Millénium – Niels Arden Oplev

par Trots|
Sans doute un des films les plus attendus de l’année. Salander et Blomkvist enfin sur grand écran dans une adaptation suédoise, et ça c’est une bonne nouvelle. C’est toujours ça que les ricains n’auront pas. Alors, à la hauteur ou pas ?

Mikael Blomkvist, journaliste économique pour Millénium, et sortant d’un procès pour diffamation, est embauché par Henrik Vanger, à la tête d’un puissant groupe industriel, pour mener une enquête sur la disparition de sa nièce qui a eu lieu il y a quarante ans. Aidé par Lisbeth Salander, hackeuse plus que douée, ses recherches le plongent dans le passé marécageux de la famille Vanger.

Un thriller de 600 pages en 2h30

19070375_w434_h_q80On se doutait qu’il y aurait à faire des choix pour pouvoir adapter une intrigue aussi dense. Le tout était de savoir quels personnages et quels éléments passeraient à la trappe. Pour les lecteurs passionnés de la trilogie, ces coupes claires peuvent avoir un effet rebutant. On sait que tout ne peut pas loger dans un film, à moins de faire une trilogie rien qu’avec le premier tome, on le sait bon sang, mais quand même. Le magazine Millénium (c’est quand même le titre du film) et toute l’équipe de rédaction, dont Erika Berger, sont presque totalement absents. De même que la fameuse garçonnière de Blomkvist au bord du lac, ou toute la rédaction de l’enquête sur l’affaire Wenneström.

Le film suit un rythme plutôt inégal. Un peu rapide au début, Niels Arden Oplev présente les personnages et les atmosphères, mais passe un peu vite sur les activités de Lisbeth et le journalisme d’investigation de Mikael. L’heure et demie suivante est plus approfondie, concernant l’enquête en elle-même, et même si parfois les découvertes d’indices paraissent s’enchaîner, on s’y plonge facilement et même avec plaisir. La fin est quant à elle un peu trop longue, après la résolution de l’affaire Vanger. Dans le souci de reproduire fidèlement jusqu’aux derniers chapitres du livre et d’annoncer les prochains épisodes, les situations se juxtaposent , reliées par des transitions un peu bâclées. Ou la difficulté de suivre à la lettre un texte extrêmement dense et qui se révèle finalement très compliqué à adapter au cinéma.

Un casting à la hauteur

L’immense notoriété des livres rendait également périlleux l’exercice du casting, pour ne pas décevoir l’image construite par chaque lecteur autour des personnages. Globalement, c’est plutôt réussi. Michael Niqvist est tout à fait crédible en Blomkvist, ainsi que Sven-Bertil Taube en patriarche de la famille Vanger. Mais c’est presque l’excellence qui est atteinte avec l’incarnation de Lisbeth, par l’excellente Noomi Rapace . Pour l’avoir vue faire la promo du film, jeune femme superbe aux longs cheveux bouclés, le résultat est bluffant et la transformation magistrale. Et c’était essentiel puisqu’on attendait beaucoup de Salander.

À noter quand même une monumentale erreur de casting, concernant Harriet Vanger, blonde décolorée vulgaire à souhait qui ressemble à une vieille Texane pilier de bar à ses heures perdues.

Nordique, nordique

19070368_w434_h_q80L’un des points forts du film est d’avoir reproduit sincèrement une atmosphère froide à la pure mode scandinave. Les paysages font leur effet, en particulier sur l’île d’Hedestad. La lumière blafarde augmente la sensation de malaise qui se dégage du bouquin. Niels Arden Oplev a choisi de ne faire aucun compromis sur la noirceur et la violence dégagées par Stieg Larsson .

Les scènes de viol sont d’une glauquitude sans nom. Les photos des cadavres ne cachent rien de l’inhumanité macabre des découvertes de Blomkvist, et Noomi Rapace exprime parfaitement toute la rage et la violence dont Lisbeth est capable. Le tout est enrobé dans l’ambiance glacée, pesante et vaseuse des tréfonds de l’âme humaine.
Un petit regret cependant, l’ironie grinçante de l’humour de Mikael, si présente dans le roman, ne transparaît que peu dans l’adaptation, dommage.

Finalement, c’est avec un sentiment mitigé qu’on sort de la salle. Trop d’attentes, trop d’espérances, trop d’images construites à partir du livre, trop d’a priori ? Sûrement. Mais on reconnaît que l’exercice était particulièrement difficile, et que Niels Arden Oplev ne s’en sort pas trop mal au bout du compte. À vouloir rester fidèle à Larsson jusqu’au bout, les scénaristes ont sans doute fait des choix discutables, mais la touche scandinave apporte bien plus à la vraisemblance que n’aurait pu le faire n’importe quel réalisateur hollywoodien. On ira quand même voir les suivants, parce que. Eh bien parce que.

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2 commentaires

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  1. 1
    le Mardi 26 mai 2009
    Eymeric a écrit :

    Cette critique exprime très bien mon ressenti, quoicque un peu déçu que le film ne m’est pas fait l’effet du livre: cet état d’éveil où tout les neurones sont excités par l’intelligence de l’oeuvre.. Cela dit de très beaux plans, sombres et froids comme seuls les Scandinaves savent le faire et une violence très bien mise en scène dans la balance entre ce que l’on peut montrer à un grand public et ce l’intensité de ce que l’on veut lui faire ressentir.

  2. 2
    le Mercredi 27 mai 2009
    julien vachon a écrit :

    Franchement c’est un film assez réussi, qui mérite d’être vu et revu… Bravo pour ta critique, c’est vrai que l’adaptation suppose des partis pris de la part des réalisateurs. Je vais sans doute me replonger dans l’univers nordique.

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