Mathieu Artu (RQTN, Kid North) : « J’ai toujours composé pour des images ».

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À l'occasion de la sortie de Passenger, le nouvel effort de RQTN, rencontre entre sons et images avec son auteur Mathieu Artu.

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Peux-tu m’expliquer ton parcours d’artiste, pas seulement en tant que musicien, mais aussi en tant que créateur d’univers, d’atmosphères ?

Mon parcours d’artiste… C’est plutôt compliqué de répondre à cette question, sachant déjà que je n’aime pas me considérer « artiste » . Si je devais utiliser un mot, ça serait peut-être « artisan » …

Du coup je vais te répondre de manière totalement terre à terre : J’ai appris le piano à l’église quand j’étais petit, j’ai ensuite eu une période à vide de dix ans où je n’ai pas touché un instrument, puis vers l’âge de 12 ans on m’a offert une guitare et je m’y suis remis. À partir de ce moment j’ai repris l’apprentissage du piano, mais seul, pareil pour la guitare. Au lycée j’ai monté un groupe plutôt metal, puis à la fin du lycée j’ai fondé un groupe de post-hardcore avec quelques amis. À ce moment j’ai découvert énormément de groupes et de styles musicaux, et j’ai été transcendé par le post-rock. Du coup j’ai voulu moi aussi faire quelque chose qui y ressemble, et c’est là qu’est né RQTN.

Au fur et à mesure de mon évolution personnelle et de mes rencontres, je me suis éloigné du post-rock pour essayer de détacher RQTN d’un courant musical, devenir indépendant d’un style pour me concentrer sur un sentiment à atteindre, une histoire à raconter.

En 2011 j’ai fondé Kid North, groupe d’indie pop dans lequel je chante et je joue de la guitare, qui m’a permis d’élargir mon spectre créatif.

Et depuis je continue de faire de la musique pour RQTN que je veux la plus personnelle possible.

J’imagine qu’on doit souvent te poser cette question, mais d’où vient le nom RQTN ?

Il vient du fin fond de mon cerveau embrumé.

Ton nouvel EP intitulé Passenger est sorti le 1er Mars. Peux-tu m’en dire plus sur la composition de cet opus ?

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Cet EP est un peu spécial puisque ça faisait très longtemps que je n’avais pas réussi à composer pour RQTN, et ce n’était pas faute d’avoir essayé. J’ai finalement retrouvé l’inspiration avec un évènement important dans ma vie, puis avec une envie particulière qui m’est venue à ce moment-là : je voulais puiser dans l’énergie dubstep (oui oui) et y transposer l’univers de RQTN. Mais non pas comme j’ai pu le faire dans l’album Decades And Decisions où j’ai aussi utilisé les instruments du style que je visais, je me suis ici volontairement « limité » à un orchestre. 8 mois de composition plus tard, Passenger était né.

Un clip, tourné à Oslo en Norvège, a été réalisé pour le morceau Three Weeks. Peux-tu me parler du tournage et du sens que tu as voulu donner entre sons et images ?

Pour le clip c’est assez particulier, car je n’ai rien choisi, c’est Arnaud Boissel, excellent chef opérateur qui travaille avec Mustafa Mazouzi qui est allé en Norvège et est revenu avec des images qu’il avait tourné pour ce morceau. Je ne peux donc pas t’en dire plus, il faudrait que tu poses cette question à Arnaud.

L’année dernière, tu as composé la bande originale du film I Need Shine, réalisé par Mustafa Mazouzi justement. Comment s’est déroulée cette expérience nouvelle ? As-tu eu une liberté totale ou devais-tu respecter un certain cahier des charges ?

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Cette expérience était excellente. J’ai eu au départ une liberté totale, puis Mustafa s’est révélé dictateur assez rapidement (rires) et m’a recadré, mais au final le résultat n’est pas tant éloigné de ce que j’avais composé au départ. Le film est excellent, j’ai tout de suite su ce que j’allais écrire avant même de voir un montage des rushes. Et la projection dans la grande salle (remplie !) du Gaumont Opéra de Paris était émouvante. Une expérience que j’aimerais réitérer le plus vite possible.

En quoi était-ce différent de composer la bande originale de ce film que de composer un album de RQTN ?

Ce n’était pas si différent que ça au final, car j’ai toujours composé pour des images avec RQTN, qu’elles soient imaginaires ou réelles. La seule différence ici était que les images m’étaient imposées, mais au fond elles étaient tellement proches de mon univers que la difficulté s’est plutôt trouvée dans les questions techniques : le calage, le minutage, la synchronisation…

Dans la conjoncture actuelle, est-il difficile pour toi de sortir et de distribuer un album ?

Non, avec RQTN tout est simple puisque je passe uniquement par internet.

Justement, quelle est ta vision de l’industrie musicale de nos jours, entre la dématérialisation à outrance, la remise en question du compact disc et du format « album » ainsi que le retour du vinyle sur le devant de la scène ?

Je ne sais pas, je m’en fiche un peu.

Les artistes ont les moyens de se faire écouter, les auditeurs ont les moyens de les découvrir.

Ce qui m’attriste un peu plus est plutôt leur rémunération. Je sais qu’internet n’est pas un énorme vecteur de rentrées d’argent, mais avec Kid North j’observe les choses sous un nouvel angle et je me rends compte que même un groupe semi-pro n’est jamais payé correctement.

Où puises-tu ton inspiration, cette mélancolie qui parcourt l’ensemble des albums de RQTN ? As-tu des influences particulières, des artistes qui ont marqué tes perceptions de la musique ?

Les images, toujours les images.

Et des artistes qui auraient modifié ma perception de la musique… Michael Nyman, Eluvium, Nils Frahm et Gonzales.

Comment définirais-tu le registre musical dans lequel tu évolues ?

Musique pour images.

Peux-tu me parler un peu de Kid North ?

Kid North est mon penchant plus pop, celui que j’ai toujours eu, mais que je n’ai jamais eu l’occasion de développer. C’est aussi mon projet « à plusieurs », la seule exception à ma règle depuis 6 ans.

Depuis 2011 c’est une belle aventure, j’y mets autant d’énergie que dans tous mes projets, et cela commence à payer. Nous faisons de belles choses, de beaux morceaux, de belles radios et de beaux concerts, pour l’instant c’est très agréable.

Quel regard portes-tu sur l’évolution de ta carrière aujourd’hui et comment envisages-tu l’avenir de RQTN ?

Je n’aime pas l’expression « ma carrière » car je n’ai jamais visé une professionnalisation de ma musique.

J’aimerais faire plus de musique pour l’image, des films et des courts métrages, mais malheureusement la vie ne me met pas sur le chemin des pistons (car c’est ainsi que ça fonctionne) dont j’ai besoin pour le faire.

Si tu ne devais choisir qu’une seule de tes œuvres, laquelle choisirais-tu et que représenterait-elle pour toi ?

Monolithes en Mouvement

C’est extrêmement difficile comme question… Mais je crois que je te répondrai Monolithes En Mouvement.

C’est peut-être techniquement mon album le plus faible, mais je ne sais pas, depuis que je l’ai fait j’ai toujours eu l’impression que je ne composerai rien de mieux. À chaque fois que je compose, je reviens inlassablement dans les gammes qui définissent MEM, et même si je m’empêche de les réutiliser, c’est assez révélateur.

Évidemment je suis extrêmement fier de Passenger, qui techniquement est probablement mon meilleur album, mais je n’ai pas encore le recul nécessaire pour savoir si il marquera ma vie « artistique » avec RQTN.

Un souvenir marquant, une anecdote particulière sur ton parcours que tu aimerais partager ?

Je pense que mon souvenir le plus marquant est la projection du court métrage de Mustafa Mazouzi. Voir une salle comble applaudir lorsque mon nom a été projeté sur l’écran de cinéma m’a énormément ému.

Passenger, en écoute et en téléchargement sur Bandcamp.

Clip de Three Weeks.

Divers extraits en écoute sur le site officiel de Mathieu Artu.

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A propos de l'auteur

Image de : Esprit ouvert vers le monde, aussi bien apaisé que profondément rock'n'roll, Ghost erre dans l'immensité des paysages musicaux d'hier, d'aujourd'hui et de demain.

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