MiCkey [3d]

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Après quelques années d'absence médiatique, MiCkey [3d] revient sur le devant de la scène musicale française, textes loquaces et morceaux electro-pop en poche.

Aujourd’hui assagi, il nous parle de sa Grande Évasion, d’un voyage auprès de personnages fictifs et d’aventures plus extraordinaires les unes que les autres. Les compositions de ce dernier album reflètent une fois de plus une simplicité vraie et attachante : Mickey ne veut pas grandir et nous non plus. Entretien avec l’homme qui réveille la France à coups de rimes malicieuses.

Nouvel album, nouveau logo ?

photo5-3 MiCkey [3d] : Oui j’avais envie d’expliquer que c’était toujours le même projet, mais que ce n’était pas tout à fait la même histoire. Le groupe Mickey 3d a prit des directions différentes il y a quelques années, on s’est moins vu, du coup je suis parti en tournée tout seul et aujourd’hui je travaille avec des amis musiciens. C’est plus un chanteur avec ses musiciens maintenant.

Qui est MiCkey 3[d] et qui est Mickael ?

Il n’y a pas vraiment de différences, tout le monde m’appelle Mickey depuis bien longtemps. Au départ j’ai créé le groupe seul en 1996, et avant cela, je jouais dans un groupe qui s’appelait 3dk alors j’ai gardé le 3d . Donc c’est vraiment une part de moi et pas un personnage. Je ne joue pas, «  Je ne suis pas vraiment acteur » comme disait Farugia !

On retrouve sur cet album des paroles de chansons simples et directes, qui visent à toucher la corde sensible. Peux-tu nous expliquer ce mode d’écriture ?

C’est tout d’abord parce que je ne suis pas un grand littéraire ! ( rires ). J’ai pris cette option-là par facilité et parce que je trouve que souvent, c’est la manière la plus efficace de dire les choses, de les dire simplement, parfois avec un peu d’ironie, au travers de choses légères et de mettre des petites piques… Mais de toute façon, je ne peux pas faire autrement, je n’ai pas la capacité d’écrire des choses compliquées.

Dans ton premier single Méfie Toi l’Escargot, de quoi parles-tu ?

À notre époque quand on est lent et fragile on peut facilement se faire écraser par des gens qui vont beaucoup plus vite. Le monde va vite, la société va vite, il faut se lever tôt et aller vite de nos jours – apparemment c’est ce qu’on dit – sinon on est un peu mis de côté. C’est une chanson un peu ouverte où chacun trouve ce qu’il veut dedans.

Dans le clip on voit dès les premières images un homme qui piétine la nature. Va-t-on retrouver le Mickey 3d dénonciateur et défenseur de causes ?

Non, c’est un peu pour cela que l’album s’appelle La Grande Évasion . J’ai eu un peu envie de changer de mes thématiques habituelles de chansons, qui sont d’ordinaire plus sociales et plus citoyennes. J’ai eu envie de partir un peu plus vers la narration de petites histoires ou de personnages un peu extraordinaires, de partir de moments autobiographiques dans certains lieux et d’arriver dans la fiction pour m’évader de moi-même et de ma tête.

Alors quels sont les nouveaux thèmes que tu abordes ?

photo3-4Ce ne sont pas vraiment des thèmes, mais bel et bien des histoires dans des lieux clés comme dans Paris t’es belle, Montluçon ou La Footballeuse de Sherbrooke, une chanson que j’ai écrite au Québec. Je me suis retrouvé dans un campus universitaire avec des filles qui jouaient au foot, je les ai regardées et je me suis mis à imaginer une histoire d’amour avec une footballeuse où les rôles seraient inversés : le garçon s’occupe des enfants et fait la cuisine pendant qu’elle va s’entraîner… Je trouvais ça marrant comme histoire. Et puis c’est ma façon à moi de dire que j’aime bien ce pays.

J’ai eu envie de parler de personnages qui ne seraient pas forcément ordinaires, comme de La Fille du Cannibale qui est une fille qui vit avec un père cannibale et qui doit ramener des mecs chez elle pour qu’il puisse manger… Ce ne sont pas des histoires qui arrivent tous les jours !

C’est donc un album plus léger ?

Oui, c’est ça, c’est plus frais, moi ça m’a permis de m’amuser, de prendre l’air et de changer un peu.

On retrouve souvent un enfant qui est victime des adultes. Quelle est ta véritable vision de l’homme ?

Je pense que l’homme adulte perd beaucoup de choses de son enfance et de son adolescence, cette certaine naïveté que l’on a. Une fois adulte on rentre dans le monde de l’argent, là où il faut survivre et on sort de cet état. Il faut garder un peu d’enfance en nous, ça nous évite de ne pas trop faner, de ne pas devenir des adultes trop adultes.

En écoutant tes textes, on ressent bien cette nostalgie du passé, cette peur de l’homme et de ce qu’il engendre… N’aurais-tu pas le syndrome de Peter Pan?

Peut-être… ( rires ). L’enfance et l’adolescence sont des périodes de ma vie que j’ai bien aimées et comme tous les gens qui ont aimé ces moments, j’ai un peu de mal à retrouver ce bien-être en étant adulte.

Playmobil relate les souvenirs d’un gamin. Est-ce que ce sont les tiens ?

Pour cette histoire je voulais au départ que l’on pense que c’était mes souvenirs et puis ça a bifurqué. J’ai finalement raconté l’histoire d’un petit garçon mal dans sa peau, un peu teigneux et qui veut devenir président de la République quand il sera grand. J’ai voulu avoir une réflexion sur ce que pouvait être l’enfance d’un homme de pouvoir qui veut commander les autres et être le chef. C’est plus un regard psychanalytique que politique, ce n’est pas une prise de position.

Tu racontes des histoires, tu inventes des personnages, au final cet album n’a pas l’air trop intimiste…

photo2-7Si, un peu, il y a cette chanson 1988, qui parle de mes 18 ans, de mes souvenirs et ça c’est complètement autobiographique. De même pour Paris, t’es belle, je l’ai écrite un soir alors que j’étais à l’hôtel. Ce jour-là j’avais une belle vision de Paris, il faisait beau, les filles étaient belles le parc était joli… C’est une chanson sans prétention.

Tu as collaboré avec Cécile Hercule pour certaine des chansons, comment as-tu été amené à travailler avec elle ?

C’est une artiste que j’ai découverte sur internet, il y a 2 ans environ et j’ai beaucoup aimé ce qu’elle faisait et comment elle écrivait. Elle a commencé à m’envoyer ses maquettes et avec le temps je me suis dit que j’aimerais bien lui donner un coup de main pour faire bouger les choses pour elle. Je l’ai aidé à faire son premier album et je l’emmène aussi sur la route en première partie, pour la faire découvrir au public.

Tu utilises beaucoup internet ?

C’est un outil pratique pour les nouveautés musicales avec ses qualités et ses défauts. Pour découvrir c’est bien, pour vendre des disques c’est moins bien… Mais ça me permet de découvrir de jeunes artistes sur des sites comme Myspace. Lorsque je reçois des demandes d’ «amis» et qu’ils me demandent d’aller écouter ce qu’ils font, je le fais. Ça me permet d’entendre de très belles choses.

D’ailleurs, tu as également tenu un blog lors de l’enregistrement de ce nouvel album…

Oui j’ai fait quelques films avec mon portable et j’ai mis quelques instants en ligne pour les gens qui avaient envie d’aller voir. Il y a eu de bonnes réponses, des petits mots… c’est toujours sympa.

Qu’est-ce que tu penses de tout le débat autour du téléchargement illégal ?

Je pense qu’il va falloir faire une loi un de ces quatre, mais pas une loi à la manière du gouvernement – une loi de répression – mais une loi qui soit une espèce de licence globale intelligente en mettant les artistes, les gens du public et les maisons de disques ensemble pour réfléchir à quelque chose de bien fait, et pas un truc où tu arrêtes les gens. Ça n’a jamais amené à grand-chose. Ça ne me dérange pas quand les gens téléchargent les albums de superstars qui vendent des millions, mais il ne faut pas télécharger les jeunes artistes. Si tout le monde télécharge leur premier album, ils ne pourront jamais en faire de deuxième.

Tu es optimiste pour l’avenir du disque ?

Le disque n’est pas très important, c’est comme ça, c’est l’époque. Ce qui est important à mes yeux ce sont les concerts. Il faut que les gens continuent à aller voir les spectacles.

Que penses-tu du succès d’ Europe Écologie aux dernières élections ? Effet de mode ou prise de conscience des gens ?

photo6-3C’est à force de répéter les mêmes choses encore et encore. Nicolas Hulot, les chansons…. finalement ça rentre dans la tête des gens et ils réalisent que ça peut être un problème. Il y en a bien sûr beaucoup d’autres, mais ça fait partie des choses auxquelles nous devons faire attention. Je ne suis pas un écologiste militant, je suis juste quelqu’un qui trie ses déchets et qui fait attention de ne pas abîmer la planète. Si tout le monde fait ça, c’est déjà bien. Après, ce sont aux hommes de pouvoir de faire plus. Mais ils font un peu les choses à l’envers, par exemple je pensais que la taxe carbone servirait pour les grands industriels qui polluent, et en fait c’est encore les gens du peuple qui vont payer.

Alors avec un peu de recul, est-ce que tu penses que « Demain finira bien ? » (Chanson extraite de l’album Tu Vas Pas Mourir De Rire ndlr)

Je ne peux pas savoir, c’est ça qui est intéressant… On verra bien de quoi demain sera fait. On va vers une situation où, comme disait Ragasonic il y a quelques années, les riches sont toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres. Un jour il va y avoir une frontière… Je ne me révolte pas, mais je suis un peu comme tous les gens, je commence à être fataliste…

Comment fais-tu pour te ressourcer ?

Je bois de l’eau de source… ( rires ). J’habite en province donc je peux me reposer tranquillement, je ne suis pas dans le speed parisien. Je vais souvent me ressourcer dans le village de mes grands-parents, un tout petit village dans la Loire.

Tu enchaînes ta tournée au mois d’octobre, est-ce que tu es heureux de retrouver ton public ?

photo4-3Je suis heureux de partir sur la route et de faire des concerts parce qu’on s’entend tous très bien dans l’équipe. On a fait une petite tournée cet été en Ardèche, on a tourné dans les villages, c’était super agréable… Donc je suis à la fois très content de retrouver la scène et de partir avec les musiciens. Le public change beaucoup maintenant, les gens passent vite à autre chose, donc je verrai bien la réaction qu’il me réserve !

Ton coup de coeur musical du moment ?

Eh bien Cécile Hercule … J’aime aussi beaucoup un groupe de Bordeaux qui s’appelle Kap Bambino, et The Tallest Man on Earth, un chanteur suédois, un peu à la Bob Dylan, qui est tout seul avec sa guitare.

Un bonjour à passer ?

( réfléchis ) Je ne sais pas…. on connaît des gens en commun? ( rires ). Je vais passer le bonjour à tous les internautes qui viennent sur Discordance!

Un remerciement ?

Je vous remercie de vous intéresser à mon disque et d’être venus en parler.

Un bisou ?

Eh bien à toi !

Crédits photo : Philippe Abdou

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A propos de l'auteur

Image de : J'aime le Rock, le vrai, pas le trop bruyant ni le trop mou, des Brian Jonestown Massacre aux Yeah Yeah Yeah's en passant par Marilyn Manson ou NIN. Je passe une grande partie de mon temps dans la pénombre des salles de concert pour essayer inconsciemment de découvrir The Next Big Hit !

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