’une robe indécemment rétro, elle harangue le public, s’assoit à son clavier et attaque directement avec le titre extrait de son dernier album Stupid Girl. Ce titre qui sur l’enregistrement évoque facilement le jazz balkanique d’un Kusturica avec son renfort de chœur et de brass-band, se teinte en live d’une couleur de blues-rock, et de soul. La voix de Miss Li, à la voix puissante et cassée dans les aiguës, évoque tout autant les irrégularités de Björk à l’époque Gling Glo, que les accents soul-rock de Beth Ditto, ou de Janis Joplin.

Après cette décharge d’énergie pure, pas question de s’arrêter. Le groupe enchaîne les titres avec un dynamisme et une bonne humeur qui frise l’insolence. La forte complicité entre les membres du groupe semble constituer un carburant efficace et écolo à la machine musicale du groupe. Les clins d’œil et les blagues fusent, les bugs et les petits contretemps deviennent une source de rire, et une large place est laissée à chacun pour l’improvisation. En témoigne, la polka improvisée de la fin, où chacun y va de son petit solo, y compris le batteur (gratifier d’un solo d’au moins 10 min). Du coup, même un fin connaisseur des albums enregistrés n’est pas à l’abri d’une surprise : s’il sait comment le morceau commence (et encore…), impossible de prédire comment il va finir. En gros, ça swingue, ça jazz dans tout les sens.

Ce qui frappe c’est la capacité du groupe à construire le temps d’une chanson, un espace musical à la fois riche et différent. Du brass-band folk de Dancing Whole Way Home, on passe au swing rétro de I’m Sorry He’s Mine que l’on dirait tout droit sorti d’un jukebox d’un diner de la route 66, au jazz de cabaret à la Ute Lemper sur Backstabber Lady (contrebasse, doigt qui claque et trompette) en passant par le rock désertique d’un Like a Drug des Queens of the Stone Age sur Polytheen Queen, et le ragtime d’un Scott Joplin sur l’excellent Gotta Leave My Trouble Behind.

Image de Miss Li Cependant, l’apparent n’importe-quoi du coté ‘family brass band’ ne cache pas l’extrême professionnalisme et la précision avec laquelle le concert est mené. Derrière leur style nonchalamment rétro, les musiciens de Miss Li possèdent une parfaite maîtrise de leurs instruments, qui justement leur permet d’improviser sans peine et sans risque. Le guitariste, (version Krisprolls d’Angus Young qui aurait mangé Polnareff jeune), passe de la Gibson SG à la Stratocaster maitrisant parfaitement les subtilités de chacune, le saxophoniste passe du ténor au soprano, en passant par la guitare sèche, au même titre que le contrebassiste qui troque son acoustique pour la rondeur jazz d’une basse électrique. Mais tout ça bien sur, nous est invisible, car on est complètement pris dans l’ambiance du concert. D’ailleurs lorsque le groupe nous signale qu’il s’agit de la dernière chanson, tout le monde semble étonné que le temps ait passé aussi vite (en tout et pour tout le groupe n’a joué qu’une heure et demie).

Après deux rappels tonitruants, les lumières se rallument, mais les gens continuent à applaudir et restent sur place dans l’attente d’un troisième rappel. Qui ne viendra pas. Dommage, on se serait bien resservi une troisième fois une dose de Suède en boite.

Set list : Stupid Girl, Dancing the Whole Way Home, Let Her Go, Polytheen Queen, Backstabber Lady, Sorry, He’s Mine, Gotta Leave my Trouble Behinds, Dirty Old Man, Stuck in the Sand, heard, Hard Cover, Oh Boy, BaBaBaBA, Shangri-la, Polka improvisée

Crédits photo : Maryna S

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A propos de l'auteur

Image de : Mercy Seat n’aime pas trop s’exposer. C’est mauvais pour sa peau de toute manière. Elle préfère se terrer dans les coins obscurs des salles de cinéma de quartier et les recoins des salles de concert. Qui sait sur quelle perle rare elle pourrait tomber au détour d’une rétrospective : un Scorcese inédit, la Nuit du Chasseur en copie neuve, Sailor et Lula redux ? Elle chine par-ci par-là des bouts de Nick Cave et de Johnny Cash, de Queens of the Stone Age et de White Stripes, rêve d’un endroit qui ressemble à la Louisiane (mais en moins chaud), et pense que si Faulkner et Shakespeare avaient vécu à notre époque, ils auraient fait des supers films avec Tarantino et Rodriguez.

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