Mass Hystéria – L’armée des ombres est en marche

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18 ans d'existence et 7e album pour Mass Hystéria. Une notoriété plus à prouver, quelques remous avec le départ du bassiste mais une éternelle envie de furia pour un groupe qui a toujours trouvé l'alchimie entre le métal et fusion. Parti en reconquête de son public après un album éponyme (2005) qui avait soulevé une certaine incompréhension du côté des puristes à cause d'un virage très pop, Mass Hystéria revient peu à peu à ses fondamentaux. A voir si "L'armée des Ombres" relèvera le défi de l'unanimité.

Tout au long de ces dernières semaines, Mass Hystéria s’est efforcé de nous faire comprendre que quelque chose a changé : exit les futilités, le côté sombre des Mass Hystéria est en passe de redevenir l’étendard du groupe. Petit à petit, « Une Somme de Détails » (2007) a tracé le chemin de « Failles » (2009), rappelant ainsi que les Mass n’étaient pas morts. En 2012, l’ovni « Mass Hystéria » (2005) est oublié et, « Contraddiction » (1999), considéré comme l’album référence du groupe, n’est peut-être plus définitivement enterré. Depuis 3 ans, la lourdeur est à nouveau leur meilleur qualificatif et on s’en doutait (ou on se forçait à le croire), que « L’armée des Ombres » allait mettre tout le monde d’accord. Du moins, il s’inscrit de manière logique par rapport à leurs derniers efforts grâce à un certain Fred Duquesne (Watcha, Empyr) aux manettes.

La reconquête s’est opérée en 10 titres, 12 pour ceux qui ont choisi d’acheter l’album directement auprès du groupe (avec un documentaire à la clé). Inutile de préciser que l’esprit de « Contraddiction » plane sur ce nouveau bébé. L’armée est en marche, c’est indéniable : aux bons souvenirs d’un monstrueux P4 (1999), Mass Hystéria reprend ses vieilles recettes dévastatrices sur plusieurs morceaux : Positif à Bloc, oui, forcément, le métal indus des Mass Hystéria est bien en train de s’affirmer : mélodies cycliques, intro corrosive et, surtout, un penchant dark qui réenclenche l’hystérie dès la première écoute.

Et dès cette première écoute, il sera impossible de passer à côté de track tel que L’homme S’entête, 3 minutes de joyeux bordel où les riffs martèlent la compo. Combo batterie/guitares à l’unisson, refrain démoniaque où les machines sont remises en route, on imagine bien les « l’homme s’entête… ! stop… faire soulever la foule en sueur en concert. Assourdis par un son toutefois maîtrisé, « j’avance dans ce monde à l’envers où le temps s’écoule à rebours (…) j’ai vu plus d’images de guerre que d’amour ! ». Le décor est posé. De quoi donner le vertige ? Certainement. Essayer de vous mettre à la hauteur de Vertige du Monde ! Mass Hystéria retombe dans son incroyable démence, le rythme s’emballe violemment à la limite du hardcore, « voici le paradis, venez par ici ! Nous voilà avertis ! ». Un doux euphémisme, Mass Hystéria vous fracasse littéralement les portes de l’enfer.

Hurlant un « soleil immense et ciel d’azur, je n’ai rien perdu de mes années folles », Mass Hystéria ne tardera pas à s’accaparer L’esprit du Temps : avec des premières notes qui feraient pâlir les plus sceptiques, « l’esprit du temps vagabonde, la vérité n’est pas ailleurs, non, à défaut du meilleur des mondes essayons un monde meilleur » et les samples se payent une belle place dans ce métal tortueux… « l’union dans la résistance et l’amour en embuscade, créer pour exister, c’est résister un peu, ALLEZ ! », la cocotte sous pression finit par exploser dans la fusion.

Toujours plus fort, on se croirait presque entendre du Sidilarsen au meilleur de sa forme sur Commedia d’ell Inferno : machines vrombissantes, des lyrics à vous perforer les tympans et les mercenaires avancent furtivement dans l’ombre… Les paroles des Mass sont toujours bien placées : politique, pétrodollars, société de consommation, amour, le tout sans jamais tomber dans l’exagération. « L’enfer est pavé d’iPad, qui veut croquer dans la pomme ? La nostalgie, camarade, si t’as pas de Rolex tu n’es pas un homme ! ». « Dans un monde sans lumière », une nouvelle explosion est présagée sur le track Même Si J’explose. Pourtant, Mass Hystéria prend pour la première fois l’auditoire à contre-pied : introduction en douceur au piano sur une compo qui misait davantage sur la mélodie que sa puissance sonore, on reste sur notre faim… Les riffs sont lourds, mais finalement assez banals, la seule track dépassant les 5 minutes manque un peu de portée.

Au rayon des écarts des sentiers battus, Pulsion risque lui aussi d’en étonner plus d’un : Mass Hystéria repousse les frontières de son métal indus en proposant un track qui annonce des remous en live. Guitares saturées puis complètement dénaturées par l’onde de choc, Mouss sonne la révolte : « rien à foutre de ce qu’ils pensent, on a cette attitude, PULSION ! ». Un morceau qui, dans le texte, rappelle plus les débuts du groupe : deux couplets, paroles en boucle, c’est l’énergie qui se charge de faire monter monter la mayonnaise…

Enfin, ce qui fera plutôt balancer l’auditeur vers le sentiment que les Mass Hystéria nous font bien… du Mass Hystéria, c’est que la « pâte » du groupe est trop évidente par moments : l’album voit s’enchaîner trois morceaux qui perforent sévère dans l’intensité, bien hurlant, bien fat, bien efficaces, mais qui sonnent sous un air de déjà entendu (Tout Doit Disparaître, Raison Close, La Valse des Pantins). Petite mention cependant  à Serum Barbare rendu sauvage par les machines et les beats qui donnent vraiment le pulse. Suffisant en tous cas pour plonger la tête la première dans cette nouvelle guerre, la guerre financière. Gare toutefois au dernier obus (Soyez Vous Même), l’armée n’abandonnera pas les armes sans résistance « soyez vous-même ou fuyez ! » qui annonce un track digne des fins de concerts, très nerveuse, mais aussi très électronique en guise d’ultime parade.

« L’armée des Ombres » s’est déployée sur un territoire presque gagné d’avance… Mass Hystéria s’est resservi de son bon vieux métal indus pour rappeler qu’il savait encore rassembler ses fans. Il y a du « De Cercle en Cercle » et du « Contraddiction » dans ce dernier album, c’est indéniable. Pourtant, on ne pourra enlever tout le mérite de « L’armée des Ombres », percutant à souhait. L’album s’inscrit en pleine continuité de « Failles », dommage que sa seconde partie s’essouffle à cause de ce fameux ressenti de « déjà-entendu ». Cependant cette galette est bien plus soignée que les précédentes créations du groupe, alors… on sera d’accord pour dire que ce n’est pas l’album référence du groupe, mais il a une accroche immédiate que les autres n’ont pas si facilement créé.

« L’armée des Ombres » n’a pas abdiqué.

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A propos de l'auteur

Image de : Etre thésard et mélomane, c'est possible. Enfin du moins pour l'instant ! Véritable électron libre dans le Sud de la France navigant entre Montpellier, Nîmes, Avignon et Marseille, je conserve cette passion à partager mes coups de cœur, mes trouvailles... et aussi mes coups de gueule. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus, vous pouvez toujours jeter un œil à mon site perso, Le Musicodrome (www.lemusicodrome.com).

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