Mickaël – L’homme aux yeux rouges

par Arno Mothra|
A l’occasion de sa première exposition se déroulant à Paris au « Lieu-dit » du 6 au 19 décembre, rencontre avec le dessinateur fantastique et atypique L’homme aux yeux rouges. Pour les amateurs de personnages désordonnés, sans raison, sans repères, et dont les traits sophistiqués nous rappellent à ce qui se fait de mieux dans le genre.

Depuis quand t’attelles-tu à la peinture ?

hommeEn fait je ne fais pas vraiment dans la peinture : il s’agirait plutôt d’expérimentation avec de l’encre de chine. J’ai démarré comme ça pendant l’année 2004, j’aimais bien le côté un peu « en mouvement » et forcément « dégueulasse », ça me prenait avant d’aller travailler. Au départ je me faisais vomir, puis j’ai tout rejeté dans ces premiers dessins. Certains sur mon « espace » sont des archives. Depuis j’en ai fait ma petite marque de fabrique. Mais il ne faut pas trop s’habituer à ce genre de choses tu sais.

Tes personnages s’avèrent très souvent protéiformes voire difformes, oniriques et fantastiques, comme échappés d’un monde parallèle, entêtés par le rêve. Leur tête ressemble au fruit d’une échappatoire, comme un drôle de puzzle. Quel message particulier souhaites-tu diffuser à travers eux ? Une marginalité ? Le rêve d’un rêve ? D’une réalité ?

J’aime bien que tu dises que ça vienne d’un autre monde, c’est un peu la partie « fantasme ». En fait pour tout te dire je ne me pose pas trop ce genre de questions. L’idée de puzzle, peut-être, parce que ma vie de tous les jours est très bordélique, ça se ressent forcément dans certains de mes « travaux », mais je ne veux pas diffuser de message. Y donner un sens précis serait perdre tout ce côté un peu « à part ». J’aime bien quand une personne va apprécier un de mes dessins sans trop savoir pourquoi, ce côté-là me plait aussi. Ce que je peux ajouter c’est que ce n’est pas une partie de plaisir de dessiner tous ces trucs, ça vient ou pas, et je n’en suis jamais vraiment satisfait au bout.

Sont-ils voués à la mort, ou leur imagines-tu un chemin plus étoilé ?

Certains sont éphémères, d’autres devraient prendre un autre chemin. je ne peux pas tout planter : je finirais par me planter moi aussi.

Ta première exposition « Truth is all we can believe » se tiendra à Paris du 6 au 19 décembre, au Lieu-dit (20e). Beaucoup de mystère entoure ce vernissage, puisque tu évoques évasivement une nouvelle vie pour tes personnages. Peux-tu nous en parler davantage ?

Le début de l’histoire c’est la recherche d’un éditeur. Durant 2 années j’ai tenté de trouver un petit éditeur indépendant (ah ah), j’ai eu le sentiment d’être invisible, ça blesse ton ego quelque part, et puis j’ai un peu laissé tomber. Par la suite, j’ai eu un projet de groupe que j’ai quitté après deux concerts, j’en parle parce que ça me prenait beaucoup de mon temps, à la suite de ça, j’ai eu peur, j’avais un sentiment de « vide » autour de moi, il fallait que je m’accroche à quelque chose, j’ai d’ailleurs réalisé ces jours-ci que tout ce que je voulais finalement c’était un sentiment de fierté, ce qui me manque à ce jour. Par chance une petite association Le candiraton (http://www.lecandiraton.com) m’a contacté et m’a proposé cette exposition ; au départ je n’avais pas d’idées précises, c’est par la suite en réunissant mes quelques dessins que j’ai réalisé :  » Cette exposition sera en fait l’univers de mon projet de livre « , mais avec ce côté « vivant » un peu comme si tu entrais comme ça dans un gigantesque tableau animé. Le titre TRUTH IS ALL WE CAN BELIEVE, c’est un peu par hasard…

En rangeant de la paperasse administrative, je suis tombé sur un bout de papier ou il était inscrit :  » Tout ce que nous pouvons croire est la seule réalité « . J’ai bien accroché parce que justement je suis dans ma vie tiré entre deux mondes, le quotidien et le monde « fantasme ». J’ai tendance à ne pas être là, physiquement oui, mais mon esprit se balade, je suis tiraillé entre mes fantasmes, et ce que je devrais accomplir dans le quotidien. Ça me rend certes créatif dans ma vie, mais je peux être une vraie loque. Je veux juste brouiller les pistes, si on peut dire les choses de telle manière, de sorte que les spectateurs ne se rendent plus vraiment compte de ce qui est réel ou fantasmé. Tu y comprends quelque chose toi ? Ah ah !

Ce titre de « Truth is all we can believe » évoque le subconscient, la schizophrénie, l’irrationnel. On n’est d’ailleurs peu étonné de lire ton admiration pour Nine Inch Nails sur myspace. Tu sembles d’ailleurs très inspiré par la musique, puisque après l’exposition, le groupe nowHere jouera en live.

homme2La musique c’est ma vie. Dès que je termine cette exposition je m’attaque concrètement à mon nouveau projet musical, ce sera assez impulsif, ce qu’on peut retrouver dans le punk, et pas mal d’atmosphères musiques de films. Nine inch nails, oui c’est une grande référence pour moi c’est certain ; je n’aime pas tout ce qui a été fait, mais je prends beaucoup de plaisir à écouter The downward spiral et The fragile . Mais musicalement, ces derniers mois je citerai vraiment trois groupes : en tête, The Radio Dept, très aérien, qui d’ailleurs m’a été conseillé par Xavier du projet nowHere ; en deuxième les fabuleux Principles of geometry (ndlr : projet d’ electronica ), putain, t’as écouté leur dernier album ?

Je n’en suis pas très fan à vrai dire.

C’est vraiment ce que j’aime. Et le troisième, découverte punk de la fin de l’année dernière, Frustration (ndlr : chronique à venir sur Discordance). Je dépense pas mal de mon argent pour acheter des disques, je suis fétichiste des disques, je n’ai jamais acheté de musique sur le net. Pour en venir enfin à nowHere, c’est un projet de longue haleine de mon seul et véritable ami Xavier . Ça fait des années qu’il tente de monter un groupe sur la région des Alpes maritimes, j’ai même fait partie de son groupe à la basse il y a tréééés longtemps (j’avais les cheveux longs, étais aussi bien taillé qu’un bâtonnet de glace, et portait « sérieusement » un vieux manteau à ma mère) ah ah. la jeunesse. J’ai de suite pensé à Xavier pour la partie musicale, déjà d’une part pour son talent immense (je le pense sincèrement) et puis car je suis quelqu’un de très nostalgique, par rapport à tout ce que j’ai pu vivre comme trips avec la musique avec lui et pendant quelques années. Pour moi c’est évident, une partie de cette époque va surgir et me faire frissonner, j’ai hâte.

Tu lanceras à partir de décembre ton propre fanzine, The undergrrround comix : this is empire !, que tu décris comme une bande dessinée minimaliste. Le petit garçon de « Je me sens vide » sur ton myspace en est-il l’illustration ?

Alors, oui normalement si je bosse le truc correctement, une sortie est prévue courant décembre, au plus tard en janvier. L’idéal aurait été de lancer le truc pendant l’expo. Minimaliste dans son visuel, avec des couleurs très fades, peu de dialogue, ce sera des tranches de vie d’une sorte d’anti-héro, rongé par la relation avec ses parents, une mère aussi vivante qu’un sac de ciment, un père fumant de l’herbe et fantasmant ses vieux jours, un poste télé crachant la fin du monde, et une troupe de religieux perchés sur un nuage assurant une propagande, le tout rythmé par la sonnerie d’un radio réveil. Tu peux en voir un court extrait sur un blog de mon espace . Il ne s’agit pas du même personnage présent sur la page principale.

En début d’année, tu as réalisé la pochette du premier album de Lovely Girls Are Blind, projet instrumental de post-rock progressif très réussi. Était-ce une commande ? Quelles différences y a-t-il entre ton travail d’artiste et le fait de mélanger ton univers à celui d’un autre ?

affiche2c Lovely girls are blind, en fait je partageais le même studio de répétition avec mon ancien groupe on a vite sympathisé, et comme ils voulaient un dessinateur pour illustrer leur premier album, je me suis de suite proposé. J’aime vraiment beaucoup leur disque par ailleurs. On avait fait un truc sympa en février dernier, pendant un de leurs concerts je peignais des trucs sur une grande toile. J’ai peut-être un autre projet avec eux pour une mini expo début 2009 sur Paris, j’espère que ça se fera. Il n’y a pas trop eu de difficultés, j’ai écouté leurs morceaux, et j’ai fait ce que tu sais.

Détail surprenant dans ta biographie : une de tes peintures reste exposée dans une librairie à Houston. Comment cela est-il arrivé ?

Alors ouais ça c’est plutôt cool, je le dois à mon espace . La propriétaire de la librairie en question a flashé sur mes dessins et m’a vite demandé un original : ça a été exposé lors d’une soirée. Mais comme me le fait signaler mon cher Xavier, avec la distance, on ne sait pas trop à quoi s’attendre, peut-être que ça a juste servi pour décorer les toilettes… Mon comics doit être distribué là-bas, et dans quelques autres endroits en Amérique…

As-tu déjà des projets pour l’année prochaine ?

Je garde toujours cette idée de publier un livre, même pour une petite quantité, qu’il y ait une diffusion, une promo derrière, mais pour le moment c’est le néant. Mes projets concrets, c’est entre autres une nouvelle exposition plus poussée autour de 13 fantasmes : cette fois on entrera vraiment dans le vif du sujet, ce sera pas forcément aussi sale que je l’aurais pensé, même s’il y aura quand même quelques bites encadrées, vous comprendrez un peu plus tard. Je vais prendre mon temps pour ça, mais peut-être d’ici l’automne 2009. La sortie du premier numéro de The undergrrround comix : this is empire! en français dans un premier temps, puis une édition anglaise par la suite, et avant tout ça, je cherche à exposer dans d’autres villes ailleurs que Paris ; je pensais à Lyon, qui est une ville qui bouge pas mal aussi sur le plan culturel. J’aurais aimé reprendre le Truth is all we can believe et exposer ailleurs. J’ai mailé deux galeries en province, on verra bien, ou peut-être qu’on ne verra rien.

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