Mind your Head #2 à la Flèche d’Or

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Mind Your Head #2, soit quatre des meilleurs groupes indies français qui se donnent rendez-vous en ce saint 3 avril afin de célébrer la sortie du dernier Marvin, "Hangover the Top". Quatre groupes donc, parmi lesquels on trouvera Fordamage, Papier Tige, Gablé et bien évidemment les Montpelliérains de Marvin. Chaude soirée en perspective.

Image de Mind Your Head Patience de mise, les portes n’ouvrent qu’à 21h30, les balances des quatre Fordamage se font encore entendre, on ronge notre frein, la soirée s’annonce puissante. Ouverture, vestiaires, entrée dans la salle. Une bière d’attente et un type sortit de nulle part surgit sur scène avec une voix digne d’un animateur télé follement transcendé par l’enjeu, brandissant fièrement le dernier Fordamage vers le ciel et présentant le combo nantais avec une verve assez inhabituelle. Ce type s’avérera se faire appeler Un Poquito Senor (http://www.myspace.com/unpoquitosenor) et je n’ai toujours pas la moindre idée de ce qu’il pouvait faire là.

Bref, Fordamage se met en place, quelques minutes et c’est déjà la bonne grosse mandale. La recette n’a pas changé, deux guitares, l’une assurant riffs frontaux et rigoureux tandis que l’autre, plus pernicieuse, visse tes oreilles à coups de riffs pointilleux, tendus et vicieux à la Arab On Radar. Le tout soupesé par une basse au son absolument poutral, large comme un tronc d’arbre et mis sur orbite par un batteur n’hésitant pas à tabasser ses fûts aux moments les plus opportuns. La noise de Fordamage s’améliore de jour en jour, ces types commencent à réellement devenir impressionnant sur scène, allant taper très haut dans le qualitatif en envoyant un mix d’influences qui rend leur tambouille très personnelle et reconnaissable du premier coup. Comme d’habitude, ça s’agite fortement sur scène, transpiration et sueur moite sont de mise, guitariste et bassiste investissent la fosse lors d’un passage bruitiste, le tout reste simplement excellent. Morceaux à tiroirs, mathématiques sans êtres masturbatoires, et conservant une intensité vaillante à tout instant, puissante et tendue. Blitz to Target finira amplement de me retourner le cerveau, le meilleur titre de leur dernier album m’obligeant à faire honneur à ces quatre Nantais. Chapeau bas.

Papier Tigre succède donc à Fordamage, un trio Nantais remplace le quatuor Nantais, on peut légitimement commencer à penser que la Loire-Atlantique a envahi la Flèche d’Or, la tension monte d’un cran. Heureusement, Papier Tigre saura vite se monter à la hauteur de sa provenance, le trio (deux guitares, une batterie) sachant manier l’art du groove briseur de nuque avec précision et acuité. De Nantes, ça semblerait presque évident tant cette ville commence à pondre une multitude de groupes au registre et au son très proche et cohérent, pas étonnant donc de les rapprocher de Fordamage. Proche d’eux, certes, mais ça joue beaucoup plus sec, syncopé et par petites piques bien placés. Plus dans la retenue, petits arpèges suggérés pour mieux te prendre à revers avec un gros riff t’entubant gentiment par derrière au moment où l’on si attend le moins.

Papier Tigre sait manier l’art de la tension avec une subtilité fort intéressante, ça s’entend, c’est captivant et c’est même assez jouissif. L’influence de Chicago se fait bien sentir, ça joue mathématique et rigoureux, mais ça n’oublie jamais de rudoyer l’auditeur lorsqu’il le faut, et cette influence part tout droit du batteur, vraiment excellent, dans le plus pur style Todd Trainer (je tape fort, simplement, mais avec un groove de pur de malade mental). C’est lui qui élève le niveau du groupe et donne tout simplement envie de bouger ton bassin d’un mouvement circulaire bien adapté pour profiter au mieux de ces morceaux tout aussi exigeants que pop. Car la musique de Papier Tigre n’oublie pas de taper des petites mélodies qui se calent dans ton cerveau avec justesse pour la semaine à venir, et ce, sans forcer. Tranquille. Excellente prestation.

Au tour de Gablé d’investir la scène de la Flèche d’Or, ils sont trois, ils sont beaux, ils sont de Montpellier et joue LA musique idéale pour te coller le sourire niais au visage. Ça partait mal pourtant, le groupe étant présenté comme un fourre-tout de plusieurs styles : folk, hip-hop, indus, electro… Pile le genre de groupe qui donne envie de sortir le lance-flammes au quart de tour, mais Gablé se placera bien au-dessus de tout ça. Mélange improbable, certes, mais toujours justement dosé et savamment équilibré, gardant toujours une fine ligne directrice à laquelle se raccrocher, comme la six-cordes de Thomas ou le clavier de Gaëlle. Les morceaux sont courts, rarement plus de deux minutes, pratique pour ne pas se lasser, et le trio arrive tout de même à les remplir à ras de bord ceux-ci d’idées multiples et partant dans tous les sens, mais restant fort heureusement toujours captivantes et intéressantes. Les gonzes changent d’instruments à chaque morceau, guitare, toms multiples, claviers, percussions diverses, cageots (?)… C’est le plus souvent tubesque en diable, léger et frais, bricolo et lo-fi, tout ce qu’il faut pour coller une ambiance propice au bien-être et au laisser-aller. Carrément appréciable et à revoir avec un peu moins d’alcool dans le sang.

Marvin. Montpellier également. Trio guiatre/korg/batterie. Viennent de sortir leur dernier album sur African Tape. Ce soir, c’est leur soir, ils sont attendus au tournant par une Fèche d’Or dangereusement blindée. Bellbottoms de Jon Spencer résonne dans les enceintes, ça s’agglutine massivement devant la scène, le groupe met un temps intolérablement long à s’installer : tu l’auras compris, la tension est à son comble, le headbang se réserve, l’attente est insoutenable. Ça commence enfin et le constat se fait rude : Marvin est un des rares groupes en France encore capable de faire danser une salle entière. Lignes de korg irrésistibles, batterie droite et fière, riffs de guitares héroïques et pourfendeurs, Marvin ne fait pas de cadeaux. Simplement aucune pitié, pas de prisonniers, tout le monde sera logé à la même enseigne : bouge ton corps ou crève.

Ça s’agite d’ailleurs fortement devant la scène, pogo bon enfant et slam suicidaire sont de la partie, et Marvin se pose, là, royal, tubes sur tubes, tirant ses cartouches tueuses à la pelle, plans autoroutiers filants à 300 km/h relevant d’une trilogie logique,  et sainte : Devo, Trans Am et Lightning Bolt. De nouveaux morceaux sont joués ce soir, ceux présents sur Hangover the Top, et ce qui fouette le plus en premier lieu est la rude rigueur à laquelle s’est astreint le groupe pour mettre en place ceux-ci : plus fouillés, recherchés, complexes, mais toujours férocement accessibles (dans le bon sens du terme, on est pas chez Lady Gaga), s’ouvrant à la croisée de plusieurs styles (krautrock, hard, math-noise…) mais restant d’une cohérence à faire pâlir ses éventuels concurrents. Aucune faute de goût, même lorsque Fred, six-cordistes en chef, donne de la voix rauque et virile sur Roquedur, le tout demeure simplement par-delà les limites du jouissif. Seul reproche possible, le faible volume sonore, problème apparemment récurrent dans cette salle, mais je n’en tiendrai pas rigueur tant je donne de moi-même en faisant démonstration d’une danse extatique devant ce set quasi parfait des Montpelliérains.

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