Midnight Juggernauts – Road to rebirth

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Précurseurs de l’indie-dance-pop-expérimentale, il est bien souvent difficile de définir un style précis aux petits prodiges australiens de Midnight Juggernauts.

Après une tournée à guichets fermés avec les Français de M83 en Australie et après avoir été publiquement adoubés par les frenchies de Justice et Daft Punk, on peut dire que Vincent Vendetta, Daniel Stricker et Andy Szekeres entretiennent une relation à double sens avec la France. Ils doivent de toute évidence cette réputation à leur premier opus Dystopia (2007), véritable coup de maître, sorti sur leur propre label Siberia Records. Le succès est dès lors total et est notamment dû à un single singulier et efficace, Shadows, sorti quelque temps avant le lancement officiel de Dystopia. Acclamé par les radios non seulement australiennes, mais également américaines et anglaises, ce titre fut accueilli avec égards par les amateurs d’electro alternative. Leurs compositions ne passent évidemment pas inaperçues en France, et c’est grâce à l’aide providentielle du label Kitsuné Music (Klaxons, Hot Chip…) qu’ils réussissent à se faire connaitre et à investir le paysage parisien.

À quelques jours de la sortie officielle de leur dernier opus, The Crystal Axis (sortie prévue pour le 21 septembre 2010, NDLR), nous avons profité du penchant quasi obsessionnel de Vincent Vendetta envers notre culture pour le rencontrer lors de son passage éclair à Paris…

Quand avez-vous commencé à travailler sur le matériel des titres de The Crystal Axis ?

Vincent : C’est une longue histoire d’amour avec cet album ! (rires) On voulait vraiment réaliser un album qui soit représentatif de notre évolution personnelle. À l’origine, je veux dire au tout début du groupe, il n’y avait que Andy et moi-même. Et je dois dire en toute honnêteté que l’arrivée de Daniel a été bénéfique sur tous les plans. C’est à trois que nous avons évolué, au détour des tournées, sur les scènes du monde entier. Chacun apporte une part de son expérience, son vécu, sa musicalité et chaque album est une sorte de legs. En ce qui concerne The Crystal Axis, tout a commencé en 2008 lorsque l’on était en tournée pour Dystopia. C’est souvent en tournée que l’on écrit le plus, on rencontre tellement de personnes différentes, on découvre toujours de nouvelles villes, cultures… Ça reste une source d’inspiration considérable. Avec le temps on a pris conscience que l’on s’orientait sur un genre tout à fait différent, plus expérimental… On a même pensé à un moment sortir l’album sous un autre format, un mp3 unique ou un vinyle, mais entre nos idées fantasques et la réalité industrielle… (rires)

Oui c’est certain ! (rires) D’ailleurs cet album semble tout droit sorti d’un film des années 70, avec une petite pointe d’expérimentale pour rehausser le tout ! (rires)

Vincent : C’est exactement cela ! (rires) Lorsque l’on s’est retrouvé en studio pour bosser sur quelques morceaux on a ressorti tout un attirail d’instruments vintage, certains s’apparentent beaucoup à des jouets ! (rires) On peut dire que sur ce coup-là on est retombé en enfance. Mais c’est aussi à double tranchant, parce qu’on a quelques pédales qui donnent des sons tout à fait extraordinaires, mais tu sais que lorsque tu sors un son pareil tu ne pourras pas le reproduire une seconde fois. Ces petites bêtes sont totalement imprévisibles ! (rires) Tu te rends bien compte que du coup tout ça reste très fictif presque impalpable. Ce n’est pas quelque chose que tu peux expérimenter en live donc on garde égoïstement nos petits plaisirs excentriques pour le studio ! (rires)

Parlant de plaisirs excentriques, cet album me fait beaucoup penser à un ancien dessin animé pour son côté mystique et intergalactique… Albator, le pirate de l’espace tu connais ? (rires)

Vincent : C’est le vieux cartoon avec le pirate balafré ? C’est énorme ! J’adore ce dessin animé. Je trouve que le rapprochement est judicieux. Je nous imagine tout à fait à sa place avec notre musique un peu « space » parcourir la galaxie pour faire découvrir notre univers ! (rires)

La balafre en moins ?

Vincent : Oui oui ! Faut pas pousser ! (rires), Mais c’est vraiment intéressant, ça me ramène en enfance ou plutôt à mon adolescence. J’ai toujours adoré l’animation !

Tu as fait des études spécialisées dans ce domaine ?

Vincent : Non pas vraiment c’était plus un hobby d’ado de quinze ans. Toutes ces petites séquences mises bout à bout c’est fascinant ! Quand tu te rends compte que pour trois ou quatre secondes de séquence il va falloir que tu passes dix heures avec des petits papiers, tu te dis qu’il faut vraiment taré pour faire un truc aussi dingue ! (rires), Mais j’adore cela ! (rires)

Cela explique pourquoi vos vidéos sont toujours liées à l’animation. Notamment pour votre prochain single Lara Versus The Savage Pack, il me semble que le vidéo-clip a été entièrement réalisé de cette façon, non ?

Vincent : Oui, on a passé des heures, à raison de dix heures par jour, à répéter sans cesse les mêmes mouvements pour accomplir deux secondes de clip. C’est vraiment intéressant de voir le procédé d’animation. On avait des sortes de papiers devant nos visages qui se modifiaient au gré de l’avancement de la vidéo. C’est un travail de damné ! (rires) Tout recommencer encore et encore, mais le résultat en vaut le détour tu verras ! (rires)

Effectivement j’ai hâte de voir ça ! Et quel est le thème exact de cette vidéo ? Est-ce qu’il y a un rapport direct avec les paroles de la chanson ?

Vincent : Je consultais certains sites sur internet je suis tombée sur le blog d’une jeune fille. En lisant les commentaires, je me suis rendu compte qu’ils étaient tous dirigés à son encontre. C’était un véritable lynchage, comme si toute cette haine accumulée n‘était présente que dans un but destructeur, psychologiquement parlant. La pauvre jeune femme se défendait envers et contre tous, mais c’était quelque peu voué à l’échec. Cette histoire m’a beaucoup touchée et c’est ce qui m’a inspiré ce morceau. Lorsque j’écris, c’est souvent sur une impulsion, un moment, un sentiment éphémère, mais intense. C’est exactement ce qui s’est passé pour ce titre, il y avait une forme d’étonnement mélangé à une sorte de compassion…

C’est très touchant. Donc si tu devais choisir un morceau favori sur The Crystal Axis, ce serait celui-là ?

Image de Midnight Juggernauts - The Crystal Axis Vincent : Non, si je devais choisir un titre favori, le premier qui me vienne automatiquement en tête serait The Great Beyond. Ce qui est marrant c’est qu’il y a vraiment une spécificité avec cette chanson. Je veux dire par là que lorsque l’on a tenté de l’enregistrer en studio, on n’arrivait pas à en écrire la fin. On avait beau réessayer encore et encore, c’était un échec perpétuel. Du coup, on s’est dit qu’on serait peut-être plus inspiré si on la jouait dans les mêmes conditions que le live. C’est un peu comme jouer à pile ou face. Tu te lances, mais tu ne sais pas comment ça va finir ! (rires) C’est certainement le titre le plus spontané et impulsif que l’on ait écrit sur cet opus et c’est ce qui le rend d’autant plus attrayant.

Et que pourrais-tu nous dire sur Fade To Red ?

Vincent : C’est le dernier titre de The Crystal Axis. On l’a envisagé un peu comme un dernier au revoir. Je pense qu’il diffère un peu des autres dans le sens ou lorsque l’on a composé The Crystal Axis on était tous dans une bonne période de nos vies. Fade To Red a été composé avec un peu plus de nostalgie, un léger regard en arrière par rapport à Dystopia et ces années passées à parcourir la planète. C’est en quelque sorte un hommage à tout cela et c’est très certainement pour cette raison qu’on l’a placé en dernière position. En ce qui concerne la quasi-totalité de l’album, il est clair que l’influence de ses dites « vagues bénéfiques » dans nos vies a été considérable sur son élaboration…

Quelles petites doses d’ondes positives ne peuvent pas faire de mal quand on voit la quantité incroyable de titres motivés par l’échec, le ressentiment et la tristesse…

Vincent : Oui, c’est tout à fait là où je veux en venir. Non pas que je sois contre ce type de morceaux ! (rires) C’est juste que de temps à autre ça fait du bien de conserver un petit peu d’optimisme ! (rires)

Et en ce qui concerne un éventuel nouvel opus ou de nouveaux titres ?

Vincent : Je ne sais pas encore quelle sera la ligne directive de l’album. Pour être honnête, on a déjà quelques titres en tête, mais on ne sait jamais ce que ça va donner après les avoir testés en studio. Dès fois tu as l’impression d’avoir eu l’idée du siècle et quand tu commences à jouer les premiers accords en studio, tu te rends compte que tu avais tout faux ! (rires)

C’est ça de s’autoproduire et d’avoir son propre label ! On a quelques fois du mal à prendre un peu de recul…

Vincent : Siberia Records a vraiment été l’idée la plus ingénieuse que l’on n’ait jamais eue ! Pour The Crystal Axis, on a choisi de bosser avec Chris Moore qui a déjà travaillé avec TV On The Radio, Liars et même les Yeah Yeah Yeahs ! (rires) Il a apporté cette touche d’imprévisibilité que l’on recherchait. On est en perpétuel mouvement et on recherche toujours à avancer dans les directions qui nous paraissent les plus improbables au départ. Ce qui fait que de temps en temps, on manque cruellement de recul par rapport à tout cela. C’est aussi pour cela qu’on s’entoure de pas mal d’amis lorsque l’on va en studio. Ils ont un peu ce rôle atypique de conseiller personnel d‘orientation musicale. (rires) On est très attentif à leurs avis, surtout s’ils ne vont pas dans notre sens. Mais on n’échappe pas à son égo et on défend souvent nos convictions avec ferveur ! (rires)

L’égo est à la fois le pire et le meilleur miroir qui soit ! (rires) Et parlant un peu de vie perso, vous habitez toujours à Melbourne, mais connaissant votre penchant pour l’étranger, vous comptez vous relocaliser quelque part ?

Image de Vincent Vendetta - Midnight Juggernauts Vincent : À nos débuts, on habitait tous les trois dans des villes différentes. Andy et moi habitions tous les deux à Melbourne et Daniel à Sidney. On s’envoyait par mail les morceaux et on travaillait chacun de notre côté. Je me souviens encore de notre premier concert à trois. (rires) On n’avait jamais répété ensemble ou joué à trois nos morceaux. On s’est un peu jeté dans l’arène et on a donné tout ce qu’on avait. Par chance ça a marché ! (rires)

C’était tout de même très risqué, mais bon ça s’est avéré être un bon coup de poker ! (rires)

Vincent : Oui et heureusement d’ailleurs. Daniel a apporté tellement au groupe ! Enfin, pour répondre à ta question, j’ai rendu mon appart il y a quelques mois, celui de Melbourne, et depuis je n’ai pas eu une minute à moi. Toutes mes affaires sont dans un entrepôt. J’ai une sorte de maison itinérante entre le Tour Bus et les hôtels… (rires)

En quelque sorte, ça fait de toi un sans domicile fixe… Ça fait du bien de se libérer de toute attache et de ne plus avoir ce type d’obligation existentielle…

Vincent : Oui c’est exactement ça ! Ça permet vraiment de te focaliser sur la musique. J’adore ma vie actuelle, mais c’est en même temps déstabilisant. Il y a forcément un moment où tu dois rentrer chez toi. Car tu as besoin d’un minimum de repères. Bon, ça ne nous arrive pas souvent ces derniers temps et ce n’est certainement pas pour tout de suite, mais c’est une situation qui doit être provisoire. Ce n’est pas gérable à moyen et long terme ! (rires) On a passé quelques temps en Europe et je pense qu’à partir de l’année prochaine on va essayer de déménager sur Paris ou Londres. Enfin, on verra d’ici là ! (rires)

Si tu aimes à ce point Paris, il doit bien y avoir quelques endroits où tu aimes sortir, non ?

Vincent : Là tout de suite je pense au Point Ephémère. C’est super sympa ce concept de pouvoir trainer le long du canal et d’aller voir des concerts en mêmes temps…

Oui, il y a de très bons concerts là-bas et le cadre est très agréable…

Vincent : Je n’ai que de bons souvenirs des soirées que j’ai passées dans cet endroit. Je me souviens aussi de la Tour Eiffel ! Quelle histoire ! (rires)

Vas-y raconte nous tout ! Tu as eu le vertige c‘est ça ?!

Vincent : Non pas vraiment. On a pas été très courageux, au vu de la hauteur des escaliers on a foncé vers l’ascenseur ! (rires) C’était la première fois qu’on venait à Paris et on avait très peu de temps devant nous. On a généralement que peu de journées de libres en tournée donc lorsque l’on planifie le tout, on essaie de faire en sorte que notre dernière date soit dans une ville sympa, histoire de passer quelques jours là-bas. C’était le cas pour la Serbie, où l’on a pu visiter un peu les Balkans. On n’y avait jamais mis les pieds ! J’en garde un très bon souvenir. Pour Paris, on avait fait la même chose. Après les balances on est allés se balader et on a rencontré par hasard des potes d’Australie, qui étaient sur Paris pour un concert eux aussi. Je ne sais plus par quels moyens on s’est retrouvés sous cette énorme structure, mais c’est véritablement un endroit particulier. C’est énorme ! C’était très beau de voir Paris sous cet angle.

Crédits photo : Lucie Basuyaux

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A propos de l'auteur

Image de : Mes passions ont toujours été dévorantes et poussées à leur paroxysme. Les mots sont un exutoire idéal et mon admiration est totale envers des écrivains tels que Robert Heinlein, Hubert Selby Jr., Bret Easton Ellis, Franz Kafka ou encore Albert Camus. http://www.tasteyourmusic.wordpress.com

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