Miss Derringer

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Oui, on peut être country ET goth. Non, ça n’est pas forcément incompatible et ça peut même donner un résultat proprement hors du commun. Ce groupe, trop méconnu, le prouve.

Miss Derringer a été créé à Los Angeles, par un couple d’artistes Elizabeth McGrath et son mari Morgan Slade . Originellement un trio, avec le bassiste Sylvain de Muizon, le groupe a récemment élargi ses rangs en accueillant Rick Ballard à la guitare, Sean Doe en guest singer et Clem Burke, ancien batteur de Blondie . Rien que ça.

Liz McGrath & Morgan Slade

missd_promo-2Interprète aux allures de poupée, Liz McGrath est surtout connue dans le milieu underground pour son art zarbi. Co-fondatrice du punkzine Censor This qui n’hésite pas à publier des articles intitulés I want to eat an extraterrestrial, elle est visiblement attirée par tout ce qui semblerait, pour le commun des mortels, dérangé.

Des animaux naturalisés dans des cadres baroques, des trophées tatoués old-school, des microcosmes mi-mignons mi-morbides, des vampirates, des veuves noires en corset, des freaks à plusieurs têtes.

Un univers visuel plein de poésie sombre, qui appréhende de manière séraphique le côté cauchemardesque de la vie. Dans cette foire aux monstres, on retrouve pêle-mêle des influences diverses et variées : la religion (elle a passé son adolescence mouvementée en institution chrétienne), la musique punk, le totalitarisme militaire, les contes de fées.

Son livre, Everything that creeps, est sorti en 2006 mais elle expose depuis 2000, dans plusieurs galeries comme la Copro Nason Gallery de Santa Monica, La Luz de Jesus Gallery à Hollywood ou la Strychnine Gallery (Berlin).

threeheaded-2 Tears of the Crocodile, sa dernière exposition a eu lieu il y a quelques mois, à Barcelone. Ses oeuvres témoignent d’un véritable souci du détail. Chaque mise en abîme comprend son propre sous-titre évocateur, son encadrement, ses personnages, dans un ensemble qui démontre une cohérence bluffante. D’autant plus que c’est une cohérence dans un univers totalement farfelu, où des animaux se transforment en bateau, en maison victorienne, ou abritent dans leur sein une famille parasite, confortablement installée dans moult froufrous.

À coups de résines, de tissus, de rubans, de crayons de couleur, de mini-personnages sculptés, elle recrée un univers à l’échelle de sa folie, dans une originalité jamais bornée. À chaque fois, elle a une nouvelle histoire à raconter, souvent étrange, parfois grotesque, mais toujours avec chic. Et surtout, toujours avec une réflexion sur la société.

Aperçue dans  Tracks à l’occasion d’un sujet sur la Rogue Taxidermy, art qui consiste à créer des chimères à partir d’animaux empaillés, Elizabeth McGrath est de ces artistes qui dérangent. Qui brillent par leur démence.

Dans un style jamais éloigné, Morgan Slade, guitariste et compositeur pour le groupe, a commencé par être photographe. Adepte des natures mortes aux couleurs vives et aux objets improbables, quand il photographie des êtres humains, ce sont généralement des femmes. Et rarement au naturel. Il transforme ses modèles en pin-up d’images pieuses, ou les affuble d’énormes têtes d’animaux en peluche, sur bikini. À noter, son portrait de Jessicka ( Jack Off Jill, Scarling .)…

Lullabies

lullabies-2La rencontre de ces deux personnalités ne pouvait qu’engendrer un beautiful freak. Leur dernier album, Lullabies, évoque une enfance solitaire, bercée par un imaginaire débordant, faute de mieux.

Tout se déroule comme si une jolie adolescente un peu bizarre était possédée par l’esprit de Johnny Cash .

Le style mélange la steel guitar (importée de Hawaï et typiquement country), la folk sombre, le rockabilly, le tout arrosé d’une attitude ô combien pop-punk.

La voix est éraillée, âpre et on la sent prête à se briser à tout instant (cf. Tonight I’ve got a bottle, Pennies on his eyes )…

Les textes sont désenchantés ( It’s a long road to perdition ) et distillent un féminisme sombre et lancinant ( Better run away from me, Dead men weigh more than broken hearts ). Les thèmes évoqués rappellent tragiquement ceux des cabarets honky tonk (bars musicaux du sud des États-Unis) : Dieu, l’amour perdu, la solitude, l’alcoolisme.

Et de fait, on les imagine aisément en guest star dans un western de Tarentino / Rodriguez, qui se déroulerait au Nouveau-Mexique (cf. Amor y Armas ) et où on croiserait les personnages de Carnivàle .

Voire son intrigue : les années 30, un freak show, des histoires d’amour blessantes au milieu d’une Apocalypse bigote approchante.

En attendant le prochain album, Winter Hill, que Morgan promet d’être « la bande son parfaite pour une guerre des gangs du début des années 60 », on peut se consoler en regardant en boucle la vidéo de Black Tears, l’EP sorti l’année dernière. Elle rappelle agréablement le Miss Take  de Horrorpops – peut-être sont-ce les gogos.

On y remarquera que son chien, (pas encore empaillé celui-là !) y tient un petit rôle, et on sourira devant l’effet Grindhouse de brûlure de la pellicule, à la fin.

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Site officiel de Miss Derringer : http://www.missderringer.com/home.html » href= »http://www.missderringer.com/home.html »>http://www.missderringer.com/home.html
Myspace : http://www.myspace.com/missderringer » href= »http://www.myspace.com/missderringer »>http://www.myspace.com/missderringer
Site officiel de Liz McGrath : http://www.elizabethmcgrath.com/ » href= »http://www.elizabethmcgrath.com/ »>http://www.elizabethmcgrath.com/
Site officiel de Morgan Slade : http://www.morganslade.com » href= »http://www.morganslade.com »>http://www.morganslade.com/

A propos de l'auteur

Image de : Miss Cinéma de Discordance et chroniqueuse hétéroclite since 2005. [Blog] [Twitter]

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