Merzhin – Plus Loin Vers l’Ouest

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La Bretagne, douce terre éloignée souvent froide et caillouteuse, avance dans l’océan Atlantique comme un bout de continent appelant les Amériques. Pourtant un petit groupe d’irréductibles merlins y sévit depuis près de 15 ans en proposant un rock aux influences bretonnes avec bombarde, flûte et clarinette, comme pour revendiquer fièrement leurs attaches. Alors que les beaux jours se font sentir, le printemps a donné des ailes à Merzhin en allant Plus Loin Vers l’Ouest.

Image de Merzhin - Plus Loin Vers l’Ouest Ce nouveau voyage sera différent des précédents : la major a été lâchée, et ce sont désormais les Merzhin (merlin en breton) qui s’en chargeront, bien accompagnés par Matthieu Ballet à la production (Alexis HK, Bashung, Miossec…).

La pochette est d’ailleurs très significative, comme le titre de l’album lui-même : une étendue désertique jonchée de pierres et de rochers, puis au milieu de nulle part, des rails à l’abandon, à l’image d’une ancienne destination aujourd’hui oubliée.

Pourtant Merzhin a clairement décidé d’emprunter ce chemin sauvage et retiré. Oui, Merzhin va Plus Loin Vers l’Ouest. Et ça s’entend. « A coup de gammes et de rengaines, ils ont fait naître une flamme, une étincelle sur leur domaine » nous donne le premier frisson de l’album sur L’étincelle. Une parade rock qui n’a pas oublié ses racines, mais qui durcit le ton.

La bombarde reste présente, mais apparaît plus en retrait : Train de Nuit s’en va prendre ces allées acoustiques, où se mêlent excitation et frénésie sur de légères percussions « Jusqu’au bout de la nuit je sais que plus rien ne m’arrête, du soleil à minuit, je sais que plus rien ne m’arrête ». On tient déjà notre pépite d’or.

Confortablement installé dans notre train de minuit, la douceur nocturne vient brutalement se heurter aux rugissements des guitares de La Commedia des Ratés et ses « chacun pour soi en avant le spectacle ! », en flirtant avec un bon vieux punk maison à la sauce de La Sourie Déglinguée et de son inévitable saxo rugissant !

Comme pour nous montrer que ce voyage ne se fera pas sans secousse, Sweet Guerilla s’inscrit dans cette lignée post-rock, punk et alternative, tout comme Duel et l’explosif Cobaye. Les amateurs de la reprise des Sherrifs A La Chaleur des Missiles présente sur le précédent opus Pieds Nus Sur La Braise (2006) seront amplement servis avec un Merzhin énervé et galvanisé comme jamais !

Cette violence, inédite depuis la création du groupe, prouve que les ressources de Merzhin sont profondes, renouvelables, mais surtout en pleine diversité musicale. Car ce virage punk remarqué sur un bon tiers de l’album se conjugue aussi avec la subtilité de morceaux beaucoup plus posés, aux frontières du rock breton tout comme de la folk. On ne se lasse pas de réécouter des titres tels que Le Serment, ballade poétique à outrance, portée par la voix envoûtante de Pierre et surtout par la clarinette de Ludo, qui rappellent Au Bout de la Scène et Nu et Noir de Pied.

Amarillo ne déroge à aucun moment à cet éclectisme généralisé, bien au contraire : sonorités bien pensées, des guitares sèches qui donnent ce côté latino et un mélange de chants en français et en espagnol. Utilisation d’un sitar pour débuter Cavaliero en Inde, revenir en Bretagne avec la bombarde pendant le refrain, et finir cette charge musicale dans un grondement électrique. Ce Merzhin là n’a pas fini de nous étonner : Le Pacte du Diable propose une mélodie entêtante sur fond de banjo avant que la dernière des treize pistes (Plus Loin Vers l’Ouest) ne pointe déjà le bout de son nez pour tout naturellement clore le disque sur des airs de far-ouest

« Rien ne presse… seul compte le chemin, plus loin vers l’ouest ». Merzhin a bel et bien pris cette direction, et de façon admirable. La compilation de reprises Moon Orchestra en acoustique sortie l’été dernier fait d’ailleurs à ce titre figure de jolie transition entre cet opus et le précédent.

Trop souvent catalogué à un rock breton et souffrant malheureusement d’un manque de visibilité beaucoup trop grand, c’est un sacré signal que lance Merzhin au rock hexagonal en sortant l’un des meilleurs albums de ce début d’année 2010. Ne reniant pas ses origines, le groupe a su mélanger ses influences musicales locales tout en les dépassant. Si à la sortie de Pieds Nus Sur La Braise en 2006, on parlait alors d’album de la consécration, Merzhin s’est servi de ces cendres brûlantes pour se forger un style unique. En 4 ans les attentes se sont faites plus lourdes et plus pressantes, mais de là à se voir offrir un tel voyage…

Il serait bon que le rock français aille plus loin vers l’ouest un peu plus souvent.

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En savoir +

Merzhin, Plus Loin Vers l’Ouest, 13 titres, 6 avril 2010.

Myspace officiel : www.myspace.com/merzhin

A propos de l'auteur

Image de : Etre thésard et mélomane, c'est possible. Enfin du moins pour l'instant ! Véritable électron libre dans le Sud de la France navigant entre Montpellier, Nîmes, Avignon et Marseille, je conserve cette passion à partager mes coups de cœur, mes trouvailles... et aussi mes coups de gueule. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus, vous pouvez toujours jeter un œil à mon site perso, Le Musicodrome (www.lemusicodrome.com).

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