Midnight Juggernauts – Les douze coups de minuit

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Musique cosmique, délice suprême d’électro pop et d‘expérimentale, Midnight Juggernauts remet au goût du jour les synthés vintage des années 80 et leurs samples new wave.

Originaire de Melbourne en Australie, la formation voit le jour en 2004 sous les traits de Vincent Vendetta et Andrew Zsekeres. Ce n’est que fin 2006 que Daniel Stricker se joint au groupe, mais leur travail reste désespérément flou et vague. Les paroles des chansons changent au fur et à mesure des concerts et la venue au monde d’un premier né semble fortement compromise. Après avoir sorti quelques EPs dont Midnight Juggernauts (2005) et Secrets Of The Universe (2006), ils décident de créer leur propre label indépendant Siberia Records et produisent un premier album, Dystopia (2007). Leur ascension se fait fulgurante et cet album projette le groupe sur des hauteurs inespérées. L’entrée en force dans la galaxie des Midnight Juggernauts rend l’attraction irrépressible et leur single Shadows devient un véritable tube international, passant sur les ondes de multiples radios.

Favoris de la Maison Kitsuné et épaulés par le label EMI, ils partagent désormais les scènes des festivals du monde entier avec des artistes éminents tels que The Klaxons, Rage Against The Machine ou encore Björk. Au-delà même du concept de produire de la musique, l’univers du groupe semble s’être enfin mis en place et l’on discerne à présent tous les ressorts de leur créativité. Les frenchys de Justice ne s’y trompent pas et repèrent intuitivement le talent et la polyvalence qui habitent les membres du groupe. Dès lors, ils les invitent à les rejoindre sur leur tournée mondiale. Le drapeau est enfin abaissé et la route semble toute tracée et sans embûches. L’année 2010 signe leur retour en force avec un album renversant et chimérique The Crystal Axis (dans les bacs depuis le 28 mai 2010). Véritable incursion homérique, ce nouvel opus se distingue fortement de son prédécesseur. Loin de l’électro rock symphonique à la Electric Light Orchestra, The Crystal Axis rappelle sans conteste l’électro pop acidulée de leurs confrères australiens du groupe Empire Of The Sun.

Presque deux ans après leur dernière visite parisienne, le groupe privilégie l’intimité de la scène de la Maroquinerie pour une présentation exclusive de leur dernier né. Ils se font cette fois accompagner par Wagner en première partie, un artiste autodidacte dont la musique new wave électrique rétro made in France ne laisse pas indifférent. Toutes les conditions sont réunies pour savourer un show électrique et grisant. Les Midnight entrent ainsi en scène sur l’exaltant Road To Recovery, et le public a la joie de redécouvrir les titres les plus accrocheurs du combo tels que l’enivrant Into The Galaxy, Shadows, This New Technology ou encore le très récent et palpitant Vital Signs. Concluant sur une nouvelle composition, l’incroyable générosité et la simplicité du groupe est déconcertante et semble presque irréelle.

En pleine tournée promotionnelle, nous profitons de leur séjour à Paris pour recueillir leurs impressions sur leur nouvel album The Crystal Axis. Vincent, Daniel et Andy se prêtent ainsi aisément au jeu des questions / réponses. Entre dose d’adrénaline et une invitation onirique, le voyage promet d’être sulfureux !

Votre dernier album Dystopia est paru il y a plus de trois ans maintenant et The Crystal Axis est sur le point de sortir, qu’attendez-vous de ce nouvel opus ?

Vincent : Je pense que ça va être relativement intéressant à observer. Pas mal de temps s’est écoulé depuis notre dernier disque et grâce à cela on a eu l’occasion de faire pas mal de tournées. Je pense que ces éléments « live » ont eu une grande influence sur la façon dont on a produit cet album et cela devient évident lorsque l’on sait qu’une grande partie des morceaux sont issus de nos concerts. Le nouvel album va en déconcerter plus d’un, peut-être même diviser nos fans les plus anciens, mais on espère de tout cœur qu’ils y adhéreront.

Et le résultat vous satisfait pleinement, ça n’a pas été trop dur de vous réadapter au studio ?

Daniel : Non, à vrai dire les choses se sont mises en place d’elles-mêmes, de façon assez naturelle. On s’est isolés dans une maison près de la plage pendant quelques semaines, histoire de se débarrasser des parasites, et dans tout ce pêle-mêle, certaines chansons sont naturellement apparues. Puis l’on s’est séparé quelque temps et on a essayé de réunir les morceaux qui collaient bien ensemble. Mais je pense sincèrement que si l’on parle en terme d’être heureux ou satisfait, tout le processus de composition s’est fait très naturellement, presque en mode automatique. Ce n’est pas comme si on avait voulu tricher en le rendant potentiellement bien. On s’est juste concentrés sur ce que l’on aime faire et, quand tu te fixes sur ce que tu aimes faire, alors tu ne peux qu’être heureux, peu importe les chemins que tu as empruntés…

Comment est-ce que vous fonctionnez au niveau de la production ? Il me semble que vous faites tout vous-mêmes non ?

Vincent : On préfère produire notre musique nous-mêmes, on est un peu « touche à tout ». En revanche on bosse avec un ingénieur du son, Chris Moore, et c’était vraiment très intéressant de travailler avec lui. Il est vraiment très calé sur tous les différents aspects de l’enregistrement en studio. Ça a été une expérience très enrichissante et on peut dire que ses idées ont vraiment apporté un plus à l’album.

Daniel : Il est clair qu’au départ on avait sérieusement envisagé de bosser avec des producteurs pour The Crystal Axis mais on a fini par réaliser qu’on avait déjà fait la moitié du travail nous-mêmes… Donc on est parti sur cette base là parce qu’on voulait que cet album ait du sens à nos yeux. On avait aussi pas mal de nouveaux trucs à tester et on préférait les faire seuls. Au final, on a bossé avec Chris Moore et un autre ingé son, et ce disque a dû être enregistré, en partie, à plusieurs reprises l’année dernière. On a finalisé le tout fin 2009 dans des studios différents, tout ce périple dans le but d’avoir un contrôle total sur les choses et pour éviter que l’on nous dicte ce que l’on doit faire et si c’est bien ou mal….

En quoi cet album est différent de Dystopia ? Notamment, en ce qui concerne l’évolution de votre façon de composer…

Andrew : Toutes les compos venaient de nos concerts, elles sont issues de nos tournées et elles avaient donc cette sonorité particulière que tu retrouves en live. Si je dois trouver un élément de comparaison, je pense qu’à la différence de Dystopia où tout avait été fait très posément, The Crystal Axis quant à lui a été fait dans l’urgence et l’immédiateté de la scène. On a tous les trois des goûts musicaux très variés, mais quelque part on a pas mal de similitudes dans ce qu’on aime. The Crystal Axis est une sorte de mélange de tous ces différents styles. Il sonne très 70’s sur le fond, mais lorsque tu l’écoutes attentivement, tu te rends compte qu’on s’est inspirés de pas mal d’autres époques. Donc s’il y a un changement de taille à repérer par rapport à Dystopia, je pense que ce serait celui-là…

Vous avez sorti beaucoup de remixes tout au long de votre carrière, et quelques-uns d’entre eux ont une un impact direct sur votre popularité comme celui des CSS, de The Presets ou encore Johnny Cash. Comment en êtes-vous venu à choisir de tels morceaux ?

Vincent : Il faut qu’il y ait quelque chose d’intéressant et de différent. Ce n’est pas dans notre genre de faire la surenchère avec un autre remix dans une veine pop. Encore moins de faire un remix « évident », ça serait vraiment douteux et ça nous intéresserait encore moins d’être juste là pour balancer des remixes à haute dose. Le travail à la chaine merci, mais peu pour nous… (rires)

Andrew : Je pense qu’on a peut-être une technique particulière lorsque l’on bosse sur un mix. On choisit souvent un morceau parce qu’on l’a entendu peu de temps auparavant et on s’est dit presque instantanément qu’on va pouvoir y apporter notre touche perso et le rendre différent. On essaie toujours d’étudier avec précision comment le morceau est fait pour l’emmener dans la direction opposée. C’est vraiment plus fun pour nous que de faire un simple remix ou un tube dancefloor. Et les remixes que tu as cité, de The Presets ou CSS, font partie de cette catégorie de chansons qui nous accrochent, d’autres sont faits pour des potes et sinon on reçoit pas mal d’offres de toutes parts et de tous genres.

Vital Signs est un titre vraiment entêtant et mélodique, et une fois que tu l’écoutes tu as du mal à t’en décrocher. Qu’est-ce que vous pouvez nous dire sur ce nouveau single ?

Andrew : La première chose à dire c’est qu’il est très différent des autres morceaux qui sont sur l’album. La musique est délibérément plus calme, voire plus sombre et elle vire un peu psychédélique sur les bords (rires). À l’inverse, les voix ont une tonalité positive et c’est cette ambivalence qui le rend intéressant. D’un côté, ça ressemble à une pop song et de l’autre, et surtout dans sa version album, il est vraiment étrange et il n’est pas évident. Ce n’est pas un morceau facile si l’on peut dire ainsi…

Vincent : La première fois qu’on l’a écrit, on avait déjà ces six à sept longues minutes de jam, cette longue intro et ces ponts sans fin. C’était juste un morceau à part, bizarre et étrange et au final on a conclu avec une fin à la Radiohead ! (rires)

Daniel : Nous on a jamais voulu ça ! C’est Vincent qui nous a forcés ! (rires)

Vince : Ouais bon d’accord ! (rires). Mais cette partie-là était déjà terminée et je ne réécoute jamais ce que je fais donc j’ai même pas eu le temps de prendre du recul et de me dire : « Wow, en fait c’est une chanson pop maintenant ! » (rires)

Andrew : Quand on a commencé à travailler sur ce morceau, on a décidé d’introduire ces nouveaux passages pendant nos concerts. On l’a vraiment testé à fond. On voulait voir ce qui allait fonctionner ou non. En fonction des résultats obtenus en live, on modifiait ou non la base du morceau. Au final, si tu l’écoutes avec des écouteurs tu as un peu l’impression d’entendre des samples en provenance directe des tribus d’Indonésie ! (rires)

Le Clip de Vital Signs a été dirigé par Krozm, pourquoi l’avez-vous choisi ?

Vincent : Ce sont des amis de longue date et ce clip a une véritable histoire derrière lui. On était en train de tourner le clip avec un autre mec aux États-Unis et pour je ne sais quelle raison tout le projet est tombé à l’eau. Il fallait impérativement que l’on trouve une solution de toute urgence. On avait déjà bossé avec Krozm sur un clip précédent et il semblait évident que c’était la seule personne capable de tourner ce nouveau clip dans les délais. On est vraiment très contents du résultat, surtout au niveau artistique. Le rendu collait très bien avec ces sculptures en spirales et d’ailleurs ce n’est pas une retouche Photoshop, mais de vraies constructions. C’était très représentatif de notre aspect physique et mental lors de la composition de l’album.

Est-ce que vous vous êtes inspirés d’artistes comme Daft Punk sur des morceaux comme This New Technology ou encore Into The Galaxy ? Certains samples me font beaucoup penser à leur album Discovery…

Vincent : Je ne dirais pas qu’il y a d’influences directes de Discovery bien qu’on adore Daft Punk ! (rires) On a un respect immense pour ce qu’ils ont accompli ! On aime aussi bien leur musique que toute la recherche artistique qui existe derrière tout ça. Mais je ne pense pas qu’on soit directement inspiré par ce qu’ils font, ça doit être dû au hasard… (rires) On a tous eu des goûts très divers question musique et quelques fois ils s’entremêlent les uns aux autres. Mais comme je te l’ai dit, on a tous grandi avec des groupes dans la mouvance de Daft Punk.

Dans ce cas quelles ont été vos influences les plus marquantes ?

Image de Midnight Juggernauts Andrew : Pas mal de musique des années soixante, fin des années soixante, et pour The Crystal Axis, on pourrait dire qu’il y a pas mal d’influences 70’s et aussi pas mal de musique électro un peu underground d’Angleterre, un peu de French Touch aussi. Mais on ne s’arrête jamais à une influence, on essaie d’être le plus ouvert possible.

Daniel : Pendant qu’on enregistrait l’album, je regardais beaucoup de documentaires sur les westerns, j’écoutais pas mal les albums de Brainticket et d’autres trucs des 70’s et je pense que ça a vraiment été ma base d’influences. Voila tout ! (rires)

Vincent : C’est vraiment étrange que Daniel soit à fond dans ce genre de musique, ça prouve notre divergence musicale puisque je trouve ça relativement chiant (rires) ! Non je déconne ! (rires)

Vous êtes invités au festival Benicassim cet été, c’est d’ailleurs l’un des plus connus, comment vous avez vécu cette annonce ?

Daniel : On est tellement excités ! On a entendu pas mal de choses à propos de ce festival. En 2008 on est venu en Europe pour la tournée des festivals et on n’a pas pu avoir la chance de faire Benicassim. C’était vraiment l’une de nos priorités cette année et on voulait vraiment y être ! Ça a l’air d’être énorme et ça va vraiment être excitant de jouer devant autant de personnes !

Soyons un peu chauvins et égoïstes, mais que pensez-vous du fait de jouer à Paris ?

Andrew : Ça fait plus d’un an et demi qu’on n’a pas mis les pieds ici. On aimerait même vivre à Paris pour quelque temps. En 2008, on avait même un appart ici. C’est vraiment très spécial pour nous d’être ici, c’est un peu comme notre résidence secondaire… (rires)

Cette annonce va ravir tous vos fans parisiens !

Vincent : Je l’espère bien ! (rires)

Andrew : On ne peut pas dire que la salle de la Maroquinerie soit petite, mais en comparaison aux salles où on joue d’habitude elle est relativement plus intimiste. C’était vraiment fait exprès, car on voulait créer cette atmosphère particulière que tu as quand tu joues dans de petites salles. On pensait que ça serait mieux pour les fans, mais je sens que ça va être sympa !

Vincent : Le concert est complet depuis pas mal de temps déjà et donc je reçois des messages en masse pour des guestlists parce qu’on ne peut pas avoir de préventes supplémentaires. Donc on a fait notre possible pour que tout le monde puisse entrer ce soir. On a pas mal d’amis ici et on a vraiment envie de tous les voir.

Vous avez un dernier mot à ajouter ?

Daniel : Humm… « Bonjour » (rires aux éclats)

Vincent : Ceci est un message spécial : si jamais vous passez à Sidney un soir… (rires)

Andrew : Vas-y mec assume et dis le en français ! (rires)

Daniel : Quoi de neuf , pas de bluff, c’est la teuf ! (en français, NDLR) Je ne sais même pas ce que cela veut dire exactement ! La honte ! Je crois que ça veut dire « Comment ça va ? C’est la fête ou je ne sais pas quoi ! » (rires) Ne mets pas ça dans l’interview, je t’en supplie ! (rires)

Crédits photo : Phil A.

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A propos de l'auteur

Image de : Photographe et chroniqueur, parfois ! www.philippeabdou.fr

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